Les Sœurs de Saint-Paul règlent l’avenir de «La Liberté»

Médias Groupe E et la BCF investissent dans le titre

Dans le paysage médiatique, La Liberté était une curiosité. Elle le restera. Ses propriétaires, les Sœurs de Saint-Paul, ouvrent le capital-actions de l’entreprise non pas à un groupe de presse mais à des acteurs de l’économie fribourgeoise. La nouvelle a été communiquée aux lecteurs dans l’édition de mercredi. Groupe E et la Banque Cantonale de Fribourg (BCF) détiendront 33% du capital-actions de la société Saint-Paul Imprimeries et La Liberté Médias SA. Le montant de la transaction n’a pas été divulgué.

Il y a trois ans, la communauté religieuse avait fait part de sa décision de principe de céder l’entreprise fondée en 1871 en raison de l’absence de relève. Président du conseil d’administration, Martial Pasquier explique que, dès le départ, un certain nombre de critères devaient être remplis par les futurs acquéreurs: «Ils devaient adhérer aux valeurs défendues par le journal et à sa charte, avoir une compréhension des particularités de Fribourg et s’engager dans une logique de durabilité.»

Groupe E et la BCF ont fondé une société appelée Sofripa, qui détiendra dans un premier temps le tiers du capital-actions. Cette société pourrait accroître sa participation par la suite. Mais pas certain qu’elle devienne un jour majoritaire. «Nous procédons par étapes. L’idée est d’ouvrir les deux tiers du capital-actions, les Sœurs de Saint-Paul souhaitant conserver le tiers restant. D’autres entreprises ou personnes pourraient à terme s’engager. Mais nous voulons un noyau dur, une structure stable et un actionnariat qui partage notre vision», explique Martial Pasquier.

Tamedia pas intéressé

Il y a quelques années, les intentions des Sœurs de Saint-Paul avaient éveillé des appétits. Mais Hersant a été éconduit. Et Tamedia? Même si, dès janvier 2015, La Liberté sera imprimée sur ses rotatives bernoises, il n’est pas question d’une entrée du groupe de presse zurichois dans le capital-actions du journal fribourgeois. «Tamedia n’en a pas envie et nous-mêmes n’en avons pas besoin. D’ailleurs, Tamedia ne remplirait pas nos conditions», assure Martial Pasquier.

La solution fribourgeoise semble également satisfaire la rédaction. «Nous avons le sentiment que c’était la meilleure solution», explique Claude-Alain Gaillet, de la Société des rédacteurs. Le journaliste rappelle que les nouveaux actionnaires sont des institutions connues et solides. «Et à ce stade, nous n’avons aucune raison de douter de leur engagement à vouloir respecter notre indépendance. Par contre, nous avons quelques craintes car il ne s’agit que d’une première étape. Quel sera le visage de l’actionnariat à la fin du processus? Si une entreprise devait devenir majoritaire, ça poserait d’autres questions», dit-il. Louis Ruffieux, rédacteur en chef, assure aussi que «le journal continuera à traiter Groupe E et la BCF comme il l’a toujours fait». Et il dit avoir une confiance entière dans ses journalistes. Mais, derrière les deux entreprises, il y a aussi l’Etat de Fribourg. La Liberté redeviendra-t-elle la Pravda de Pérolles? «Connaissant les acteurs politiques et les dirigeants des entreprises concernées, je ne les imagine pas vouloir mettre le journal sous tutelle», répond Claude-Alain Gaillet.