France

A la SNCF, un nouveau président en état d’alerte

Nommé en octobre, Jean Pierre Farandou a pris ses fonctions le 1er novembre à la tête des chemins de fer français, actionnaire des TGV Lyria. Dès le 5 décembre, il affrontera sa première grève

Les premiers pas de Jean-Pierre Farandou comme président de la SNCF auront une tonalité helvétique. Le hasard des calendriers fait que ses débuts à la tête des chemins de fer français coïncideront, cette semaine, avec l’annonce, mardi 5 novembre, d’une nouvelle stratégie pour le transporteur franco-suisse, qui présentera sa flotte renouvelée de TGV à deux étages. La SNCF détient 74% des actions de Lyria, l’entreprise exploitante des lignes ferroviaires entre la France et la Suisse, tandis que les CFF possèdent les 26% restants. Une réalité familière au nouveau PDG, qui dirigea la zone Rhône-Alpes pour la SNCF et fut, à l’international, le directeur général de la filière Thalys qui gère les trains à grande vitesse entre Paris et le nord de l’Europe.

Lire aussi: Le parlement français réforme la SNCF

Un «pur cheminot»

Pour cet ingénieur de formation de 62 ans nommé pour quatre ans et présenté par ses partisans comme un «pur cheminot» compte tenu de sa longue carrière au sein de la SNCF, le principal défi est toutefois social. Son prédécesseur, Guillaume Pepy, en poste à la tête de l’entreprise publique ferroviaire entre 2008 et 2019, avait vu ces dernières années s’accumuler les critiques sur sa gestion des ressources humaines et les retards pris dans la modernisation du réseau, en particulier après le terrible accident de Brétigny-sur-Orge en juillet 2013 (sept morts), à la suite d’une défaillance technique.

Lire également: SNCF: comment la dette a déraillé

La SNCF reste aussi l’épicentre de la contestation sociale française, étant donné le fort taux de syndicalisation de ses agents (plus de 30%, soit trois fois la moyenne nationale dans les services publics) et le leadership de la très combative CGT. Laquelle avait tenté, en vain, de bloquer la réforme du statut de ces agents et l’ouverture à la concurrence, promise par Emmanuel Macron et définitivement adoptée en juillet 2018. Preuve de cette entrée dans une nouvelle ère: la SNCF, créée le 1er janvier 1938 comme établissement public industriel et commercial, deviendra, à partir du 1er janvier 2020, une société anonyme dont le capital restera intégralement détenu par l’Etat.

Premier test: la grève du 5 décembre

Sans surprise, le premier test du nouveau président Farandou aux commandes de l’entreprise – qui compte environ 220 000 employés en France – sera donc une confrontation de grande envergure avec les syndicats. Elle interviendra le 5 décembre, jour de grève générale des fonctionnaires pour lequel Sud Rail et FO cheminots ont déjà posé un préavis de grève illimitée, dont l’impact devrait être accru par la mobilisation solidaire des «gilets jaunes», un an après le début de leurs protestations sur les ronds-points et dans de nombreuses villes de France. Le gouvernement avait remporté la partie en 2018, imposant sa réforme malgré la «grève perlée» prônée par la CGT. Le coût de ce conflit social avait été estimé, par la direction de la SNCF, à 400 millions d’euros.

Je veux renouer le fil. Il ne peut pas y avoir un bon service aux clients s’il n’y a pas une paix sociale dans l’entreprise

Jean-Pierre Farandou

Comment en sortir? Comment poursuivre la rénovation de l’outil ferroviaire de plus en plus sollicité, alors que le chantier du Grand Paris prévoit, pour la capitale et sa banlieue, l’ouverture de quatre nouvelles lignes de train et l’extension de deux lignes de métro? Dans un entretien au Journal du Dimanche, Jean-Pierre Farandou a mis en avant sa volonté d’apaisement: «Je veux renouer le fil. Il ne peut pas y avoir un bon service aux clients s’il n’y a pas une paix sociale dans l’entreprise», a-t-il relevé, promettant de rencontrer «au plus vite» les quatre principaux syndicats. La principale inquiétude de la direction porte sur les mouvements sociaux surprises, comme le blocage social récent au centre de maintenance des TGV Atlantique, au nom de la sécurité, après l’accident d’un train régional dans les Ardennes le 16 octobre. «Je veux que l’on améliore tous ces petits irritants du quotidien des cheminots», poursuit-il dans cet entretien.

Un réseau vétuste et une société endettée

Difficile, toutefois, même si le nouveau PDG a promis de dévoiler sa stratégie au début 2020, d’être autre chose qu’un président en état d’alerte. Alerte sociale, on l’a vu. Alerte technique et sécuritaire, compte tenu de la vétusté des voies et du matériel de signalisation géré par une entité séparée, SNCF réseau. Alerte financière enfin: la dette du transporteur ferroviaire atteint environ 55 milliards d’euros (dont l’Etat a promis, lors de la réforme, de reprendre à sa charge 35 milliards), largement due au coût des lignes à grande vitesse, auxquelles les pouvoirs politiques successifs ont donné la priorité. Avec une éclaircie néanmoins: de bons résultats opérationnels ces deux dernières années: en 2017, le chiffre d’affaires de l’entreprise a augmenté de 4,2% pour atteindre 33,5 milliards d’euros et un bénéfice net de 1,33 milliard d’euros. Mieux encore en 2018 avec un CA de 33 milliards d’euros et une marge opérationnelle de 4 milliards.

Publicité