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Les six SAAB 2000 de la compagnie Skywork sont restés cloués au sol jeudi.
© Anthony Anex/ Keystone ©

Transport aérien

SkyWork n’aura pas résisté à la concurrence du low cost

Le grounding de la compagnie bernoise remet en question le modèle d’affaires des compagnies régionales et des aéroports suisses qui les accueillent, sur fond de pression sur les prix

C’était dans l’air, depuis quelque temps déjà. Le couperet est tombé tard mercredi, après l’atterrissage de ce qui aura été son dernier vol. La compagnie SkyWork, basée à Berne, a fait faillite. Ses avions sont restés sur le tarmac de Belp jeudi, et les huit vols prévus ont été annulés. La compagnie a rendu sa licence à l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC).

Plus d’une centaine d’employés se retrouvent sur le carreau. Pour les 11 000 passagers touchés, une hotline a été mise en place. Dans un bref communiqué, la compagnie relève son incapacité à fournir les garanties financières nécessaires à la poursuite de ses activités, après l’échec des négociations avec un partenaire potentiel. La société semblait pourtant confiante, elle qui, il y a une semaine à peine, annonçait son intention d’ouvrir une nouvelle liaison entre Genève et Lugano.

A l’instar de sa consœur tessinoise Darwin, qui a déposé le bilan l’an dernier, elle n’aura pas survécu à la «forte pression sur les prix» que subissent les compagnies régionales manœuvrant dans le ciel européen, relève Philip Kristensen, directeur de la faîtière de l’aéronautique Aerosuisse. La concurrence est rude, les compagnies à bas coût baissent toujours davantage leurs prix. Or, celui-ci reste le premier critère dans le choix de la clientèle voyageant sur de courtes distances.

Lire aussi: Les compagnies aériennes européennes doivent revoir leurs modèles d’affaires

Empêchée de voler par mauvais temps

Les mauvaises conditions météorologiques ont aussi pénalisé SkyWork. «A Berne, la mise en place de procédures permettant d’atterrir et de décoller par faible visibilité est en cours, mais pas encore opérationnelle», ajoute Philip Kristensen. Par conséquent, en cas de brouillard, les vols étaient détournés vers Bâle ou Zurich. La compagnie devait alors organiser le trajet de ses passagers vers Berne à ses frais, ce qui était d’autant plus compliqué et onéreux que l’aéroport de Berne n’est pas directement relié à une ligne de train. «Quand on parlait de SkyWork entre nous, on disait qu’elle jetait en hiver tout l’argent qu’elle avait gagné en été», raconte un professionnel de l’aviation, qui tient à conserver son anonymat.

Cette faillite jette aussi une lumière crue sur la difficulté des aéroports régionaux de taille moyenne à trouver un modèle d’affaires viable. De même que Lugano panse encore ses plaies après la mise à l’arrêt de l'un de ses pourvoyeurs de revenus, Darwin, Berne-Belp dépendait majoritairement de SkyWork – la compagnie générait 60% des revenus de l’aéroport, selon différents médias. Sur les 25 destinations commerciales (hors aviation d’affaires) disponibles depuis la capitale, 17 n’étaient reliées que par SkyWork, peut-on lire dans le rapport annuel de l’infrastructure.

Attirer la clientèle d’affaires

«L’existence de l’aéroport n’est pas menacée», a tenté de rassurer la direction de l’aéroport de Berne via un communiqué diffusé jeudi. «Plusieurs scénarios ont été échafaudés. Leur mise en œuvre dépendra de l’issue des discussions» pour une reprise des liaisons par d’autres compagnies. La plateforme abrite en outre un aéro-club de loisir et de formation et une base d’hélicoptères, notamment pour les sauveteurs de la Rega. Elle sert aussi de port d’attache pour tous les avions de la Confédération (jet du Conseil fédéral, avions pour les mesures topographiques, etc.).

Reste que pour les observateurs de la branche, l’aéroport devra trouver de nouveaux vecteurs de croissance. L’une des pistes serait de développer son aviation d’affaires. «Zurich et Genève arrivent à saturation. Berne pourrait être une bonne alternative», note un expert qui ne souhaite pas non plus être nommé.

Appel à un engagement politique

Dans le milieu discret de l’aviation, on pointe aussi l’absence de volonté politique et la lenteur des procédures. «On a beau investir des millions dans de nouveaux appareils, ouvrir de nouvelles lignes et vendre des billets, sans un engagement de la part de la Confédération et des cantons, difficile d’avancer», conclut cette source.

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