Avec l'engagement de Niall Gallagher pour diriger deux fonds en actions européennes (European Equity Strategy et European ex-UK Equity Strategy), T.Rowe Price s'est assuré les services d'une star de Merrill Lynch. T.Rowe Price est le quatrième plus grand gérant de fonds de placement indépendant au monde. La performance est remarquable, puisque sur trois ans, 78% des 125 fonds dépassent la moyenne.

Le nouveau gérant débute actuellement et s'occupera d'un fonds en actions européennes qui devrait rapidement atteindre 200 millions de dollars à la fin mai. Dans une interview au Temps, Niall Gallagher présente ses convictions actuelles. Le fonds se concentre sur 30 à 50 positions et s'éloignera donc volontairement de l'indice MSCI Europe. Son tracking error (mesure du risque en regard de la déviation standard par rapport à l'indice) devrait atteindre 4 à 8%. C'est donc un fonds très «actif».

A l'égard du marché européen, le gérant est raisonnablement positif: «L'évaluation est basse car depuis 2003 la hausse a été nourrie non par un élargissement du multiple, mais par la croissance des bénéfices des entreprises.» Cette augmentation bénéficiaire restera vigoureuse. «L'activité de private equity est une preuve de sous-évaluation des actions», selon lui.

En pleine phase d'investissement, il apprécie les valeurs financières, avec un grand nombre de thèmes porteurs, tels que la croissance de la gestion de fortune et de la banque d'investissement. L'UBS plaît pour sa capacité à attirer des fortunes, son management, la force de l'asset management et le potentiel de l'investment banking. Ce sont les mêmes éléments qui l'amènent à acheter Credit Suisse. Julius Bär fait aussi partie des favoris, avec son impressionnant retournement. D'autres valeurs suisses sont des achats aux yeux de l'expert, par exemple les pharmas et Holcim.

Niall Gallagher joue aussi un thème rarement cité dans la presse, le sud-est de l'Europe, par exemple la Grèce et les pays qui l'entourent, avec leur fort potentiel de rattrapage. Le secteur bancaire grec apparaît attractif, par exemple à la vue des acquisitions en Bulgarie ou en Roumanie. EFG, National Bank of Greece, Bank of Cyprus ont des caractéristiques optimales pour le gérant. Chypre est en train de se profiler comme un centre financier pour le sud de l'Europe, avec des accords fiscaux intéressants pour les compagnies actives en Russie et au Moyen-Orient.

Jouer l'industrialisation des pays émergents

Le gérant entend également tirer pleinement profit de la croissance de l'économie irlandaise, avec plusieurs positions dans des actions locales, par exemple dans le transport aérien (Ryanair) et les banques.

L'industrialisation est un autre thème à jouer, sous l'impulsion de la Chine et de l'Inde. L'une des positions n'est autre que Holcim. Le gérant aime bien les groupes présents dans la transmission électrique, l'ingénierie, l'automation et les biens d'équipement. L'expert de T.Rowe Price ne partage pas l'avis selon lequel les cours de bourse anticipent l'essentiel du développement industriel des pays émergents. «Les investisseurs restent cantonnés dans des modèles de retour à la moyenne et dans un comportement cyclique.» Niall Gallagher appartient-il à ces optimistes qui régulièrement prévoient la fin des cycles conjoncturels? «Non, mais les conditions économiques diffèrent des règles des trois dernières décennies.» La fin du vingtième siècle a vu se multiplier les erreurs de politique monétaire et fiscale. Avec l'industrialisation de la moitié du monde, d'autres forces sont en jeu. «Les 20 prochaines années ressembleront aux 20 dernières années du XIXe siècle avec l'industrialisation des Etats-Unis.»

Les compagnies ont des marges supérieures au passé, de hauts rendements, mais les bourses anticipent un affaiblissement qui, de l'avis du gérant, ne se matérialisera pas.

La demande structurelle restera donc forte. Or, «l'évaluation des actions est au plus bas depuis longtemps».