Le marché des ordinateurs portables est chamboulé par l’attrait des écrans tactiles, popularisés par les smartphones et les tablettes électroniques. Selon une étude publiée par le cabinet de recherche IDC, les ventes mondiales de tablettes informatiques devraient dépasser celles d’ordinateurs de bureau dès cette année, et celles d’ordinateurs portables en 2014. IDC estime que 190,9 millions de tablettes seront écoulées cette année, soit un bond de 48,8% comparé à 2012.

L’équipe lausannoise de la société Rapt Touch veut permettre aux fabricants de combiner ordinateur classique et tablette en proposant un produit avec un écran tactile multi-contact à prix abordable. «Il est déjà possible d’intégrer la reconnaissance tactile au PC, comme l’ont fait toutes les grandes marques. Toutefois, les prix restent prohibitifs, note Jean-Claude Etter, directeur opérationnel de la société et ancien vice-président des achats chez Logitech. Généralement, les écrans tactiles restent limités aux smartphones et tablettes. «Leurs prix deviennent prohibitifs au-dessus d’une taille de 11 pouces.»

Depuis son bureau lausannois, où travaillent une dizaine d’ingénieurs, pour la plupart des vétérans de Logitech, Jean-Claude Etter présente la machine, dont le prix n’est pas encore dévoilé: un ordinateur de bureau fonctionnant sous Windows 8 qui peut se transformer en tablette géante, style iPad. «C’est du deux en un. Cet ordinateur permet de faire de la bureautique, de remplir un formulaire ou d’être connecté à une imprimante. Il peut aussi se transformer en tablette pour surfer sur Internet ou répondre à ses e-mails.» Une manière de suivre le virage de la tablette sans pour autant abandonner l’ordinateur.

Les écrans tactiles à usage privé que l’on retrouve notamment sur les smartphones font généralement appel à une technologie dite capacitive. Il s’agit d’un empilement de couches conductrices, séparées par une couche d’isolant. Lorsque l’écran est touché, la proximité entre le doigt et ces couches peut être détectée. «La technologie fonctionne très bien tant que l’écran ne dépasse pas une certaine taille. Par contre, si on double la grandeur de l’écran, on ­multiplie par quatre le coût du senseur, explique Jean-Claude Etter. Nous voulons offrir une technologie où la relation entre la taille et le coût restera linéaire.»

Le principe de base de Rapt Touch est différent. En lieu et place d’une matrice conductrice, l’écran est constitué d’un verre au périmètre duquel figurent plusieurs composants optiques qui diffusent de la lumière infrarouge. Cette lumière remplit toute la surface de l’écran dans un domaine spectral invisible à l’œil nu. Les rayons rebondissent de haut en bas, les rayons restant captifs du verre. La réflexion interne est totale. En touchant la plaque de verre, la présence d’un doigt occasionne une fuite d’énergie locale. Les récepteurs ainsi ­privés de lumière infrarouge détectent le point d’impact et transmettent les coordonnées X et Y du doigt.

Fondée en 2004 à Dublin par Owen Drumm et Gerry Giblin, la société a levé 4 millions d’euros en avril dernier auprès d’Ulster Bank Diageo Venture Fund. Au total, ­depuis sa création, l’entreprise a déjà levé 9,5 millions d’euros. «Nous cherchons désormais à engager des ingénieurs, à Lausanne, mais aussi dans nos bureaux à Dublin, dans la Silicon Valley et à Taïwan», explique Jean-Claude Etter. La société, qui compte actuellement 22 personnes, prévoit d’engager 18 personnes d’ici à la fin de l’année puis de doubler ses effectifs l’année suivante.

La société passe en effet à la vitesse supérieure. Après plusieurs années de recherche et développement, le produit de Rapt Touch entrera en phase de production au premier trimestre de l’année prochaine. Il sera fabriqué en Chine. L’entreprise est en passe de signer un premier contrat avec un grand fabricant. «Dès l’année prochaine, un ordinateur possédant notre technologie sera commercialisé», note Jean-Claude Etter sans dévoiler plus de détails.

Le marché des écrans tactiles est évalué à 15 milliards de dollars. Il pourrait atteindre 24 milliards de dollars en 2017. Selon le cabinet DisplaySearch, ce marché devrait frôler les 32 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018. «L’adoption de Windows 8, le nouveau système d’exploitation lancé par Microsoft à la fin octobre de l’année passée, devrait se traduire par une envolée du nombre de modèles de PC – fixes ou portables – dotés d’un écran tactile, estime Jean-Claude Etter. Jusqu’à présent, Windows 8 n’a pas encore obtenu le succès espéré. L’une des raisons étant liée au prix exorbitant des PC tactiles.»

«Nous voulons offrir une technologie où la relation entre la taille de l’écran et le coût restera linéaire»