Réglementation

Les sociétés de gestion d’actifs contraintes à davantage de transparence

Avec la directive MIF 2, les gestionnaires d’actifs européens devront détailler les frais qu’ils imposent à leurs clients. Une réforme qui pourrait être victime de sa complexité

C’est l’équivalent financier des «mentions légales» interminables qu’aucun acheteur ne lit lorsqu’il achète un téléphone portable. Quand un particulier – ou un professionnel – acquiert un produit d’investissement, les frais et commissions à payer sont enterrés quelque part à la fin de la brochure, et rarement détaillés.

Complexité critiquée

Ceux-ci sont pourtant très élevés, coûtant en moyenne, suivant les pays européens, entre 0,7 et 4% des encours gérés, selon les calculs de l’Autorité européenne des marchés financiers. Dans certains cas, cela efface presque la moitié du rendement du produit financier.

La deuxième directive européenne sur les marchés d’instruments financiers (MIF 2), qui est entrée en vigueur le 3 janvier, entend mettre fin à cette pratique. Elle impose aux sociétés de gestion d’actifs de faire preuve de transparence, en détaillant le calcul de leurs frais.

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et la réforme risque de se noyer dans sa propre complexité. «L’idée est bonne, mais la MIF 2 génère énormément de bureaucratie, et il n’est pas sûr qu’à la fin les clients en bénéficient», s’agace Greg Jones, responsable de la vente des produits à Janus Henderson, une grosse entreprise anglo-américaine de gestion d’actifs (305 milliards d’euros d’encours, plus de 2000 employés).

Règles sujettes à interprétation

Actuellement, la gestion d’actifs impose aux clients deux sortes de commissions: des frais annuels de gestion et des frais de performance. La Commission européenne se concentre sur la première catégorie, imposant que celle-ci soit désormais détaillée: quels sont les frais de courtage? Ceux venant de la recherche? Les frais administratifs?

«Le problème est que le régulateur ne fournit pas de modèle sur la façon dont les frais doivent être décomposés, explique Greg Jones. Les règles sont sujettes à interprétation et chaque société risque d’en avoir sa propre vision. Pour les investisseurs, au lieu de simplifier les choses, cela risque de les complexifier.» En conséquence, l’objectif final – baisser les frais – pourrait ne pas être atteint. Cette vision négative n’est pas partagée par tous. «Progressivement, d’ici un ou deux ans, face à la concurrence, les modèles de frais des différentes sociétés vont converger et devenir plus faciles à comparer», estime Grant Lee, du cabinet d’audit PwC.

Frais pris en charge par les sociétés de gestion

De plus, avant même son application, cette réforme a déjà poussé les sociétés de gestion d’actifs à faire un geste. Traditionnellement, celles-ci achètent des notes de recherche aux grandes banques, qu’elles utilisent ensuite pour leur stratégie d’investissement. Actuellement, elles en transfèrent le prix à leurs clients par le biais des frais annuels de gestion. Après la réforme MIF 2, elles imaginaient pouvoir continuer de la même façon.

Mais la plupart d’entre elles ont dû renoncer. BlackRock, la plus grosse société de gestion au monde, a décidé de prendre les coûts à sa charge. Les autres ont suivi, dont Schroders, Invesco ou encore Janus Henderson.

Greg Jones relativise cependant le geste, précisant que l’économie pour les investisseurs sera marginale, ne dépassant pas quelques points de base (un point de base équivaut à 0,01%). La pression qui s’exerce en faveur de frais plus transparents et allégés est cependant manifeste.

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