La société horlogère Breitling lance son propre mouvement à quartz

Industrie L’entreprise franchit une nouvelle étape clé vers son indépendance industrielle

La société familiale fête ses 130 ans

Alors qu’elle fête cette année son 130e anniversaire, la marque Breitling prouve une nouvelle fois que son indépendance et sa singularité ne sont pas de vains mots ou des concepts creux. Si la marque au B ailé est déjà indépendante, en mains de la famille Schneider, elle se rapproche aussi de plus en plus d’une autonomie complète en termes de mouvements.

«Cette année, Breitling va introduire son propre calibre quartz analogique digital multifonctions», témoigne Jean-Paul Girardin, vice-président de la marque, rencontré dans le cadre de Baselworld. Une partie de la production, en particulier les ébauches – composants en laiton du bâti du mouvement –, se fera sur le site de Breitling Chronométrie à La Chaux-de-Fonds.

C’est en 2010 qu’est né le projet. La marque, célèbre pour ses chronographes mécaniques pour professionnels, voulait des fonctions spécifiques pour ce mouvement. Des complications particulièrement adaptées aux pilotes d’avion, comme de pouvoir non seulement mesurer les temps de vol à l’aide du chronographe, mais également pouvoir garder en mémoire les heures de décollage et d’atterrissage devant être inscrites dans le carnet de vol. Et, pour les passagers, plus de problèmes de mise à l’heure lors de changement de fuseau horaire, une simple pression sur un poussoir et l’heure de destination devient automatiquement la nouvelle heure locale.

Un nouveau système d’éclairage contrasté et lumineux, permettant d’assurer une lisibilité de l’affichage digital, a aussi été inventé. La batterie est du type rechargeable, permettant une autonomie d’un à six mois, selon l’utilisation. L’an dernier, Breitling avait déjà développé, avec un partenaire extérieur, une toute nouvelle batterie rechargeable créée spécialement pour sa montre Emergency. Grâce à son nouveau mouvement, Breitling, basé à Granges (SO), pourra commencer à équiper une partie de ses collections quartz. Soit 20 à 25% de l’ensemble de ses pièces.

Mais pourquoi ce type de calibre, alors qu’il n’est pas forcément difficile de s’en procurer sur le marché, à l’inverse des mouvements mécaniques? «Cela nous donne une marge de manœuvre beaucoup plus grande et une capacité d’innovation accrue. En «outsourçant» ce mouvement, nous n’aurions pas eu les fonctions spécifiques désirées», renchérit Jean-Paul Girardin. Et, qui sait, peut-être qu’un jour la pénurie de quartz suisse se fera aussi ressentir…

Breitling fait aussi partie des très rares entreprises horlogères à avoir décidé de prendre son destin en main. Alors qu’un florilège de sociétés horlogères n’a jamais voulu entendre les récurrents coups de semonce de Swatch Group quant aux livraisons de composants, Breitling a pris les devants au niveau mécanique. Elle a ainsi présenté, en 2009 déjà, son premier mouvement 100% élaboré à l’interne (le B01) et, de facto, «Swiss made». Avec sa réserve de marche supérieure à 70 heures et ses 346 composants, il a ensuite connu de nombreuses déclinaisons, avec des modules et des fonctions différentes.

«A part le spiral, nous maîtrisons désormais tout à l’interne», se réjouit le vice-président de la société, dont la production annuelle de montres est estimée à 150 000 pièces. Au niveau des mouvements chronographes mécaniques, l’entreprise a les capacités d’en produire 50 000 par an. Pour l’heure, la marque, dont les effectifs se montent à 500 personnes (avec sa filiale genevoise), en utilise 80%, soit 40 000 calibres.

Production propre implique aussi des prix de vente supérieurs. Les montres équipées du calibre maison coûtent désormais, en moyenne, 8000 francs, contre 6000 pour celles dotée du Valjoux d’ETA (Swatch Group). Et l’entreprise a encore de la marge de manœuvre. Chez Breitling Chronométrie, il est – si besoin – possible de s’agrandir.

Pour célébrer son 130e anniversaire, la société, la seule dans le monde horloger à faire certifier à 100% par le Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC) les mouvements qu’elle utilise, a dévoilé un film d’une demi-heure, retraçant sa création et les grandes dates de son histoire. Tout a en effet commencé en 1884, lorsque Léon Breitling a installé son atelier dans le Jura et a choisi de se consacrer aux chronographes et aux compteurs. Quid de l’avenir? Il s’inscrira dans la continuité et la consistance. Comme depuis ses origines. L’entreprise n’a, en effet, connu que cinq patrons – trois de la famille Breitling et deux de la famille ­Schneider.

L’an dernier, Breitling avait déjà développé une toute nouvelle batterie rechargeable pour un autre modèle