Elle sommeille discrètement dans les téléphones de près de 2 millions de Suisses et plus grand monde ne lui accorde d’attention. Lancée officiellement le 25 juin 2020, SwissCovid s’est fait oublier. L’application suisse de traçage avait fait énormément parler d’elle à ses débuts: sa sécurité avait été scrutée, tout comme la progression quotidienne du nombre d’utilisateurs. Plus de six mois après ses débuts, comment SwissCovid nous aide contre le virus? Après des points complets en août et en octobre derniers, nous vous proposons d’analyser l’utilité de cette app.

Notre éditorial: SwissCovid: seule, la technologie ne peut (presque) rien

SwissCovid a été l’application gratuite la plus téléchargée en Suisse sur iPhone en 2020, selon Apple, devançant TikTok, WhatsApp et Zoom. Aujourd’hui, l’app compte 1,87 million d’utilisateurs, contre 1,86 million lors de notre dernière analyse le 29 octobre dernier – pour une population suisse totale de 8,57 millions. Un nombre d’utilisateurs stable, alors que, depuis cette date, l’app a été téléchargée environ 217 000 fois, pour atteindre les 2,897 millions d’installations. Il est ainsi possible que de nombreuses personnes désinstallent ou désactivent l’app, dont l’utilisation globale ne progresse plus.

«Nous ne sommes pas déçus»

Est-ce décevant? «Non, je suis heureux que près de 1,9 million de personnes utilisent ou aient utilisé cette app», affirme Marcel Salathé, directeur du laboratoire d’épidémiologie numérique de l’EPFL et membre de la Task Force Covid-19 de la Confédération. «Nous ne sommes pas déçus, n’oubliez pas que l’application est basée sur le volontariat et la solidarité», renchérit un porte-parole de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Mais son objectif d’atteindre les 3 millions d’utilisateurs en octobre dernier semble désormais irréaliste, même à long terme. «Nous aimerions que le plus grand nombre de personnes possible utilisent l’application. Plus elles sont nombreuses, plus l’app est utile», rappelle le porte-parole. A noter que, depuis mi-décembre, des modèles plus anciens d’iPhone, les 5S et 6, peuvent faire tourner SwissCovid. Pour cela, leur système d’exploitation iOS doit être mis à jour à la version 12.5.

Délais pour les codes

Parlons de l’utilité de l’app. Fin décembre, l’OFSP annonçait que, depuis fin juin, plus de 50 000 personnes avaient entré leur covidcode dans l’application SwissCovid et ainsi informé d’autres personnes d’une possible infection. Ces derniers jours, en moyenne, l’OFSP indique que 500 de ces codes sont inscrits. C’est deux fois moins que fin octobre, mais le nombre total d’infections était alors le double par rapport à actuellement.

Il y a deux mois et demi, un problème de taille était apparu: environ la moitié des utilisateurs de SwissCovid qui avaient été testés positifs ne recevaient tout simplement pas de covidcode pour alerter leur entourage. Ce souci appartient au passé, affirme le porte-parole de l’OFSP: «En connectant les médecins testeurs, les hôpitaux et les pharmacies au système de génération de code et à la possibilité de génération de code machine à machine, le problème peut être en grande partie résolu.»

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Trois soucis

Mais il demeure des ratés dans le système. On l’entend autour de nous, des personnes qui le devraient ne reçoivent toujours pas de code, ou avec un retard de plusieurs jours. Aujourd’hui, selon les chiffres de l’OFSP, 9,2% des personnes dont le test est positif reçoivent leur code le jour même de l'apparition des symptômes, 24,2% un jour après, 20,3% deux jours après, 16,6% trois jours après, etc. Ces délais se sont raccourcis ces dernières semaines.

Selon le médecin neuchâtelois Jean Gabriel Jeannot, spécialiste des outils numériques, SwissCovid a été victime de trois soucis. «D’abord, la communication sur les qualités et limites de cette app n’a probablement pas été optimale. Deuxièmement, les bugs ont été trop nombreux, notamment pour l’obtention des codes permettant de signaler la positivité d’une personne. Troisièmement, certains se sont à mes yeux inquiétés de façon excessive sur la question de la protection des données, provoquant de l’inquiétude chez de nombreux citoyens.»

Alertes via l’app

Pour Marcel Salathé, l’app apporte son aide contre le virus. «Deux études ont montré que SwissCovid fonctionne et qu’elle avertit les gens plus rapidement que le traçage de contact classique.» L’OFSP fait un constat similaire. «Nous avons évalué les formulaires de notification clinique entre fin août et septembre. Dans le formulaire, il y a la question: «Raison du test?» Là, vous pouvez cocher «SwissCovid app». Nous avons reçu plus de 300 formulaires au cours de cette période où ce champ était rempli. Ces personnes n’ont pas mentionné de symptômes comme raison du test, mais plutôt que l’application les a averties et qu’elles ont ensuite fait effectuer le test. L’objectif était de savoir si des cas asymptomatiques pouvaient être trouvés par l’application, ce qui a été confirmé.»

Mais SwissCovid pourrait être meilleure, estime Jean Gabriel Jeannot. «Si l’app avait permis de répondre à la plupart des questions que les citoyens se sont posées au cours de cette pandémie, elle aurait été plus appréciée et plus téléchargée. On aurait pu aussi imaginer que l’app serve à prendre rendez-vous pour faire un test PCR ou pour se faire vacciner.»

Vaud satisfait

Qu'en pensent les services du médecin cantonal vaudois? «SwissCovid est un complément au traçage. Le «contact tracing» permet d’identifier les contacts étroits d’une personne infectée, et depuis ce jeudi, également les contacts des contacts, par le biais des questionnaires en ligne et des entretiens individuels. SwissCovid détermine si d’autres contacts ont pu avoir lieu», répond une porte-parole, qui affirme que  désormais «la procédure est bien rodée et les codes sont livrés rapidement». Elle ajoute que «le «contact tracing» est un ensemble d’outils. SwissCovid est là un outil complémentaire très utile pour interrompre les chaînes de contact.»

A noter que l’app n’est toujours pas interopérable avec des apps d’autres pays.