Investissement

Le smart bêta est plébiscité à l’approche de la fin de cycle

Alors que les marchés rentrent dans une phase d’incertitude, les investisseurs cherchent des alternatives aux placements basés sur le critère de la capitalisation boursière

Smart bêta: les spécialistes des ETF n’ont pratiquement que ce mot à la bouche lorsqu’on leur demande comment combiner stratégies active et passive. En septembre, ce type d’investissement également appelé factoriel, qui n’est pas basé sur la capitalisation boursière, a massivement séduit les investisseurs européens.

Selon le gérant d’actifs Amundi, le thème de la «qualité» (bilan de la société sain et rentabilité de l’entreprise élevée) a ainsi attiré 821 millions de francs supplémentaires. Il devance celui dit du «momentum» (+640 millions), qui cherche à profiter de la tendance, et le «minimum volatility» (+564 millions de francs), qui limite le risque de volatilité, en septembre. Toujours en Europe, les ETF actions ont attiré 5,7 milliards de flux nets, essentiellement pour renforcer l’exposition aux bourses nord-américaines (+2,16 milliards). Au niveau global, sur les 49 milliards de francs levés par des ETF en septembre (en net), près de 41 milliards se sont dirigés vers le marché américain, contre un peu plus de 6 milliards pour le marché européen (et environ 2 milliards en Asie).

Les stratégies dites smart bêta occupent une place centrale sur l’échiquier des stratégies d’investissement, entre, à un extrême, des produits bon marché qui répliquent les grands indices et, à l’autre, des fonds mutuels qui continuent à privilégier le stock picking. Comment combiner les différentes approches? «Une stratégie passive n’existe pas, avance Koen Van de Maele, responsable des solutions d’investissement de Candriam. Un investisseur fait toujours un choix actif de répliquer un indice, dont l’analyse de la composition permet de dégager de la valeur ajoutée. Je préfère parler de gestion systématique ou rule based, plutôt que de gestion passive.»

Pour se préparer à la fin du marché haussier, Koen Van de Maele reconnaît qu’«on ne sait pas quand les grandes actions américaines arrêteront de surperformer et tant que la hausse continue, les indices classiques seront difficiles à battre. Néanmoins, les valorisations vont se normaliser, ce qui pousse à aller vers d’autres indices, qui surperformeront, notamment les stratégies de smart bêta.»

Différentes sensibilités aux taux

«Si on ne construit pas un portefeuille uniquement selon la capitalisation boursière, il faut choisir un autre attribut pour investir, pas seulement le coût d’un produit. Quelqu’un qui veut des revenus pendant la retraite, avec les taux d’intérêt exceptionnellement bas, pourrait compléter son exposition aux capitalisations boursières avec une stratégie sur les petites capitalisations européennes ou émergentes, génératrices de dividendes. Le portefeuille dans son ensemble est alors plus aligné avec les objectifs poursuivis et on dispose alors d’une gamme de stratégies plus large pour atteindre ces objectifs», relève Christopher Gannatti, responsable de la recherche chez WisdomTree, un gérant d’actifs basé à Londres, qui a lancé ce type de stratégie en 2006.

En période de fin de cycle, la question de la sensibilité d’un ETF aux mouvements de taux peut être cruciale, enchaîne Christophe Collet, responsable des ETF pour l’Europe francophone chez Vanguard: «L’offre indicielle est relativement limitée sur les actions, alors que la palette d’indices est beaucoup plus large dans l’obligataire, avec différentes méthodologies de sélection. Cela peut créer des biais d’investissement qui ne sont pas forcément connus par le marché.»

Responsabilité de l’investisseur

Dans l’obligataire, l’un des critères de base pour la sélection des obligations est celui du temps restant jusqu’à l’échéance qui, en variant selon les indices, peut produire un biais dans la duration, poursuit le spécialiste basé à Zurich. Si bien qu’en situation de relèvement des taux américains, un investisseur pourra avoir le choix entre plusieurs ETF sur le crédit américain, mais ils auront des sensibilités différentes aux taux, et des rendements divergents également.

Se déclarant agnostique en matière d’allocation, Hervé Croset, de WS Partner, relève que la perspective d’un changement de cycle ne modifie pas son approche. Pour ce spécialiste, qui conseille des banques et des gérants indépendants, «lorsque les marchés se retournent, il y a toujours des gérants actifs qui surperforment, alors qu’une approche passive peut apporter du risque supplémentaire lors des périodes de stress, car un ETF réplique l’intégralité d’un indice, quel que soit le niveau de risque des composants de cet indice, alors qu’un gérant actif pourrait vouloir éviter certains titres ou certains secteurs qu’il jugerait trop risqués». Selon lui, toute la responsabilité de la gestion du risque repose sur l’investisseur dans la gestion passive, alors qu’un gérant actif en assume une partie.

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