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Les smartwatches en dix questions

Qui, quand, comment, pourquoi et combien? Alors qu’Apple démarre vendredi la vente de sa très attendue Apple Watch, voici (presque) tout ce qu’il faut savoir sur les montres connectées

Les dix questions essentielles sur les montres connectées

C’est quoi, une smartwatch?

Pour être considérée comme intelligente, une montre doit réunir trois critères, expose Pascal Koenig, directeur et fondateur de Smart­watch Group, à Zurich: elle doit donner l’heure, se porter au poignet et permettre de se connecter au réseau. Que ce soit directement ou indirectement – via un Bluetooth qui la relie à un autre support, relié, lui, à Internet.

Qui l’a inventée?

Elle est née de l’imagination des scénaristes américains. La première smartwatch qu’ont trouvée ceux qui ont cherché apparaît dans la bande dessinée Dick Tracy, qui suit les pérégrinations d’un détective, dans le Chicago des années 1940. C’est un jeune inventeur qui la lui fournit. Il lui livrera aussi une caméra miniature embarquée, avant de trépasser, dans un épisode de 1948. La smart­watch est réapparue dans Star Trek (1970). Elle a ensuite permis à David Hasselhoff, alias Michael Knight, de communiquer avec Kitt, sa Pontiac noire, dans K 2000 (1980). A la même période, James Bond et l’inspecteur Gadget utilisent aussi une montre intelligente.

Dans la réalité, plusieurs projets ont été menés par IBM, Samsung, Swatch ou encore AT&T, durant les années 90. Mais la première montre connectée commercialisée est sans doute la Swatch Access, qui, depuis 1996, embarquait une puce permettant de passer les portiques des remontées mécaniques de ski.

Qui en fabrique?

Elles sont nombreuses, les entreprises à avoir ressorti leurs archives, après une bonne décennie de stand-by. Aujourd’hui, le marché est prêt à décoller et plusieurs dizaines de fabricants tentent de se tailler une part de marché. Smartwatch Group décompte 300 sociétés actives, ou qui devraient être actives, dans ce nouveau segment, à mi-chemin ­entre l’électronique et l’horlogerie. Samsung, pionnier en la matière, domine largement le marché. Jusqu’ici.

Combien ça coûte?

Les premiers prix débutent à une centaine de francs. C’est le cas de la Pebble, disponible à 95 dollars sur Amazon, ou de la Swatch Touch Zero One (140 francs). L’Apple Watch basique est à 350 dollars, toute proche des concurrents «électroniques» LG, Samsung ou Sony. D’autres horlogers suisses, eux, entrent en scène à environ 1000 francs (Alpina, Frédérique Constant, Mondaine… et peut-être aussi TAG Heuer).

Bulgari ou Breitling devraient, eux, se situer dans une fourchette de 5000 à 10 000 francs. A tous ces étages, Apple sera présent. Son édition Gold est même commercialisée à 20 000 dollars.

Où en acheter?

Trois canaux de vente devraient largement dominer ce marché. Celui, exclusif, d’Apple, via ses magasins et une poignée de boutiques tierces spécialisées. Celui, pour les autres montres des géants de l’électronique, des commerces multimédias, que ce soit des enseignes physiques (en Suisse: Media Markt, M Electronics, Manor…) ou digitales (Digitec, Amazon…).

Le dernier canal est celui qu’emprunteront les horlogers suisses: les boutiques horlogères traditionnelles, là où l’on trouve aussi des montres non connectées. Mais «dans l’horlogerie, la vente par Internet pourrait se développer grâce à ces produits», selon Jean-Claude Biver. «Ce canal est aujourd’hui presque inexistant, mais les acheteurs de smartwatches sont des personnes plus connectées, qui ont l’habitude d’acheter en ligne», ajoute le patron du pôle horloger de LVMH.

La surprise, elle, pourrait être médicale. Le domaine de la santé pourrait lui aussi se mettre à vendre des montres connectées, anticipe pour sa part Pascal Koenig, de Smartwatch Group.

Quelle fonction est la plus prometteuse?

Les fonctions liées à la santé, comme la mesure du pouls, du sommeil ou de l’activité physiques, sont intégrées dans presque toutes les montres connectées arrivant sur le marché. «C’est déjà un acquis. C’est aussi basique qu’une montre qui donne la date», tranche Jean-Claude Biver. Pour lui, il y a deux autres directions principales à suivre: les ouvertures de portes ou de portails, ou les accès aux ordinateurs. Mais aussi, les systèmes de paiement à distance. L’on ne sait pas encore vers quoi TAG Heuer veut se diriger, mais l’on sait déjà qu’Apple et Swatch Group placent de grands espoirs dans la démocratisation de l’Apple Pay pour l’un et de la technologie NFC – qui permet entre autres le paiement sans contact – pour l’autre.

Quelle est l’autonomie d’une smartwatch?

Pour Jens Krauss, expert du CSEM de Neuchâtel, c’est le principal enjeu: assurer «une autonomie acceptable pour l’utilisateur. Ce que les montres connectées disponibles n’offrent pas encore.» Si Apple convainc moyennement avec ses 18 heures, d’autres, comme Samsung, assurent environ deux jours d’autonomie. C’est aussi ainsi que les horlogers suisses veulent se différencier des géants de l’électronique. Eux promettent un an, voire deux ans, d’autonomie. Au-delà du choix stratégique de l’alimentation – des batteries –, la présence ou l’absence d’un écran intégré à la montre est le critère le plus déterminant.

Qui va en acheter?

Jusqu’ici, les acheteurs sont des hommes, plus ou moins geeks. Mais l’Apple Watch va élargir le profil de clientèle, prévoit Pascal Koenig. Au début, ce seront surtout des hommes, urbains, plutôt jeunes. Mais «comme avec l’iPhone, votre père et votre grand-père finiront sûrement par en avoir une, eux aussi». Les marques horlogères, elles, veulent toutes en profiter pour réduire la moyenne d’âge de leurs clients.

TAG Heuer pourrait séduire «une clientèle qui ne serait pas venue, si la marque ne proposait pas de modèle connecté», ajoute Jean-Claude Biver. Une clientèle sensibilisée par les Apple, Samsung et autres LG mais qui «recherche ensuite une proposition plus horlogère». En bref, une clientèle «additionnelle».

D’après un sondage diffusé mercredi par la société Intervista, 10% des Suisses qui ont actuellement un smartphone mais qui ne portent pas de montre pourraient se laisser tenter par ce mélange des genres. Dans la tranche d’âge de 14 à 29 ans, ce taux monte à 14%.

Combien de smartwatches seront vendues?

Du simple au double. Parce que ce marché n’en est qu’à ses débuts, les prévisions diffèrent grandement. Mais tous les chiffres évoqués le sont en millions. Smartwatch Group parie sur 27 millions d’unités vendues cette année. Et sur 650 millions, en 2020. Un autre institut, Generator Research, basé à Londres, parle, lui, de 33 millions de montres connectées en 2015 et de «seulement» 307 millions de pièces en 2020.

En mars, le grand patron de Swatch Group, Nick Hayek, avait lui articulé un chiffre de 4 à 5 millions d’unités, pour sa Swatch Zero One et ses quatre sœurs cadettes, qui seront commercialisées progressivement jusqu’à fin 2016.

Comment les données seront-elles utilisées?

Frédérique Constant, l’horloger suisse le plus avancé, garantit la non-diffusion des données sur les clients et la non-utilisation à des fins commerciales. Idem pour sa société sœur, Alpina. Sécurité totale, insiste l’entreprise.

Néanmoins, le marché des bracelets connectés, plus mature, a déjà donné lieu à de nouvelles situations. Au Canada, les données récoltées ont été exploitées par la justice. Une jeune femme accidentée a pu prouver, grâce aux données accumulées par son bracelet, que ses facultés physiques en avaient souffert. Dans le cas présent, la victime se prête de bonne grâce à l’expérience. Mais ce cas ouvre peut-être la porte à la situation inverse, où l’usage des données se ferait au détriment du détenteur de l’objet connecté.

En France, Axa propose à ses assurés, en échange d’un rabais sur sa prime, un bracelet qui transmet à l’assureur des données de santé. Une augmentation de prime, voire un refus d’assurer, pourrait-il intervenir si la personne connectée manque d’exercice? La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) s’est en tout cas déjà inquiétée de ce type de procédés.

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