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Le SMI devient la lanterne rouge des indices boursiers mondiaux

L’indice phare de la bourse suisse n’a pas été épargné par les incertitudes politiques et économiques de ces derniers mois. Malgré une économie suisse solide, le marché actions a perdu presque 8% de sa valeur au premier semestre 2018. Seul ou presque, Swatch pavoise avec +16%

Le Swiss Market Index (SMI) a clôturé le premier semestre 2018 vendredi avec un recul de 9,7%. Ce qui fait de lui la lanterne rouge des grands indices boursiers mondiaux. Le semestre précédent, il avait gagné 5,33%.

L’an dernier, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche avait insufflé un nouvel enthousiasme. Les promesses du président populiste de baisser les impôts pour les entreprises et d’investir massivement dans les infrastructures avaient catapulté les marchés financiers de record en record. Cette année, c’est un tout autre scénario qui se déroule. Le spectre d’une guerre commerciale et la fin graduelle de programmes d’assouplissement monétaire tant aux Etats-Unis qu’en Europe ont créé beaucoup de volatilité et d’incertitude. C’est justement ce que les marchés n’aiment pas.

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Le marché suisse des actions n’a pas échappé à cette déprime globale alors même que l’économie du pays anticipe une croissance de 2% en 2018 et un taux de chômage au-dessous de 3%. Les résultats des entreprises suisses au deuxième semestre 2018 ne sont pas encore connus, mais ils évoluaient en hausse au premier trimestre. Conclusion: dominée par des multinationales exposées au commerce international et aux fluctuations des changes, la bourse suisse est déconnectée de l’économie du pays. Ainsi, les facteurs endogènes influencent l’évolution du SMI de façon déterminante.

Loïc Bhend et Nicolas Bürki, analystes marchés auprès respectivement de la banque Bordier et de Mirabaud Asset Management, les deux à Genève, décortiquent pour Le Temps les performances des 20 grandes entreprises suisses qui composent l’indice SMI. Les actions des trois poids lourds (Nestlé, Novartis et Roche), qui pèsent pour 53% de la capitalisation boursières du SMI, ont notamment reculé.

Alimentation et boissons: longue attente

Ce secteur est globalement sinistré et subit la concurrence des produits bios, locaux et d’autres tendances à la mode. Chez Nestlé, l’acteur dominant du SMI, l’arrivée d’un nouveau directeur général en 2017 ainsi que les pressions exercées par l’actionnaire américain activiste Third Point avaient suscité beaucoup d’espoir. Mais les réformes n’ont pas encore transformé le groupe aussi vite que ce qu’attendaient les investisseurs.

Les banques: forte exposition à l’étranger

Credit Suisse, UBS et Julius Baer ont évolué sur la même voie que les grandes banques européennes, c’est-à-dire en baisse. Les banques d’affaires dont les transactions sont réalisées en dollars ont payé le plus lourd tribut. Ces dernières semaines, leurs titres ont encore été touchés, d’une part, par les risques liés à une guerre commerciale et, d’autre part, par l’incertitude politique en Europe, notamment en Italie, qui a effrayé les investisseurs.

Les assurances: risque de tempête

Globalement, c’est un secteur défensif qui se porte bien et la hausse des taux d’intérêt annoncée est considérée comme favorable à leurs activités. Il présente toutefois un portrait contrasté. Swiss Life est clairement dans le vert. Comme Zurich Insurance, qui bénéficie de la réorganisation mise en place par son nouveau directeur. En revanche, l’action de Swiss Re a reculé. Explication: cette compagnie de réassurance a souffert de nombreuses catastrophes naturelles et de l’augmentation des primes de risque.

Pharmaceutique: l’effet Trump

Ce secteur a toujours bien fonctionné, avec des bénéfices et dividendes garantis aux actionnaires. Tout a changé dès 2015-2016, lorsque les Etats-Unis se sont mis en campagne pour la présidentielle, avec certaines révélations faites en cette période, par exemple des hausses des prix de certains médicaments à hauteur de 1000%. L’industrie pharmaceutique souffre encore aujourd’hui du dégât d’image. Les Etats-Unis sont le premier marché de Novartis et de Roche et les prix sont y supérieurs à l’Europe. Lonza (chimie et pharmaceutique) a fini légèrement dans le vert.

Ensuite, un autre fait endogène a influencé les titres de Novartis et de Roche: de nombreux brevets de médicaments arrivent à échéance et les deux géants bâlois se retrouvent en concurrence avec les fabricants de génériques.

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Les industriels: sur la défensive

Il y a de tout dans cette catégorie hétéroclite. Adecco a enregistré la pire performance. C’est paradoxal: son action souffre lorsque l’emploi s’améliore. Quand le chômage baisse, les entreprises recrutent plutôt des collaborateurs permanents, ce qui ne fait pas l’affaire du leader mondial du travail temporaire.

ABB, le géant de l’ingénierie suisse, est d’ores et déjà pénalisé par les surtaxes sur l’acier et l’aluminium aux Etats-Unis.

LafargeHolcim paie le prix de l’effort qui est encore consenti pour concilier les cultures de deux entreprises. Le groupe est aussi pénalisé par les craintes d’un ralentissement économique lié à la guerre commerciale. Enfin, il reste exposé aux poursuites judiciaires en France; le cimentier a été mis en examen jeudi, notamment pour «complicité de crimes contre l’humanité». Il est accusé d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie, pour maintenir son activité en pleine guerre.

Si Sika se trouve dans le top 5, c’est qu’elle connaît une forte croissance du fait de ses produits chimiques spéciaux et de sa capacité d’innovation.

Geberit, le leader mondial des sanitaires, tient bien et a renforcé sa position à la suite de l’acquisition de Sanitec, une entreprise vaudoise de plomberie.

Moins exposée que d’autres industriels, la Société générale de surveillance (SGS) a maintenu sa position stable.

Le parfumeur Givaudan a résisté, mais a fini tout de même en légère baisse.

L’horlogerie: le luxe résiste

Avec une action qui a progressé de plus de 15%, Swatch Group caracole de très loin en tête du SMI. Cette hausse s’explique notamment par un effet de base, mais également par une reprise des exportations horlogères depuis le début de l’année après les problèmes de stocks de ces dernières années. Certains analystes estiment qu’une attente est par ailleurs en train de se créer autour du lancement prochain de la smartwatch «Swiss made» fabriquée par l’entreprise (attendue fin 2018-début 2019). Richemont se trouve en zone rouge; les analystes jugent qu’il s’agit d’une correction et d’une prise de profit déjà enregistrée.

Télécoms: concurrence agressive

En termes de résultats, Swisscom assure. Au premier trimestre de l’année, le groupe a enregistré un bénéfice en hausse de 1,6%, à 379 millions de francs. Il s’agit aussi d’une entreprise qui repose moins sur l’environnement global. Mais le titre continue à naviguer en zone rouge. Pour cause: l’offensive compétitive et constante de ses deux concurrents, Salt et Sunrise.

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