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Skier sans passer par les caisses

Onze stations de ski ont signé un accord avec la start-up lausannoise Skiioo. Les ventes en ligne restent encore marginales

La saison du ski va bientôt démarrer, avec une innovation: de nouvelles possibilités pour acheter son abonnement en ligne et en finir avec les queues interminables aux caisses des stations.

La start-up lausannoise Skiioo espère démocratiser cette habitude de consommation. Après Zermatt, Crans-Montana et Anzère, les stations de La Fouly, Nax, Saas-Fee, Andermatt, Sedrun ou Château-d’Œx, en tout onze stations, ont signé un accord avec la jeune entreprise lausannoise. Quatre autres vont suivre. «Nous espérons en convaincre vingt pour cette saison et doubler leur nombre d’ici à l’hiver prochain, note Gregory Barbezat, directeur de Skiioo, qui s’est fait connaître avec Ohbox, une start-up qui commercialise des coffrets cadeaux. Nous voulons devenir le PayPal du ski en Europe.»

Concrètement, Skiioo dispense le skieur de passer aux caisses pour acheter son forfait. Il suffit de posséder ou de commander une carte en plastique portant le logo Skidata ou Team Access et de s’enregistrer sur le site de Skiioo en entrant son nom, son âge et le numéro de la carte. «Le skieur peut recharger sa carte en ligne ou opter pour un débit automatique. Cela représente un gain de temps. Chaque jour à 17h, toutes les données RFID sont récoltées et l’utilisateur sera facturé en fonction de ce qu’il a réellement consommé, selon la grille tarifaire de la station», explique le directeur de la start-up.

Durant la saison de ski 2012-2013, Skiioo a comptabilisé 3000 journées skieurs. «Pour la saison à venir, nous espérons multiplier ce chiffre par six», annonce Gregory Barbezat, qui reste discret quant au chiffre d’affaires visé.

Pourtant, en se rendant sur les sites internet des stations de ski qui ont signé avec Skiioo, pas de trace de la start-up. Chaque station préfère en effet vendre ses forfaits en ligne via des solutions «maison», développées par des agences web, principalement Virtua à Etoy ou le groupe français e-Liberty. Les stations n’ont ainsi pas à céder une commission à Skiioo. Le principe est le même: il suffit d’entrer le numéro de sa «keycard» pour y charger son forfait via Internet sans passer par les caisses des remontées mécaniques. Quatre stations de ski des Alpes vaudoises (Villars, Leysin, les Diablerets et Glacier 3000) prévoient de lancer un site conjoint – www.easyski.ch – pour améliorer la vente en ligne, qui reste pour l’instant marginale.

Parallèlement, une panoplie de cartes de fidélité est proposée par les stations de ski, à l’exemple du Free Pass pour les Alpes vaudoises. Coûtant 55 francs à l’achat, il donne en plus droit à des réductions de 10% à 30% sur le prix du forfait. Le règlement est réalisé par prélèvement automatique sur la carte de crédit au moment du passage des bornes. La Carte Club 4 Vallées – une carte payante – permet de skier avec des rabais de 10%, 30% et 50% sur la journée. Elle fonctionne également comme une carte de crédit. Le montant de la journée de ski est directement débité sur le compte bancaire en fonction de l’heure de départ et du domaine fréquenté.

Comment Skiioo perçoit-elle cette concurrence? «Nous créons un nouveau canal de vente, non une concurrence, fait remarquer Gregory Barbezat. Nous drainons une nouvelle clientèle.»

Les premiers forfaits de ski via Internet remontent à 2002. «Mais ils n’ont pas obtenu le succès escompté, tout comme la Swatch Snowpass, une montre équipée d’une puce RFID et qui peut faire office de forfait de ski, constate Sebastien Travelletti, directeur du développement des affaires pour la montagne chez Skidata, une filiale du groupe Kudelski qui propose des systèmes d’accès dans le monde entier. Certaines cartes de crédit proposent également des forfaits de ski, via Ticketcorner, mais elles sont très peu utilisées.»

Les habitudes des consommateurs seront-elles modifiées lors de cette saison de ski 2013-2014? «Contrairement à l’achat de billets d’avion, les achats d’abonnement de ski par le Web représentent moins de 10% des transactions totales, constate Sebastien Travelletti. Ce pourcentage ne devrait pas beaucoup augmenter, à moins d’un changement en matière de politique tarifaire. Il faudrait, comme le font certaines stations de ski aux Etats-Unis, proposer des tarifs préférentiels si le forfait a été commandé avant l’ouverture de la saison, en octobre ou en novembre. Un peu à l’exemple d’EasyJet.»

Gregory Barbezat ne le voit pas de cet œil-là. «A l’avenir, le mode de tarification pourrait évoluer vers un système de prix dynamiques, en fonction de la fréquentation des pistes et de certaines autres données cumulées. Le passage en caisse atteint actuellement une moyenne de 11% des frais de fonctionnement d’une station. Une réduction du nombre de caisses devrait donc avoir lieu ces prochaines années.»

Soutenue financièrement par le groupe lausannois Debiopharm, Skiioo figure également parmi les vainqueurs du Swisscom StartUp Challenge. Gregory Barbezat s’envolera en octobre pour la Silicon Valley, où il espère trouver de nouveaux clients aux Etats-Unis. «La venue de Debiopharm Group a été capitale. Nous avons pu investir dans le marketing», note le directeur de Skiioo, qui bénéficie également de l’apport financier de la société d’informatique NXC Group en Norvège.

La start-up compte également sur le soutien de Swisscom pour développer de nouvelles applications en temps réel permettant de retrouver ses amis sur les pistes. «A l’avenir, les technologies RFID et NFC permettront d’analyser les données en termes de flux. Le matin, avant de partir skier, il sera possible, par exemple, de savoir quelles sont les stations les plus engorgées, de connaître les meilleures heures de rentrée pour éviter les bouchons sur l’autoroute et de trouver plus facilement une place de parc dans une station de ski», prévoit Gregory Barbezat.

«Contrairement aux billets d’avion, la vente de forfaits de ski via Internet n’a pas obtenu le succès escompté»

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