Les grandes institutions publiques, telles que la Banque mondiale, la BEI, la BERD ou Eurofima sont de très grands débiteurs obligataires. Couronnées d'une bonne notation par les agences de rating, elles représentent «des dizaines de milliards de dollars de titres très liquides», selon Klaus Kämpf, analyste à la banque Sarasin. Elles suscitent donc l'intérêt des investisseurs institutionnels, y compris de ceux qui choisissent d'investir selon les critères du développement durable. L'analyste s'est penchée sur 28 institutions financières publiques sous l'angle environnemental et social. De vastes différences apparaissent entre les meilleurs instituts et les autres. L'étude, publiée mercredi, porte son jugement, d'une part, sur l'objectif environnemental et social des institutions et, d'autre part, sur l'exécution du mandat.

Les critères environnementaux comptent pour 40% de la note et les facteurs sociaux 60%, «parce que le mandat porte majoritairement sur les aspects sociaux», selon l'analyste. Il s'agit surtout d'évaluer le contrôle de l'exécution des projets (40% de la note sociale), et dans une moindre mesure l'efficacité économique de l'institution.

L'analyse environnementale se concentre essentiellement (60%) sur les projets et les crédits eux-mêmes et moins sur la gestion des besoins énergétiques ou des déchets au sein de l'organisation. La banque Sarasin considère que, sous l'angle du mandat lui-même, les institutions répondent aux critères de développement durable, qu'ils portent sur la lutte contre la pauvreté dans le monde ou l'amélioration de la santé. Par contre, plusieurs débiteurs pèchent au niveau de l'exécution.

Six institutions obtiennent d'excellentes notes de la part de l'analyste Il s'agit en premier lieu de la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement (ADB) et le Fonds pour l'environnement et l'eau, en Autriche (Umwelt-und Wasserwirtschaftsfonds).

Mais six autres répondent bien mal aux critères de développement durable. La lanterne rouge du classement revient à la Banque européenne d'investissement (BEI), en quelque sorte la banque maison de l'Union européenne, parce qu'elle n'a pas d'objectifs environnementaux ni sociaux spécifiques. «Sur le plan environnemental, malgré sa taille, la BEI n'a pratiquement rien démontré, n'a mis sur pied aucun projet de management environnemental et, sur le plan social, elle pèche par manque de transparence à l'égard du public et de ses propriétaires», selon l'analyste. Son mandat pourrait difficilement être plus vaste: soutenir les objectifs de l'Union européenne. Elle pourrait au moins concrétiser les buts que se fixe l'UE en matière environnementale.

Parmi les organisations décevantes, on trouve aussi un institut norvégien, Eksportfinans, une organisation suédoise, la Svensk Exportkredit, une autre du Venezuela, la Corporacion Andina de Fomento, une banque de développement latino-américaine.

 

Question de définitions

L'établissement de ces différences n'est pas aisé. Il est fonction de l'évaluation des projets, laquelle peut être problématique. Les institutions procèdent à une classification, mais l'analyste ne peut s'y conformer. Certains crédits dont la composante environnementale est indirecte sont placés dans la catégorie environnementale par l'institution. Il s'agit par exemple des projets ferroviaires ou des centrales d'élimination des déchets. La définition des projets favorables à l'environnement est pourtant différente, selon l'analyste. Ils doivent encourager les énergies renouvelables ou réduire les émissions.

Dans son étude sur les institutions publiques, l'analyste ne constate pas de corrélation entre le rating financier et la note de développement durable. Dans son étude sur les Etats, effectuée il y a un an, un tel lien entre les deux types de critères était pourtant apparu.

La banque met en pratique ses recommandations. Klaus Kämpf explique que les fonds «durables» de la banque bâloise étaient investis en obligations BEI. A la suite de l'analyse des institutions financières, la décision a été prise de vendre les titres. Les ratings seront actualisés tous les deux ans pour les institutions financières publiques. Cette durée se justifie par la lenteur des changements qui interviennent dans ces organisations, très dépendantes des décisions politiques.

Sarasin dispose de trois fonds publics selon les critères de développement durable, le plus connu étant OekoSar. La banque bâloise gère plus de 2 milliards selon cette approche. Le développement durable, c'est 17 personnes, au sein de l'analyse et de la gestion de portefeuilles, selon Klaus Kämpf.