Brexit

«La situation est plus grave pour les banques britanniques que pour les banques suisses»

Michel Juvet, associé de la banque Bordier, attend de voir si Londres négociera mieux que Berne avec une Union européenne qui a tout intérêt à entrer dans des négociations lentes pour montrer qu'un départ n'est pas une bonne chose

– Que signifie le Brexit pour les banques suisses?
– Ma première réaction a été la suivante: est-ce que le «british finish» sera le même que le «swiss finish» pour la réglementation? Est-ce que la Grande-Bretagne saura mieux négocier que la Suisse? Sera-t-elle autant jusqu’au boutiste que la Suisse pour avoir des règles plus strictes qu’en Europe? Pour l’instant, je ne sais pas y répondre, ce d’autant que l’Union européenne a tout intérêt à entrer dans des négociations lentes pour montrer aux autres qui seraient tentés de suivre la Grande-Bretagne qu’un départ n’est pas une bonne chose.

– La Grande-Bretagne sera-t-elle une alliée de la Suisse pour les négociations liées au secteur financier?

– Non. Les Britanniques n’ont aucune raison de considérer la Suisse comme un allié. La Suisse, elle, pourrait essayer de se profiler à côté de la Grande-Bretagne. Mais il ne faudrait pas nourrir trop d’espoir de ce Brexit pour nos négociations, qui risquent d’être mises de côté car Bruxelles a des choses plus importantes à régler.

– Les banques pourront-elles profiter de ce Brexit?

– A priori, c’est plus grave pour les banques britanniques que suisses, mais cela pose problème évidemment, car elles sont toutes présentes à Londres pour avoir accès au marché européen. Cela nous met donc un bâton dans les roues. Faut-il rester à Londres ou aller à Francfort? Les grandes y sont déjà, mais que vont faire les petites? Pour les premières, il ne s’agirait que de déplacements de personnes, pour les autres, il faut décider de créer ou non une autre filiale. Reste la question du Luxembourg, va-t-il se profiler comme davantage qu’une place pour les fonds de placement? A priori, Francfort à l’avantage parce qu’elle a toute l’infrastructure d’une place internationale.

– Chez Bordier aussi, la réflexion est en cours?

– Oui. Nous sommes présents à Paris, du coup, faut-il utiliser ce bureau pour augmenter l’activité dans la zone euro? Il ne faut cependant pas se précipiter pour décider.

– Les banques suisses peuvent espérer attirer des capitaux?

– La volatilité des marchés profite aux banques axées sur le trading, pour la gestion, ce n’est pas forcément le cas. La Suisse peut peut-être se profiler comme un refuge pour clients européens car il y a un sentiment d’inquiétude fort chez les Européens. Mais je ne pense pas qu’on puisse capitaliser là-dessus. Pour les parts de marché, rien ne va changer. Les banques vont plutôt subir l’effet du renforcement du franc et du ralentissement européen, car les investissements vont freiner du fait des incertitudes.


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