Le prix, le prix, le prix. Nul besoin de chercher plus loin le mal qui ronge depuis bientôt une décennie les stations de ski suisses: elles souffrent de leurs tarifs. Surtout lorsqu’on les compare avec ceux des pays voisins.

La dernière fois que les grands domaines helvétiques pratiquaient les mêmes prix que les domaines français, autrichiens et italiens, c’était durant l’hiver 2007/08. Depuis lors, ils sont plus chers. Et l’envolée du franc n’a fait qu’accentuer les différences. Il fallait payer jusqu’à 20 francs de plus pour un forfait journalier adulte en 2014/15. Puis les taux de change, toujours eux, ont ramené cette différence à 15 francs, l’hiver dernier, soit 70 francs, contre 55 francs, sur l’autre versant des frontières.

20% de moins qu’il y a dix ans

Ces comparaisons, publiées dans le rapport annuel de l’association des remontées mécaniques suisses, valent pour les dix plus prestigieuses stations de chaque pays. Mais la fonte des chiffres d’affaires, elle, concerne tout le monde: depuis 2011, les exploitants suisses accusent un recul de leurs revenus de 10% par année. En dix ans, la fréquentation a baissé de presque 20%. Et les installations sous perfusion financière ne sont pas rares.

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Face à cette situation, les stations réagissent avec plus ou moins de promptitude et de moyens. La marge de manœuvre est limitée. Le tourisme est une industrie d’exportation qui souffre du franc fort. Sauf qu’à la différence de l’horlogerie, des fabricants de machines ou d’outillage, elle ne peut pas délocaliser pour régater avec l’étranger. Les prix doivent rester compétitifs, tout en restant suisses.

Pourtant, c’est une certitude, les prix ne baissent pas. Ils augmentent peu, de quelques francs ponctuellement, mais ils augmentent. Une tendance logique, analyse Laurent Vanat, un consultant spécialisé basé à Genève: «Les coûts d’exploitation des stations sont en hausse. Les installations sont de plus en plus sophistiquées et les skieurs sont de plus en plus exigeants sur la qualité du damage des pistes et de l’enneigement artificiel.»

Trois catégories de stations

Sans prétention d’exhaustivité, le «Temps» a déniché quelques offres hivernales pour les skieurs ponctuels, ceux qui dévalent les pistes occasionnellement et qui ne sont pas fidèles à une station en particulier.


Interactif.  Notre infographie «Où skier cet hiver? »


Premier constat: à moins de 50 francs par jour, on ne skie pas dans les 30 stations les plus réputées du pays. Au sein de cette sélection de l’élite, réalisée par Suisse Tourisme, les moins chères sont Loèche-les-Bains (53 francs pour 55 km de pistes) et la station lucernoise de Sörenberg (50 francs, 53 km). Les exceptions romandes: Leysin (48 francs, 60 km) ou Les Diablerets (45 francs, sans accès à Villars-Gryon ni au glacier, 16 km).

Pour trouver meilleur marché, il faut se tourner vers des pistes moins prestigieuses, parfois moins enneigées et moins pentues. Par exemple à La Fouly (28 francs), à la Dent de Vaulion (27 francs), à La Chia (20 francs) ou vers les dizaines de téléskis qui ne sont pas recensés sur le site de Suisse Tourisme.

Entre les deux, il y a les forfaits journaliers à moins de 40 francs, par exemple à La Dôle, aux Bugnenets, à Arolla, à Champex ou au Moléson. Hors Suisse Romande, la station grisonne de Bivio et la bernoise de Beatenberg proposent aussi des journées à 39 francs.

Les offres pullulent

Mais à ce prix-là, il est aussi possible de fréquenter les stations plus huppées. A St Moritz, par exemple, la journée de ski coûte 35 francs, au lieu de 79 francs, à condition de séjourner plus d’une nuit dans l’un des 100 hôtels partenaires de la région. Le même type d’offre existe aux Diablerets – encore, mais cette fois-ci avec Villars-Gryon, où un forfait coûte 20 francs si l’on dort dans l’un des six hôtels partenaires.

Autre formule en vogue, ces dernières années: l’abonnement demi-tarif. Le Winter Pass, par exemple, coûte 39 francs et permet de skier à moitié prix dans une quinzaine de stations vaudoises, fribourgeoises et valaisannes.

Il existe des dizaines d’offres différentes et les recenser est presque mission impossible. Par contre, une tendance s’installe: de plus en plus de skieurs achètent leurs forfaits en ligne. Et c’est souvent par ce biais qu’ils obtiennent des rabais, par exemple en réservant avant l’ouverture officielle des installations. Dans un communiqué diffusé mercredi, Ticketcorner revendique 130 000 skieurs et 70 stations inscrites sur sa plateforme de réservation.

Parmi toutes ces offres, il en est une qui sort du lot cet hiver. Entre fin octobre et fin novembre, la station de Saas Fee a proposé un forfait pour la saison à 222 francs. C’est l’équivalent de 3,5 journées dans la station du Haut-Valais.

Il y avait cependant une condition. L’offre ne prendrait effet à la seule condition que 99 999 forfaits soient vendus. Face au succès de l’opération, la barre des 75 000 personnes inscrites a suffi à satisfaire la station. Elle a été atteinte mercredi dernier.

«Nous perdons régulièrement des skieurs au profit des stations étrangères mais aussi des vacances à la mer, qui nous concurrencent aussi désormais, explique Claudine Perrothon, en charge du marketing pour la station. C’était un moyen pour regagner des adeptes, notamment des familles.»

Et elle l’assure: l’opération sera rentable pour les remontées mécaniques, ainsi que pour le village tout entier. Le volume compense le rabais de presque 80% qui a été concédé, par rapport au prix normal du forfait saisonnier.

Un tarif à l’heure?

Des offres novatrices, il en existe quelques autres. Depuis 2012, la société lausannoise Skioo propose une carte universelle – une cinquantaine de stations sont partenaires – qui facture en fonction de la durée de la journée de ski. Grâce aux données récoltées au passage des portillons des installations, Skioo détermine combien de temps et sur quel secteur le détenteur du forfait est allé. Sa promesse: les rabais (enfants, sénior, demi-journée, forfait 3 jours, etc.) de chaque station sont pris en compte.

Le fondateur de la société, Gregory Barbezat, assure qu’il est déjà techniquement possible de facturer à l’heure, voire même à la remontée mécanique près. Cependant, aucune station ne pratique pour l’instant cette tarification. Ce n’est qu’une question de temps, espère Gregory Barbezat.

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Au final, combien paient réellement les skieurs suisses? «En France, les réductions pour les familles sont nettement moins avantageuses», souligne Laurent Vanat. En Suisse, les enfants payent entre la moitié et les deux tiers du prix adulte. Et parfois, comme à Villars-Gryon, à Leysin ou aux Diablerets, les pistes sont gratuites pour les enfants jusqu’à 9 ans. A l’Alpe d’Huez par exemple, ils payent 42 euros, soit 82% des 51 euros facturés à leurs parents.

Deux fois moins vite qu’en Autriche

Depuis une décennie, Laurent Vanat calcule le prix d’une journée-skieur. Ses études montrent qu’en dix ans, les prix autrichiens (+24%) ont augmenté deux fois plus vite que les prix suisses (+12%).

La journée-skieur, c’est le prix effectif moyen payé par les clients. Fondé sur un échantillon de 40 stations, ce chiffre tient compte des offres, des rabais et des différentes formules proposées aux caisses. Il s’élève à 32,22 francs pour la saison 2015/2016. Soit 45% de moins que le prix adulte de référence. Celui-là même qui souffre des comparaisons internationales depuis 2007.