Finreon, la société issue de l’Université de Saint-Gall qui a élaboré la nouvelle famille d’indice lancée la semaine dernière par la SIX, s’est livrée à une sorte de cours condensé de théorie financière, allant de la finance comportementale aux principes préconisés par des investisseurs de légende comme Benjamin Graham ou Warren Buffet.

Il s’agit, d’une part, de sept indices appelés SPI Single Premia et, d’autre part, du SPI Multi Premia qui combine les sept précédents, a indiqué la SIX Swiss Exchange qui a organisé une présentation sur ce thème mardi à Zurich. A partir des 60 titres les plus importants et les plus liquides du SPI, chacune de ces sept catégories de titres ne retient que les 30 les plus performants en fonction du critère de qualité sélectionné.

Sept facteurs spécifiques

Outre la performance d’ensemble du marché («beta»), les sept facteurs retenus par la société saint-galloise incluent des sources de rendements déjà largement analysés sur le plan théorique et pratique en finance, a souligné Ralf Seiz, directeur de Finreon et chargé de cours à l’Université de Saint-Gall.

Le premier facteur, reflétant l’approche basée sur la valeur («value») d’une action part du principe que les titres sous-évalués réalisent une meilleure performance à long terme que ceux qui sont surévalués. Si ces titres génèrent une surperformance sur le long terme, ils tendent à sous-performer durant les périodes de bulle financière, comme au début des années 2000 par exemple. Ce critère se mesure à l’aide de ratios tels que la valeur comptable d’un titre («book to price»), le rapport cours/bénéfices ou celui du rendement des dividendes.

Les petites sociétés sont délaissées

Le second facteur est celui de la taille. Il préconise que les petites capitalisations tendent à réaliser une meilleure performance sur le long terme que les grands. En effet, les petites sociétés sont souvent peu suivies par les analystes, donc moins connues des investisseurs et plus difficiles à évaluer. Du coup, les investisseurs obtiennent une prime pour le risque qu’ils encourent.

Les troisième et quatrième critères tiennent compte du stade d’évolution d’un marché ou d’un titre donné au travers d’un cycle. L’hypothèse de départ étant que les titres qui ont surperformé dans un passé récent continuent à dégager une surperformance durant un certain nombre de mois, reflétant la surréaction des investisseurs. Le momentum résiduel s’explique, lui, par une sous-réaction des investisseurs à des nouvelles importantes concernant une société donnée. Cette information est toutefois intégrée de manière graduelle dans les cours. C’est par exemple le cas de l’annonce d’un résultat positif pour les tests d’un médicament dans une société pharmaceutique qui ne se reflète pas toujours tout de suite dans son cours. Le cinquième facteur tient compte de la tendance au retour vers la moyenne. Sur le long terme, les valorisations des actions sont liées à l’évolution de l’économie réelle. D’importants écarts de la valeur fondamentale d’une action sont peu à peu corrigés en fonction de l’évolution réelle des affaires de l’entreprise.

Les titres de qualité sous-performent en période de boom des marchés

Le sixième facteur est lié à l’évolution du niveau de risque d’une société. Les titres à faible risque réalisent une importante surperformance durant les marchés baissiers – en raison de l’aversion pour le risque des investisseurs qui jettent leur dévolu sur ce type de titres – mais ils sont peu performants durant les phases haussières des marchés. Dernier facteur, celui de la qualité attribuée à une société. Les entreprises sûres et rentables surperforment sur le long terme. Les titres des sociétés «de qualité» réalisent une importante surperformance lors des marchés baissiers.

Autre atout de cette approche: ces différents facteurs ont pour particularité d’être faiblement corrélés entre eux, souligne Ralf Seiz. «La performance de chacune des stratégies basées sur ces facteurs individuels varie fortement d’une année à l’autre. La faible corrélation entre ces différentes stratégies offre ainsi un important potentiel de diversification», explique-t-il. Ainsi, miser sur un seul facteur peut aussi être une approche risquée et conduire à une longue période de sous-performance. L’approche «value» a ainsi subi une longue traversée du désert entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, illustre l’expert. Le fait de combiner ces différents éléments évite un tel risque.

Dépendance sectorielle réduite

Même s’il n’inclut que 60 des plus grands titres du SPI qui en compte plus de 200, l’indice SPI Multi Premia réduit la dépendance envers un seul secteur. Le poids de chaque titre peut atteindre, au plus, 8%. Par exemple, le secteur de la santé ne pèse que 9% avec le SPI Multi Premia contre 34% pour le SPI. Côté rendement, l’historique calculé sur les dix dernières années tend à indiquer une nette surperformance du SPI Multi Premia par rapport à son indice de référence lors de marchés fortement haussiers, par exemple en 2006, 2009 et 2013. En 2011, il a en revanche reculé davantage que l’indice élargi. Pratiquement, Credit Suisse vient de lancer trois fonds CSIF qui repose sur la nouvelle famille d’indices de la bourse suisse.