Clairement positif dans le futur, mais prudence ces prochains mois. Les vues d'Alan Mudie sur les matières premières (or, pétrole, cuivre, etc.) peuvent se résumer à ces quelques mots. Pour le responsable de l'investissement chez BNP Paribas, la tendance haussière est durablement installée dans le secteur. «La relation entre l'offre et la demande plaide pour des cours élevés dans les commodities à moyen et long terme», souligne le professionnel. Il convient toutefois de ne pas se précipiter.

Du côté de la demande, les besoins énergétiques des pays émergents ont progressé de manière spectaculaire. La Chine se trouve en première ligne dans cette course au cuivre et au pétrole, soif qui fait exploser le cours des matières premières. L'indice du secteur calculé par Reuters (CRB) a grimpé de 65% depuis trois ans. Le tout dans un environnement marqué par un sous-investissement chronique. Peu de mines et puits ont été mis en service depuis dix ans pour cause de non rentabilité.

Mais l'explosion des cours tempère provisoirement les ardeurs d'Alan Mudie. L'or noir flirte avec les 57 dollars pour la seconde fois depuis l'automne dernier. «Le pétrole pourrait reculer jusqu'à 40 dollars ces prochains mois», prévient-il. Cette baisse de 30% constituerait une profonde consolidation après «les sommets récemment atteints dans un marché suracheté». Aujourd'hui, les stocks d'essence et de mazout sont suffisants, alors que la saison d'hiver touche à sa fin. De plus, les positions longues établies par les spéculateurs sur le marché à terme de Chicago se trouvent à leur niveau le plus élevé depuis mai 2004. S'ils venaient à les retourner, le cours du baril pourrait chuter.

Faut-il vendre Exxon Mobil? «Non, je ne vends pas ce titre», répond clairement le stratège. Alan Mudie croit dur comme fer dans les matières premières et l'énergie. Ses arguments? Les pays émergents vont se substituer aux pays développés, tant du point de vue de la production que de la consommation. Une classe moyenne va naître en Chine et en Inde. «Un pouvoir d'achat en hausse signifie notamment davantage de demande en voitures ou en plus grands appartements», explique le stratège. Il faudra dès lors plus de métaux industriels et de pétrole pour satisfaire ces nouveaux consommateurs.

Le parc automobile donne un bon exemple du potentiel des économies émergentes. La Chine et l'Inde comptent moins d'une demi-voiture pour 10 habitants, contre 6 véhicules en Italie. Les pays industrialisés se trouvent généralement dans une fourchette allant de 5 à 6.

Les réserves limitées de brut sont également un facteur de soutien des prix. Les gisements prouvés suffiraient uniquement à couvrir les besoins mondiaux pour les 38 prochaines années. «Les cours augmentent également parce que le pétrole devient plus cher à extraire, ajoute le professionnel. Il faut aller plus profond et plus loin pour l'extraire.» Les prix actuels rendent toutefois rentables d'autres sources d'approvisionnement, par exemple les sables goudronneux du Canada.

Correction de cours attendue

La Chine devrait jouer un rôle déterminant dans ce tableau. La richesse produite (PIB) devrait même dépasser celle des Etats-Unis à l'horizon 2040. Dans l'intervalle, les besoins en matières premières de Pékin et des pays émergents auront modifié la donne. Des millions de tonnes d'aluminium, de cuivre et de nickel auront été engloutis pour construire, routes, usines et ponts.

Cela étant, les investisseurs devraient se méfier ces prochains mois. Les entreprises actives dans l'énergie et les minerais ont flambé en Bourse. Une correction (sévère?) est aujourd'hui attendue.