«Une nouvelle restructuration de la distribution de carburants est en vue en Suisse, de nombreuses stations-service vont fermer, hors de notre réseau», prévient Edgar Bachmann, directeur général de Socar Energy Switzerland. «Dans les prochains mois nous nous concentrerons sur le développement de notre marque; ensuite, nous ouvrirons les deux yeux pour voir si des actifs sont à racheter en Suisse comme dans le reste de l’Europe», poursuit le responsable de cette filiale de la State Oil Company of Azerbaijan Republic – la Socar. «L’expansion fait clairement partie de notre stratégie», souffle celui qui dirigeait jusque-là un millier de stations-service Shell en Italie.

Huit mois après l’annonce de leur rachat, Socar a repris le 1er juillet l’exploitation des 160 stations Esso – le distributeur de mazout Deville figure également dans le panier hérité du géant Exxon Mobil – dans le pays. Dès la fin de l’été, celles-ci seront peu à peu ornées d’une torchère aux couleurs du pays de la Caspienne.

Pour son premier investissement en Europe de l’Ouest – hors de ses frontières, il dispose de réseaux en Ukraine ou en Géorgie – le groupe azéri s’implante dans un secteur promis à un avenir sombre, à en croire Ramon Werner, patron de BP Suisse. Ce dernier a expliqué au Sonntag s’attendre à ce que 20 à 30% des 3600 stations-service helvétiques soient inutiles d’ici à 2030. Et ce en raison d’un déclin structurel des achats, auprès de distributeurs dont les marges sont déjà laminées. Seule solution, proposer d’autres services. Par exemple en adjoignant une supérette Migrolino exploitée en franchise, ce que fera Socar dans 55 de ses stations helvétiques, grâce à un accord avec Migros. En dépit de cette conjoncture délicate, le patron de sa filiale suisse confirme vouloir conserver les 900 employés d’Esso en Suisse; 36 postes supplémentaires seront même créés à Zurich, afin d’assurer des tâches jusque-là chapeautées par d’autres bureaux d’Esso. Cette assurance tient-elle à la proximité avec un pays susceptible de fournir des hydrocarbures à prix d’ami? «Socar Energy Switzerland sera totalement indépendante dans ses achats, mais je suis sûr que nous aurons la possibilité de profiter de certaines offres attractives, si elles se présentent», répond prudemment Edgar Bachmann. Selon les chiffres de l’Union pétrolière, en 2010, l’Azerbaïdjan fournissait essentiellement du brut aux raffineries helvétiques, à hauteur du tiers de leurs besoins. Mais pas de carburants prêts à la vente.

Quant au fait de s’arrêter dans une station appartenant à un pays pointé du doigt par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, leur responsable estime que cela ne devrait guère influencer la clientèle. «Ce qui compte c’est la qualité du service, avec des employés et une direction suisses», assure-t-il. Un discours formaté. Mais que semble pourtant valider l’expérience du groupe libyen Tamoil il y a quelques années, lors de la crise entre Berne et le régime Kadhafi.

«Socar Energy Switzerland sera totalement indépendante au niveau de ses achats»