Tour du monde de l’innovation

Quand les smartphones chinois s’exporteront…

L’écran d’un smartphone, quelques centimètres carrés qui valent de l’or. De nombreux observateurs doutent de la capacité d’innovation de la Chine, mais dans le domaine de l’internet mobile, impossible de ne pas reconnaître de nouveaux produits et tendances qui pourraient rapidement avoir un impact bien au-delà des frontières du pays. Plus de 80% des internautes se connectent à la Toile via leur téléphone mobile. Même au travail, les employés préfèrent utiliser leur portable plutôt pour que leur PC pour communiquer. Il est ainsi difficile de recevoir des réponses par e-mail, les boîtes vocales n’existent pas, mais en revanche, les échanges via microblog sont quasi immédiats.

Deux exemples permettent de mieux comprendre une industrie en pleine mutation: Xiaomi a vendu l’an dernier plus de 20 millions de smartphones, après seulement 3 ans d’existence. S’appuyant sur son expertise en gestion de la chaîne de production, la société réussit à produire des téléphones avec les dernières technologies à moins de 300 francs. Chaque génération de produits est offerte en quantité limitée, uniquement en ligne. La force de Xiaomi est de combiner des appareils de premier choix avec une gamme de services payants qui devient une partie croissante des revenus.

Un chiffre symbolise ce succès: l’entreprise de Pékin a réalisé des ventes pour 5 milliards de dollars en 2013. Et pour 2014, Xiaomi pourrait entrer dans le top 10 des fabricants de portables, avec des ventes prévues de 40 millions d’appareils.

Si Xiaomi vend des appareils de pointe aux Chinois, WeChat a déjà réussi à créer la plateforme de communication que tout le monde utilise. Regroupant au début un nombre limité de services de messagerie (vocale ou texte), ainsi que de partage de photos, WeChat évolue désormais très rapidement comme une application mobile multi-usages: achats en ligne, transactions financières, réservations de taxi, jeux en ligne. Malgré le fait que la plupart des développeurs visent toujours plus des marchés de niche, WeChat utilise sa base d’utilisateurs pour agrandir sa plateforme et trouver des nouvelles sources de revenus. Et le succès est là: 300 millions d’utilisateurs et une importante contribution de près de 10 milliards de dollars au chiffre d’affaires annuel du groupe internet TenCent, qui détient WeChat.

Le succès de ces deux sociétés attire de nombreux entrepreneurs, et le domaine mobile, comme toute l’industrie d’Internet, est hypercompétitif. Toute nouvelle fonction, comme celle d’ajouter des «stickers» dans les chats, est rapidement dupliquée et exploitée par les concurrents. WeChat doit donc constamment adapter son offre aux demandes des clients. De son côté, Xiaomi veut créer une marque forte pour se différencier des producteurs de portables génériques.

La compétence qui offre un avantage aux deux sociétés par rapport à leurs concurrents, c’est la rapidité d’exécution. Xiaomi séduit ses clients en mettant sur le marché des gammes de nouveaux produits toutes les semaines. Les derniers modèles sont développés sur la base des opinions reçues par les utilisateurs. Comme le montrent les deux exemples ci-dessus, la Chine est en train de créer son propre système d’innovation. Basé sur les besoins du client local, un contrôle du gouvernement et des modèles d’affaires inconnus ailleurs, le domaine du mobile connaît un développement rapide et durable.

Si ces deux sociétés avaient démarré aux Etats-Unis, elles seraient déjà devenues plus populaires autour du monde. Reste donc un grand défi en Chine: comment vendre son savoir-faire en dehors du pays? Comment façonner son image? Comment utiliser son incroyable capacité entrepreneuriale pour conquérir des marchés globaux? Les réponses à ces questions vont peser lourd dans le futur du monde high-tech. On sent ici une nouvelle ère. Les produits deviennent plus design, plus ergonomiques. La conquête du marché est pour bientôt, si l’apprentissage des règles du business à l’étranger est couronné de succès.

* Directeur général de Swissnexà Shanghai