L’ombre de Google plane au-dessus de Snapchat. Le géant américain aurait fait une offre de 30 milliards de francs pour acquérir le réseau social prisé des adolescents. Selon le site spécialisé Business Insider, qui cite trois sources proches du dossier, une première approche aurait eu lieu en mai 2016 suite à la dernière levée de fonds de Snap. Google serait revenu à la charge avant l’entrée en bourse remarquée de la maison mère de l’application, Snap Inc., en mars dernier. L’offre serait toujours sur la table.

Un représentant de Snap évoque des «rumeurs», tandis que Google se refuse à tout commentaire. Mais cet épisode a l’avantage d’offrir un peu de répit au réseau social. Entre jeudi et vendredi, le titre de Snap a gagné 2,21% à Wall Street. Un rebond alors que la société vit une période de turbulences. La valeur de l’action Snap a atteint son plus bas historique en bourse ce mercredi, à 12,65 dollars. Loin de son record de 27 dollars, établi peu après son introduction fixée à 17 dollars.

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Moment délicat

Plusieurs facteurs expliquent cette hémorragie. L’indice S&P 500 a indiqué lundi 1er août qu’il n’acceptera plus de sociétés qui émettent plusieurs catégories d’actions. Cette décision du célèbre indice boursier exclut de fait Snap, qui a décidé d’émettre des actions sans droit de vote. «Cette méthode est très mal perçue par les investisseurs américains, et Snapchat sort des écrans radar d’un grand nombre d’institutions», indique Daniel Pellet, analyste financier et spécialiste des technologies chez Bordier.

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Autre événement périlleux: la fin de la période de «lock-up», qui empêchait jusqu'à maintenant les actionnaires historiques de l’entreprise de revendre leurs titres. Selon JPMorgan, 1,2 milliard d’actions sont disponibles à la vente depuis le 31 juillet. La levée de la restriction a augmenté le volume de transactions, et a participé à la baisse du cours.

Snap a perdu la confiance d’une partie des investisseurs depuis plusieurs mois déjà. En mai, elle a publié des premiers résultats trimestriels décevants. Avec à la clé des pertes à hauteur de 2,2 milliards de dollars, et un chiffre d’affaires de 149,6 millions de dollars. La nouvelle a fait dégringoler la valorisation de la société d’Evan Spiegel. Devant des analystes, l’entrepreneur de 27 ans se voulait alors rassurant sur le futur de Snapchat: «Nous sommes connus pour ne pas donner d’indications sur l’avenir de notre produit. Mais nous sommes très enthousiastes et l’année sera amusante!» Le patron peine à faire diversion tant les défis s’accumulent pour son entreprise.

Concurrence d’Instagram

L’application mobile compte 166 millions d’utilisateurs actifs par mois, une progression de 5% par rapport au trimestre précédent. La concurrence d’Instragram, détenu par Facebook, est en grande partie responsable de cet essoufflement. Le réseau social fête le premier anniversaire de ses «stories», un système d’images éphémères qui s’inspire de Snapchat. Et la copie a plus de succès que l’outil original: Instagram compte plus de 250 millions d’utilisateurs actifs.

Ci-dessous, la vidéo promotionnelle de Snapchat vantant les mérites de son format de prédilection:

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Plus grave: Snapchat n’est pas rentable, et son modèle économique reste flou. Ce qui fait craindre un destin «à la Twitter» qui peine en bourse. La société va publier ses résultats du deuxième trimestre le 8 août. «On peut s’attendre à une aggravation des pertes. Si cela se confirme, il y aura une profonde remise en question. La meilleure chose qui puisse leur arriver, c’est d’être racheté par un géant», estime Daniel Pellet.