Pour contrer la propagation de l’épidémie de coronavirus, nous avons renoncé à organiser des événements dans nos locaux. Mais pour que vous puissiez tout de même assister aux conférences prévues, certaines seront proposées sur notre site sous forme de vidéo ou de chat en ligne.

Avocate de formation, Sofia de Meyer a travaillé plusieurs années à l’international au service de multinationales. En 2004, elle revient en Suisse pour fonder Whitepod, un complexe hôtelier écologique de luxe. En 2009, elle se lance dans une nouvelle aventure: Opaline, dont l'objectif est de produire et vendre des jus respectueux de la nature. L’entreprise écoule aujourd’hui près d’un million de bouteilles tous les ans dans 2000 points de vente uniquement en Suisse, essentiellement de petites épiceries de quartier ou de village.

A l’occasion de la crise du Covid-19, Sofia de Meyer écrit «A notre portée», un essai en libre accès pour montrer que cette «pandémie est une opportunité pour évoluer vers une société plus paisible, plus en harmonie avec notre environnement». Mais est-ce vraiment possible? Et comment?

A lire: «A notre portée: éveil pour une économie régénératrice»

Pour en discuter, nous avons ouvert le début avec Sofia de Meyer. Découvrez ses réponses à vos questions ci-dessous:

  1. Question posée par Christopher F. :
    Les gens vont-ils vraiment changer et être plus respectueux et proche de la nature après cette pandémie?
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 11:02

    Nous en avons la possibilité. Consommer localement, tisser des liens avec les agriculteurs, les épiciers qui ont répondu présents pendant la crise. S’inspirer des nombreuses initiatives d’entraide qui ont émergés, ou les soutenir. Retrouver, ou cultiver, le plaisir d’une promenade dans le coin. De simples gestes, mais qui ensemble nourrissent cette transition vers plus de liens.


  2. Question posée par JAingenierie & associés :
    Je souhaite simplement vous féliciter pour vos actions. J’apprécie votre abnégation, dans cette tourmente.
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 11:01

    Merci! Toute crise permet de prendre conscience tant de notre résilience que de notre pouvoir d’agir.


  3. Question posée par Ana :
    Comment gérer la frustration quand on a l'impression de «nager à contre-courant»? N’avez-vous pas l’impression qu’être minoritaire nous pousse à penser que nos actions sont parfois vaines?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:43

    Oui, être minoritaire et nager à contre-courant demande de l’engagement. Mais cela nous permet aussi découvrir une certaine force de résilience, et à travailler en collaboration avec d’autres minorités qui oeuvrent elles aussi pour la même cause: repenser nos modèles et nourrir la conviction que nous avons toutes et tous une part à prendre.


  4. Question posée par BeTheChange :
    Bravo et merci pour cet essai riche d'inspiration. Vous mentionnez les aides publiques qui pourraient être allouées aux initiatives de la transition. En cette période de crise et dans la phase de reprise qui suivra, il est probable que les PME cherchent prioritairement à reconstituer des liquidités et non à investir dans des activités de R&D ou favorables à une transition vers plus de durabilité. Quant à l'Etat, il va continuer, à travers ses aides, à viser le maintien et la création d'emplois sans nécessairement mettre l'accent sur cette transition ni faire de distinction entre les activités régénératrices et celles qui ne le sont pas. Qu'en pensez-vous? Auriez-vous des suggestions concrètes, à titre d'exemple? Merci d'avance!
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 11:26

    Les mesures de crédit Covid-19 vont indéniablement demander aux entreprises de créer plus de liquidités qu’elles ne l’avaient prévues, dans un marché encore fort instable. C’est effectivement un risque pour la transition, pour la création d’emplois et l’innovation pour plus de régénération. J’espère sincèrement ici que ces mesures pourront être converties en subventions pour précisément permettre aux modèles régénérateurs d’allouer leurs ressources à leurs projets. Transformer ces crédits en un fond de soutien aux entreprises qui répondent à des critères de durabilité?


  5. Question posée par Alban :
    Bonjour Sofia, Merci pour votre essai que j'ai commencé à lire avec attention. Je me demandais comment chez Opaline vous gérez la croissance en lien avec cette globalisation/digitalisation croissante. Votre marché devrait/pourrait s'étendre, notamment à l’étranger? Est-ce que cette question de croissance est abordée et si oui comment l'imaginer vous? Merci pour ta réponse. (Alban)
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 10:57

    Dans le mot croissance, il y a le mot «sens» qui nous invite à voir la croissance comme un outil qui se doit de servir des valeurs: le partage du revenu par le biais de marges équitables, de création d’emploi et bien évidemment de soutien à la régénération de la Nature. Dans ce sens, la croissance est vertueuse. Oui, Opaline peut s’étendre à l’étranger mais par une duplication de son modèle (achat locaux, production locale pour un marché national). Un modèle qui permet de tisser des liens à notre portée.

     


  6. Question posée par Kleio :
    Le problème n’est-il pas à la racine? C’est à dire qu’il est indispensable de revoir nos systèmes éducatifs. Un enfant sensibilisé à la planète deviendra un adulte sensible à tout cela et agira en conséquence. Vantez-vous certains modèles éducatifs?
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 11:09

    La transition se doit d’être à la fois systémique et fondamentale. Dans ce sens, oui, l’éducation est essentielle. Inviter nos enfants à se poser des questions, à participer à nos réflexions, à expérimenter le lien aux autres et à la nature est primordial. Je suis parfois bien triste de voir à quel point la notion de performance (la note) prend le dessus sur une raison d’être, et le peu d’ouverture qui est proposé pour diversifier l’emploi du temps dans les écoles. Les modèles éducatifs qui s’ouvrent aux expériences en plein air, qui allient la performance individuelle à une notion collective à travers des projets concrets m’inspirent beaucoup. La Norvège est précurseuse dans ce sens.


  7. Question posée par Julien :
    Quel projet rêveriez-vous de monter?
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 11:11

    Celui que j’ai la chance de pouvoir accompagner depuis 10 ans. Opaline. Mon rêve: pouvoir continuer, amplifier son impact positif tant social qu’environnemental avec plus de liens. Concrétiser nos prochains projets: accompagner les artisans de la transition et renforcer l’initiative de la terre de liens par le biais de la Fondation Opaline.


  8. Question posée par Christopher F. :
    Quel est le plus grand défi quand on passe d'avocate à cheffe d'entreprise?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:30
    Lâcher prise sur le statut social et économique de l’avocate!

  9. Question posée par Fan :
    De nombreuses personnes continuent de dire: «Que veux-tu que j'y fasse à ma petite échelle? Je n'ai pas d'impact. C'est ceux qui ont le pouvoir de véritablement changer les choses qui doivent montrer l'exemple (politique, grandes entreprises, etc.).» Que leur répondez-vous?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:32

    Oui la politique et les grandes entreprises ont une responsabilité, c’est vrai. Mais à notre échelle, nous pouvons aussi accompagner et nourrir cette transition. Chaque geste compte. Tout grand changement est né du terrain, de mouvements citoyens. Et les citoyens, c’est nous! Rien qu’à l’échelle d’un collectif de quelques personnes qui partagent une vision, un objectif commun, nous pouvons déjà imaginer un impact. Chez Opaline, j’ai commencé seule dans ma cuisine. Aujourd’hui, c’est 1 million de bouteilles qui se vendent à travers 2’000 points de vente en Suisse. J’aime beaucoup ici la citation d’Anita Roddick, fondatrice du Bodyshop: «Si vous pensez être trop petit pour avoir un impact, avez-vous déjà essayé de vous endormir avec un moustique dans votre chambre?»


  10. Question posée par Sarah :
    J’aurais aimé en savoir plus sur le modèle d’organisation agile que vous évoquez. En effet, selon mon expérience professionnelle des dernières années, les organisations qui se voulaient «agiles» se sont en fait montrées plus hiérarchiques qu’elles ne l’étaient avant. Cela s’est traduit par un manque de repères des employés, et au final une marge de manœuvre d’action plus réduite. Dans la pratique, je garde donc un doute par rapport à cette nouvelle tendance vers l’agilité, qui me semble louable en théorie, mais souvent peu applicable dans la pratique. Ne faudrait-il pas un juste équilibre entre la hiérarchie et l’agilité? Par ailleurs, je vous rejoins sur l’idée que chaque personne, chaque employé(e) devrait élaborer sa propre mission de vie. Plus concrètement, il s’agirait peut-être de décrire ses propres valeurs, et son propre «manifeste» pour donner corps à ces valeurs aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. Je me réjouis de ce dialogue. Bien à vous.
    Réponse donnée par Sophie de Meyer à 11:19

    C’est une très bonne question, merci de l’avoir posée. Il est aujourd’hui essentiel de repenser le sens de notre engagement tant pour nous en tant qu’individu que pour le collectif en tant qu’entreprise. Repenser le sens nous invite à initier une transition et à prendre conscience que c’est un chemin et qu’il ne sera pas facile. C’est une aussi une transition qui sera propre à chaque individu et à chaque entreprise. Mais il faut, comme vous le dites, trouver et nourrir au quotidien un équilibre entre l’agilité qui fait appel à une autonomie individuelle et les axes stratégiques de l’entreprise qui font appel à un cadre clair au niveau décisionnel. Le travail de mission de vie est le départ pour nourrir le sens, puis il s’agit d’identifier les personnes garantes des valeurs de l’entreprise. 


  11. Question posée par Juan :
    Craignez-vous une deuxième vague? Quels seraient les impacts selon vous sur les entreprises suisses et l’économie en général?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:37

    Oui je la crains. Si nous ne pensons pas à adapter nos modes de vie, nos modes de consommation et nos modes de travailler, une deuxième vague serait encore plus dévastatrice pour nos éco-systèmes. Pourquoi? Parce que nous ne pourrons pas soutenir indéfiniment une économie à coup de crédits, de confinement et de fermetures de nos établissements. C’est un raison pour cultiver plus d’agilité et de résilience dans nos entreprises, repenser la croissance et nos manières de travailler ensemble.


  12. Question posée par Pierre :
    Vous avez, avant l'aventure Opaline travaillé pour des multinationales et dans le tourisme de luxe, donc loin d'une harmonie avec l'environnement. Comment expliquez-vous ce retournement de valeurs?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:47

    C’est une évolution qui m’a permis de mettre les compétences et l’expérience précieuse que j’ai acquise au service des valeurs que je nourris aujourd’hui avec mes engagements.


  13. Question posée par Nathalie :
    Quel est l’objectif concret de votre texte? Qu’attendez-vous, et à qui s’adresse-t-il?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:41

    Partager. Partager une expérience de vie professionnelle, de vie tout court, pour contribuer à la hauteur de mes moyens à cette vision du monde que je souhaite pour moi, pour notre société et pour nos enfants. De cette contribution, de cette expérience, est née une participation active que j’appelle la citoyenneté. La citoyenneté est une posture collective dont nous partageons les droits et les devoirs. Ce texte s’adresse à tout le monde. Prendre connaissance de ces 5 éveils, se les approprier pour nourrir une économie dans laquelle chacun de nous a une part active, partager nos expériences et nos intelligences, est mon souhait le plus cher.


  14. Question posée par Vero :
    Comment fonctionne une entreprise comme la vôtre en ces temps d’épidémie?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:41

    Elle navigue à vue, se nourrit d’agilité et nourrit à son tour l’entraide. Elle fait avec ce qu’elle a à sa portée et contribue de cette manière à l’économie du réel. Celle qui se construit dans le lien et avec beaucoup de résilience.


  15. Question posée par Al :
    Voyez-vous du positif au développement du télétravail? Le pratiquez-vous à Opaline?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:45

    Nous le pratiquons depuis toujours et nous y voyons beaucoup d’avantages: horaires de travail flexibles, plus de temps pour nos enfants ou nos activités privées et du coup plus d’engagement. Cela demande tout de même de prévoir des séances d’équipe «en vrai» puisque rien ne peut remplacer ces moments précieux de collaboration.


  16. Question posée par QST :
    La crise du Covid-19 n’a-t-elle surtout pas favorisé les grosses plateformes, type Amazon, plutôt que les petites commerçants?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:46

    De nombreux commerçants se sont adaptés avec des livraisons à domicile. Bravo et merci à eux!


  17. Question posée par Fabrice :
    Concrètement et simplement, qu’est-ce qu’une économie régénératrice? Est-ce possible de la construire alors que de nombreuses entreprises vont à l’encontre de ce précepte même?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:49

    Oui c’est possible. Concrètement, c’est une économie qui crée plus de valeurs qu’elle n’en dépense. Plus de valeurs sociales, plus de régénération environnementale. Elle est propre à chaque éco-système. Je vous invite à lire l’essai engagé pour y découvrir des pistes et échange volontiers pour la mise en pratique.


  18. Question posée par Hervé :
    Ne craignez-vous pas que cette crise relègue au deuxième, troisième ou quatrième plan la protection de la planète? Les gens ont désormais surtout peur pour leurs économies, leurs enfants, famille etc.
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:50

    Oui je le crains. C’est pourquoi j’ai écrit cet essai, une contribution en termes de partage d’expériences et de pratiques qui sont viables.


  19. Question posée par Fan :
    Au-delà d'une invitation à l'éveil, avez-vous imaginez accompagner des entreprises qui souhaitent évoluer vers un système d'économie régénératrice mais qui ne savent pas bien comment s'y prendre?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:55

    Oui. Des ateliers sont proposés et je me suis engagée à donner de mon temps pour accompagner là où je peux être utile.


  20. Question posée par Julien :
    Sans globalisation, notre niveau de vie serait loin d’être le même aujourd’hui. Je comprends les critiques sur le capitalisme et notre modèle de société mais nous n’avons jamais aussi bien vécu qu’aujourd’hui, il faudrait aussi le rappeler.
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:52

    C’est vrai. Le capitalisme est un outil et je le considère évolutif. Il ne s’agit pas de l’anéantir et d’ignorer toutes les améliorations qu’il a permis, mais de lui permettre d’évoluer en ligne avec les temps que nous vivons.


  21. Question posée par Sophie :
    Dans votre traité, vous évoquez la nécessité d’adapter sa stratégie marketing à un partage de valeurs collectives. Que voulez-vous dire exactement?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:53

    C’est la notion de la contribution. C’est la dimension citoyenne de l’entreprise, sa dimension politique. Aujourd’hui le consommateur revendique sa place dans les échanges commerciaux. Il n’est plus une cible. Il est acteur. Il veut que l’on considère son besoin et ses attentes. En l’écoutant nous nous mettons en position d’écoute d’égal à égal. Ses attentes nourrissent des valeurs: l’agriculture bio, la transparence sur la transformation, les questions phytosanitaires, la répartition des marges etc. c’est ensemble, que l’on soit chef d’entreprise ou consommateurs, c’est ensemble de citoyen à citoyen que nous portons ces valeurs collectives.


  22. Question posée par Nat :
    Il n’y a pas de réel consensus pour plus de développement durable. Les politiciens n’agissent pas concrètement, les pays n’ont pas la même vision, les citoyens sont divisés sur la manière de faire, certaines entreprises ne veulent pas le faire. Les traités du type Accord de Paris ne sont pas contraignants... Dès lors que faire? J’ai l’impression que nous ne réagirons que lorsque nous serons confrontés au problème. On le voit avec le Covid-19: nous avons réagi uniquement lorsque nous avons été confronté au virus, et non avant. De même, sans système mondial unifié, c’est également difficile de l’envisager, et dès qu’on évoque cette idée, c’est surtout une sorte de parano générale type Orwell 1984 qui ressort…
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:54

    Beaucoup de dualité et de prises de pouvoir. Une raison de plus à mon sens pour définir, chacun à notre niveau, ce que nous pouvons faire et le faire ensemble.


  23. Question posée par Bernd :
    Le confinement a fait exploser la consultation des réseaux sociaux. On y trouve beaucoup de haines, de fausses informations: bref des informations néfastes pour la santé mentale. Ils peuvent aussi être vecteurs de bonnes choses en diffusant de bonnes initiatives. Quel est votre avis concret sur ces plateformes? Voyez-vous un avantage ou un inconvénient à les utiliser?
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:54

    La question de ces plateformes touche en réalité à un point crucial: celui de l’éducation. 

    L’avantage incontestable de ces plateformes est la mise en relation instantanée, c'est l’outil de l’intelligence collective. Mais pour cela les réseaux ne doivent pas remplir des vides: vide de la conviction, vide de l’engagement, vide de l’estime de soi. Ces réseaux doivent véhiculer des pleines consciences et pour cela nous devons aider nos enfants à les considérer comme des outils et pas autres choses.

    Conclusion
    Réponse donnée par Sofia de Meyer à 11:58

    Merci pour toutes vos questions. Je n’ai pas eu le temps de répondre à tout, mais ce qui est initié ici est un chemin que je vous propose de poursuivre par le biais des ateliers que nous mettrons à disposition. L’économie régénératrice est inclusive et diverse. Elle fait donc appel à nous toutes et tous, dans nos dimensions individuelles, collectives et citoyennes. Que nous soyons mères ou pères de famille, entrepreneurs, académiciens, politiciens, étudiants, indépendants…. chaque pensée, chaque geste compte. Engageons-nous, et partageons nos expériences. Merci!