La banque italienne Monte dei Paschi di Siena (BMPS) n’est pas encore sortie de l’ornière. Loin s’en faut. Fragilisée en raison du poids dans son bilan des créances douteuses – des prêts qui ne seront jamais remboursés –, elle avait jusqu’au 31 décembre 2017 pour renforcer son capital à hauteur de 5 milliards d’euros. La Banque centrale européenne (BCE), qui assume le rôle de superviseur de 50 banques systémiques dans la zone euro, a relevé mardi l’objectif à 8,8 milliards d’euros (9,4 milliards de francs).

Un coup dur même si l’Etat italien s’apprête à venir au secours de l’établissement malade. Celui-ci a obtenu la semaine dernière le feu vert des deux parlements nationaux pour emprunter 20 milliards d’euros pour venir en aide à la BMPS ainsi qu’aux dizaines d’autres petits établissements dont les bilans sont eux aussi grevés par des dettes pourries. Selon la presse italienne, la BMPS serait recapitalisée à hauteur de 6 milliards d’euros. Le reste des 8,8 milliards serait levé grâce à la conversion forcée d’obligations en actions. Les investisseurs institutionnels seraient appelés à sacrifier 25% de la valeur nominale de leurs titres. Les petits clients – quelque 40 000 personnes – dont l’épargne a été convertie en obligations sans qu’ils soient mis au courant ne perdront rien en principe.

Nationalisée de fait

La nouvelle exigence a été communiquée mardi matin au Ministère italien des finances. La BCE a affirmé que de nouveaux tests de résistance conduits ces derniers mois avaient révélé une plus grande fragilité. Et pour ne rien arranger, la position de liquidité de la BMPS s’est détériorée entre le 30 novembre et le 21 décembre. Le sauvetage par des fonds publics s’avère ainsi indispensable, d’autant que la banque n’a pas réussi à mobiliser des capitaux privés. «Elle sera dans les faits nationalisée, étant donné que l’Etat détiendra à lui seul 67% du capital», a commenté le quotidien économique italien «Il Sole 24 Ore» dans son édition de mardi.

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Une annonce officielle sur le modus operandi de sauvetage de la BMPS et d’autres établissements serait faite ces prochains jours. En attendant, Jens Weidmann, président de la Bundesbank, la banque centrale allemande, et membre du directoire de la BCE, n’a pas hésité à jeter un pavé dans la mare. «Des fonds publics doivent être utilisés en dernier recours et doivent aider à sauver des banques dont les fondamentaux sont à la base sains, a-t-il averti dans une interview publiée mardi par le quotidien berlinois «Bild». Si l’Etat dépense des fonds, il doit aussi prévoir des entrées financières supplémentaires du fait qu’il est déjà très endetté.»

L’argent des contribuables

Cette mise en garde n’est pas fortuite. Entre 2008 et 2014, les Etats de la zone euro ont injecté 2000 milliards d’euros pour venir en aide au secteur financier. Depuis lors, Bruxelles a mis en place de nouvelles règles afin de tenir les investisseurs pour responsables en cas de difficultés et d’autoriser l’utilisation de l’argent des contribuables seulement en dernier ressort. La Commission européenne s’est également prononcée pour le respect des règles, y compris celles de la concurrence. Pour rappel, la BMPS a déjà obtenu de l’aide publique à deux reprises pour couvrir ses pertes de 14 milliards d’euros entre 2011 et 2015. Dans l’ensemble, les banques italiennes comptent 360 milliards des dettes qu’elles ne recouvreront vraisemblablement pas.