L'ingénieur britannique Christopher O'Donnell, directeur général de Smith & Nephew (S & N), a lu très attentivement la presse suisse hier lors de son bref séjour à Zurich. Les journaux économiques publiaient en effet la prise de position détaillée du conseil d'administration de Centerpulse sur les propositions de rachat de l'entreprise suisse par S & N, ou par l'américain Zimmer.

Max Link, PDG de Centerpulse et René Braginski, actionnaire principal d'Incentive Capital, société elle-même actionnaire de Centerpulse à hauteur de 18,9%, ont soulevé une vague de déception parmi les prétendants. En refusant de faire pencher la balance du côté de S & N ou de Zimmer, les dirigeants de Centerpulse ont manifestement l'intention de jouer la montre et de provoquer une ronde de surenchère.

Tous les observateurs s'attendent à voir S & N augmenter son offre ces prochaines semaines, peut-être suivie par Zimmer. Le suspense durera jusqu'au 18 août pour S & N mais la conclusion du dossier, qui changera les rapports de force sur un marché mondial de l'orthopédie estimé à quelque 20 milliards de francs par an, n'interviendra pas avant le 11 septembre, ultime délai de choix des actionnaires. Zimmer indique que son offre est financièrement supérieure de 29% et que la société est financièrement en meilleure santé, puisqu'elle a engrangé en 2002 une marge bénéficiaire de 35%, contre 23% pour son concurrent britannique.

S & N offre quelque 3,3 milliards de francs pour Centerpulse alors que Zimmer a surenchéri à 4,1 milliards. A noter que S & N touchera 20 millions de francs de dédommagement si l'affaire lui échappe. Christopher O'Donnell, qui rencontrait notamment les représentants syndicaux hier à Winterthour, décrit sa vision du dossier.

Le Temps: Allez-vous faire une seconde offre?

Christopher O'Donnell: Nous déciderons, au moment voulu, de faire ou non une offre supérieure.

– Le quotidien britannique Independant prétend que vous ferez une offre le mois prochain d'un montant maximum de 2 milliards de livres sterling (4,43 milliards de francs).

– Je ne sais pas d'où proviennent ces calculs. Beaucoup de chiffres spéculatifs circulent dans ce dossier. L'Independant est parfois bien informé, parfois moins bien. Je ne peux que répéter qu'à ce jour, nous n'avons même pas pris la décision de principe de faire une nouvelle offre.

– Pourquoi êtes-vous convaincu d'avoir toutes vos chances et venez-vous une nouvelle fois plaider votre dossier en Suisse dans les milieux financiers, syndicalistes et les médias alors que l'offre de Zimmer est au moins de 23% supérieure à la vôtre?

– Parce que nous sommes convaincus que S & N et Centerpulse sont des entreprises qui se complètent parfaitement. Nous disposons de davantage d'innovations technologiques et de perspectives d'augmentation du nombre d'emplois que Zimmer. Nous avons en plus, contrairement à Zimmer, l'habitude de gérer des fusions puisque nous en avons réalisé huit en quatre ans sans connaître de problèmes.

– Le conseil d'administration de Centerpulse indique qu'il recommandera, en fin de compte, l'offre la plus élevée. Vous êtes donc disqualifiés…

– Non. L'expression exacte employée est «la valeur la plus élevée». Ce n'est pas forcément le meilleur prix car il faut aussi tenir compte de la valeur de l'entreprise à moyen terme et, sur ce point là, nous sommes compétitifs.