Combien va coûter mon déménagement? La réponse chiffrée peut varier du simple au triple. L’amplitude s’explique ici par le procédé tarifaire utilisé (salaire horaire ou paiement au forfait) et par la prolifération des sociétés de déménagement. Sur ces quatre dernières années, les milieux professionnels concernés font état d’une chute d’activité de plus de 20%. Aux abois, des déménageurs bradent leurs services et trichent pour réduire leurs charges – comme entreposer illégalement leurs camions sur l’espace public la nuit, au lieu de les stationner sur des places privées. Les autorités peinent à juguler le phénomène.

«Le marché est très atomisé et comporte une grosse zone grise où il suffit d’un téléphone portable, d’un véhicule et d’auxiliaires pas forcément déclarés pour travailler comme indépendant», confirme Michel Balestra, président de l’Association genevoise des entreprises de déménagement. Le Registre du commerce genevois répertorie une quarantaine d’entités de déménagement, décor auquel il faut ajouter un nombre indéfini d’acteurs «sauvages». En contactant plusieurs dizaines de ces sociétés (annonces en ligne ou dans la presse gratuite), nous sommes plusieurs fois tombés sur un même interlocuteur, pouvant détenir jusqu’à trois enseignes différentes.

Comment calcule-t-on le prix d’un déménagement? Un volume (m3) représente environ la moitié d’une superficie en m2. «Si vous avez un appartement de 100 m2, cela correspond à 50 m3», résume Michel Balestra. Le m3 est facturé en moyenne 50 francs. Dans notre exemple, le devis théorique est de 2500 francs. «Tout dépend aussi des options, et de la disposition du logement [ndlr: étage, avec ou sans ascenseur, poids des meubles…]. Un m3 de duvet, ce n’est pas pareil qu’un m3 de piano», ajoute-t-il.

D’autres préfèrent fonctionner au salaire horaire. «La loi autorise le prestataire à dépasser le budget discuté en cas d’imprévu», prévient Michel Balestra. Mieux vaut donc opter pour un prix forfaitaire, avec si possible un devis gratuit. Expérience faite, on trouve très facilement des sociétés prêtes à faire le travail pour moins de 1500 francs. Le bouche-à-oreille aidant, la manœuvre n’est pas forcément gage de mauvais résultat. Cependant, des comparateurs en ligne de devis mettent en garde contre certaines pratiques, comme celle de ne pas actionner son assurance en cas de dégât. Ces derniers mois, une dizaine de sociétés en Suisse ont été mises sur liste noire pour ne pas avoir respecté leurs engagements. «Si chaque contrat me rapporte 1500 francs, et que je raie un meuble qui vaut cher, tout mon chiffre d’affaires est englouti par ma franchise d’assurance responsabilité civile», relève cet autre professionnel anonyme.

Comment se présente la structure de coûts dans la branche? «Schématiquement, 60% partent en salaires [ndlr: environ 400 francs par jour et par employé, en vertu de la convention collective de travail], le reste sert à payer les charges variables comme le véhicule. Notre marge nette avoisine les 2%», calcule Michel Balestra. Malgré un taux de vacance proche du néant dans certaines grandes villes du pays, le taux de déménagement est relativement élevé en Suisse: plus de 500’000 foyers changent d’habitation chaque année, selon un baromètre de la Banque cantonale de Zurich. L’été est une période traditionnellement chargée pour la profession. «J’y réalise 50% de mon chiffre d’affaires annuel, souligne un déménageur souhaitant rester discret. Entre mai et septembre, c’est le boom des offres. Plus de la moitié d’entre elles aboutissent.»

«Notre activité commerciale est l’une des seules où le client vous confie, en un temps record, tous ses actifs, et vous donne rendez-vous à une adresse donnée pour les récupérer en l’état», conclut Michel ­Balestra, faisant allusion à des imposteurs dans la jungle des déménageurs.

«Si pour 1500 francs de contrat, j’abîme un meuble design, ma franchise d’assurance me fait tout perdre»