Prix SVC

La société Abionic veut sauver des vies

La PME figure parmi les six finalistes du Prix Swiss Venture Club. Sa technologie permet de repérer très rapidement le risque de sepsis à partir d’une goutte de sang

Abionic a emménagé, il y a quelques semaines, dans de vastes locaux à Epalinges. Les lieux – flambant neufs – semblent démesurés. «C’est comme acheter une paire de chaussures à un enfant de 5 ans, on prend un poil plus grand», compare Nicolas Durand, directeur et cofondateur de la PME spécialisée dans le diagnostic médical, qui prévoit de doubler ses effectifs à 80 personnes dans les 24 prochains mois.

La société s’est donné les moyens d’atteindre ses ambitions. Elle a récolté 20 millions de francs au printemps pour engager du personnel et démontrer, dans une étude internationale multicentrique (réalisée en même temps dans plusieurs instituts), l’utilité technique de son test de dépistage du sepsis, une infection du sang souvent mortelle. «Toutes les quatre secondes, une personne en meurt. Détectée à temps, cette infection peut être traitée par un antibiotique», affirme Nicolas Durand, un patron au management teinté par son expérience d’officier de renseignement au sein de l’armée suisse et de pilote de voltige.

Soutien de Peter Brabeck-Letmathe

Abionic espère faire de son test un examen de routine qui permettra de repérer le risque de sepsis à partir d’une goutte de sang et d'obtenir un résultat fiable en 5 minutes. «Cela deviendra un geste habituel au même titre que la prise de température, cite comme exemple Nicolas Durand. Aujourd’hui, cet examen n’est pas systématiquement réalisé dans les hôpitaux et les résultats ne sont connus qu’après plusieurs heures. Or chaque minute compte.»

La technologie a séduit plusieurs entrepreneurs, à l’exemple de Pierangelo Bottinelli, président du fonds d’investissement Symphony, Philippe Glatz, président de la Clinique des Grangettes, Peter Brabeck-Letmathe, ancien directeur général de Nestlé, ou Arkady Volozh, cofondateur du moteur de recherche russe Yandex. Ce test dédié au sepsis n’est pas encore sur le marché car l’entreprise veut pouvoir s’appuyer sur les résultats de l’étude clinique européenne actuellement cours. Il devrait être commercialisé dès mi-2019 par l’intermédiaire d’un distributeur. De manière générale, la société veut suivre une stratégie de commercialisation au travers de licences via de grands groupes pharmaceutiques.

L’Abioscope, version 2

Sur le site d’Epalinges, une ligne de production assure la fabrication des tests, appelés capsules, qui sont des consommables à usage unique. Créée en 2010, Abionic a construit un savoir-faire qui repose sur une invention de Nicolas Durand et Iwan Märki, à savoir des capteurs nanofluidiques développés au sein de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

La PME, dont la vision est d’amener la biologie moléculaire au sein des cabinets médicaux, chez le pharmacien et dans les hôpitaux, lancera en début d’année prochaine une nouvelle génération de son Abioscope, son appareil de dépistage biomédical qui permet déjà de déceler en quelques minutes plusieurs allergies à partir d’une seule goutte de sang. Le système a été enregistré par la FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux. «Aux Etats-Unis, une personne sur trois est allergique. Et les deux autres pensent qu’elles le sont», dit avec humour Nicolas Durand.

Nouveaux tests en vue

L’Abioscope est déjà commercialisé en Europe. En Suisse, la coopérative des pharmaciens Ofac propose aussi la plateforme dans son réseau de pharmacies. En quelques minutes, les résultats apparaissent sur un écran tactile de haute définition. Abionic quantifie la ferritine, l’asthme allergique et différents types d’allergie (bouleau, graminées, acariens, chien et chat). «Nous visons un marché mondial estimé à 62 milliards. D’ici à 2025, on évoque le chiffre de 85 milliards de dollars, prévoit le directeur d’Abionic qui ne révèle toutefois pas ses prévisions de chiffre d’affaires. Nous prévoyons par la suite de lancer d’autres tests pour obtenir un diagnostic rapide dans les services d’urgence, sur les risques de thrombose ou d’inflammation.»


Les PME à l’honneur

Tous les deux ans, le Swiss Venture Club (SVC) récompense une PME familiale qui s’inscrit dans la pérennité. Après une présélection et la visite de six entreprises finalistes, le jury – composé d’une quinzaine de personnalités de l’économie romande et auquel participe Le Temps – a établi un classement qui sera révélé jeudi 8 novembre au SwissTech Convention Center de l’EPFL. Aujourd’hui et chaque lundi à partir du 8 octobre, une PME finaliste du Prix SVC sera présentée dans Le Temps, selon un ordre alphabétique.

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