L’Union européenne (UE) et six grandes banques internationales sont entrées dans la dernière ligne droite pour négocier un arrangement dans l’affaire de la manipulation des taux de change. L’enquête portant sur le fonctionnement d’un cartel constitué d’UBS, Royal Bank of Scotland, JPMorgan Chase, Citigroup, Barclays, HSBC, a été ouverte il y a quatre ans. Les opérations frauduleuses – manipulation des taux de change vis-à-vis de l’euro – s’étaient déroulées entre 2007 et 2013.

Selon le Financial Times de lundi, qui cite des sources proches de l’UE, les banques pourraient se voir infliger des amendes de plusieurs milliards d’euros. Il s’agit d’une des plus grandes enquêtes jamais menées par les limiers européens, ce qui expliquerait la longue période nécessaire pour son bouclage.

UBS, lanceur d’alerte aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont mené leur propre enquête, qu’ils ont conclue en 2015 déjà. Six banques avaient alors écopé de 6 milliards de dollars d’amendes. Dès le départ, UBS avait plaidé coupable de manipulation électronique des taux. La grande banque avait bénéficié d’un traitement clément pour avoir collaboré avec la justice américaine en tant que lanceur d’alerte.

L’affaire n’est toutefois pas close. La semaine passée, le régulateur américain a imposé une amende de 135 millions de dollars à Credit Suisse. «Ses traders étaient engagés dans des activités impropres, dangereuses et bancales dans les marchés de change durant huit ans, jusqu’en 2015», peut-on lire dans un communiqué publié par les autorités américaines. Credit Suisse a réagi en affirmant qu'il avait modifié ses pratiques et a même engagé un consultant pour superviser les changements.

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L’été dernier, c’était BNP Paribas, accusée des mêmes activités frauduleuses, qui avait été amendée à hauteur de 350 millions de dollars. Des enquêtes se poursuivent encore contre Deutsche Bank. Les Etats-Unis ont également accusé et jugé quelques banquiers et courtiers pour leur responsabilité personnelle dans les manipulations.

Le mois dernier, Mark Johnson, le responsable de la division devises d’HSBC, avait été condamné pour avoir fraudé aux dépens d’un client. L’un de ses collègues, également basé aux Etats-Unis, fait face à une demande d’extradition de la part des autorités britanniques. En janvier, un courtier de Barclays avait été jugé coupable de complot. Verdict: il a été banni à vie de l’industrie financière américaine.

Manipulation du taux repo

Selon le Financial Times de lundi, les limiers européens ont convoqué les responsables des banques incriminées individuellement ces derniers mois. Les dates des prochaines réunions ne sont pas connues. En revanche, tout indique que le verdict tombera au début de l’année prochaine. Contacté par Le Temps, UBS n’a pas voulu faire de commentaires.

Le quotidien londonien fait encore ressortir que les banques accusées de manipulation peuvent jouer le rôle de lanceurs d’alerte. Dans un tel scénario, l’amende est réduite de 10%. Elles évitent aussi une diffusion publique des charges et, par conséquent, de nouveaux procès par des clients se sentant lésés.

La manipulation des taux de change n’est pas la seule affaire qui a secoué les banques ces dernières années. Plusieurs grands établissements s’étaient entendus pour fausser les taux Libor, ces taux d’intérêt auxquels les banques se prêtent entre elles, fixés chaque jour par les établissements eux-mêmes. Le scandale avait éclaté en 2012 et avait aussi touché la place financière suisse.

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Au total, toutes amendes confondues, les banques de la planète ont déboursé 320 milliards depuis 2008, selon Boston Consulting Group, cité par le Financial Times.