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Le clan Murdoch, avec le patriarche et magnat Rupert au milieu, entouré de Lachlan à droite et de James à gauche. Ce dernier dirige le pan audiovisuel de l’empire familial, le groupe 21st Century Fox.
© LEON NEAL/AFP

Médias

Avec Sky, James Murdoch tient sa revanche

Cinq ans après son échec, le groupe de Rupert Murdoch, sous l’impulsion de James, le fils cadet, fait une nouvelle offre sur Sky, le premier réseau satellite européen

Et à la fin, c’est toujours Rupert Murdoch qui gagne… Depuis six décennies qu’il agrandit son empire, le magnat des médias australo-américain, désormais âgé de 85 ans, n’a jamais lâché une proie, quitte à revenir dessus des années plus tard. C’est poussé par cette volonté de fer, armé d’un goût du risque et de l’intimidation hors norme, qu’il est devenu l’un des hommes les plus influents au monde, contrôlant un groupe qui va de Fox News au Wall Street Journal, du Times de Londres aux studios de cinéma 20th Century Fox.

Cette fois encore, il tient sa revanche. Jeudi 15 décembre, l’entreprise familiale 21st Century Fox a lancé une offre de 11,7 milliards de livres (15 milliards de francs) pour acheter l’intégralité du bouquet satellite britannique Sky, dont elle détient déjà 39%. La direction de Sky a donné son accord. Il reste à obtenir le feu vert des régulateurs, mais la plupart des experts estiment que l’acquisition est bien partie.

Un bouquet rentable

Il s’agit avant tout d’une revanche pour James Murdoch. Le fils cadet, âgé de 43 ans, aujourd’hui directeur général de 21st Century Fox, considère Sky comme «son bébé», selon Claire Enders, qui dirige le cabinet de consultants Enders Analysis. Il a toujours rêvé de voir l’empire familial en prendre le contrôle complet. Avec son cocktail de matchs de football et de films hollywoodiens, ainsi que de connexions internet et téléphone, Sky compte 22 millions d’abonnés entre le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche. Il est surtout rentable, particulièrement outre-Manche. L’an dernier, son chiffre d’affaires était de 12 milliards de livres (15,3 milliards de francs), avec une marge opérationnelle de 13%.

En 2011, James Murdoch avait pourtant été humilié. Il avait lancé une première offensive, malgré les réticences de son père. Mais l’offre était intervenue au moment du scandale des écoutes téléphoniques menées par les journalistes du groupe Murdoch. Après une longue enquête, le Guardian avait révélé que le tabloïd dominical News of the World, qui appartenait au clan familial, avait régulièrement recours à des détectives privés, qui écoutaient illégalement les messageries téléphoniques de ses proies. Ces dernières pouvaient être les starlettes du moment, des membres de la famille royale, des hommes politiques ou même des victimes de faits divers. Au total, des centaines de personnes avaient été mises sur écoutes.

«C’est le jour le plus humiliant de ma vie»

Le retentissant scandale a servi de levier aux nombreuses personnes qui s’inquiétaient depuis longtemps de la toute-puissance de Rupert Murdoch. Au Royaume-Uni, le papivore possède le Times, le Sun et contrôlait alors 39% de Sky et de sa chaîne d’information, Sky News.

En plein scandale, autoriser une main mise encore plus forte du clan Murdoch sur le paysage médiatique était difficile pour le gouvernement britannique de l’époque. Finalement, en juillet 2011, la famille du magnat avait jeté l’éponge. «C’est le jour le plus humiliant de ma vie», avait ensuite reconnu Rupert Murdoch, d’habitude peu enclin à l’introspection. Mais la situation est différente aujourd’hui, estiment les analystes. «Je ne pense pas qu’ils rencontreront les mêmes difficultés réglementaires», explique Claire Enders.

Intérêt financier et sentimental

Sur le papier, les deux offres ne sont pas directement comparables. Après le scandale, Rupert Murdoch a divisé son empire en deux. D’un côté se trouve l’audiovisuel, plus rentable, avec le groupe 21st Century Fox. De l’autre côté se situent les journaux, rassemblés sous le nom de News Corp. Théoriquement, le propriétaire de Sky ne sera donc pas le même que celui des journaux britanniques.

Mais pourquoi une telle volonté inoxydable de s’emparer de Sky? La réponse est bien sûr financière: le premier bouquet satellite d’Europe a rapporté l’an dernier un cash flot de plus de deux milliards de francs. Mais elle est aussi sentimentale. Si Rupert Murdoch a créé Sky en 1989, manquant de précipiter le groupe familial dans la faillite, James en a fait un vrai succès. Il en a pris la direction générale en 2003, à tout juste 30 ans. «Depuis, il en a fait une entreprise qui grandit de 5% par trimestre, sans interruption», constate, admirative, Claire Enders.

Concurrence de Netflix ou Amazon

Restait à trouver le bon moment. La chute de 30% de l’action de Sky depuis un an l’a offert. Les actionnaires n’ont pas aimé l’achat des droits de la Bundesliga, le championnat de football allemand, à un prix jugé trop élevé. Ils s’inquiètent aussi de la concurrence de sites comme Netflix ou Amazon, qui changent radicalement la consommation de la télévision. Le Brexit, qui a fait chuter la livre sterling de 15% fait au dollar, a encore accéléré l’intérêt financier de lancer l’offre depuis les Etats-Unis maintenant.

L’occasion était trop belle pour James Murdoch. «Il fait une très bonne affaire, estime Claire Enders. Avec cette acquisition, il dit qu’il croit à la rentabilité future de Sky, là où les actionnaires sont sceptiques.» Et, si les régulateurs ne bloquent pas l’acquisition, il marque sa revanche.

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