Selon l’Office Fédéral de la Statistique (OFS), la population en Suisse augmentera d’ici 2030 de 14,6% pour atteindre 9,5 millions, et 10,2 millions en 2045. De même, la part des personnes âgées de 65 ans et plus, qui s’élève aujourd’hui à 18,6%, atteindra 23,3% en 2030 et 26,9% en 2045. Les coûts que cela représente en termes de logement et de soins médicaux sont très importants et peuvent conduire à un risque systémique, dans la mesure où les ménages privés et les institutions sociales seront confrontés à des dépenses difficilement supportables.

Quelles sont les dépenses auxquelles on doit s’attendre pour les soins à domicile et les établissements médico-sociaux (EMS) d’ici 2045?

Pour répondre à cette question, nous avons projeté le PIB réel à l’horizon 2045, selon deux scénarios: un scénario optimiste qui tient compte de la croissance moyenne du PIB depuis 1999, soit une augmentation de 1,89%; tandis que le pessimiste, de 1,64%, correspond à la croissance du PIB constatée sur le long terme, soit de 1970 à 2015. Des hypothèses de proportionnalité des coûts par rapport à l’augmentation de la population permettent ensuite de projeter les dépenses pour les soins à domicile et celles des EMS, qui augmenteront en termes réels de respectivement CHF 5,4 milliards et 12,4 milliards.

Dans le cadre du scénario pessimiste, les soins à domicile qui représentent actuellement 0,28% du PIB, atteindront 0,68% du PIB en 2045. En même temps, les coûts EMS passeront de 1,53% à 1,97%. Le coût total pour ces deux catégories de dépenses sera alors de 2,65% du PIB. Si on passe au scénario optimiste, les chiffres restent comparables: les coûts évolueront alors de 1,81% du PIB à 2,60% pour 2045. Dans les deux cas, cette augmentation représente une charge très importante pour la société.

Peut-on remédier à cette évolution?

Avant de pouvoir répondre à cette question, il faut comprendre le système de financement actuel de ces prestations (chiffres OFS de 2014 dans ce qui suit). Le financement des dépenses des soins à domicile est assuré à moitié (48%) par l’Etat, c’est-à-dire les cantons et communes, y compris les prestations complémentaires (PC). Ensuite, presque 40% sont pris en charge par les assurances sociales (essentiellement assurance maladie) et privées. Le solde, autour de 12%, est financé par les ménages privés.

De surcroît, il ne faut pas non plus sous-estimer la part de soins «informels» assumés par la famille et les proches qui soignent les anciens.

Pour ce qui est des coûts EMS, la répartition du financement implique l’Etat et les PC à hauteur de 40%, les assurances sociales à un quart (24%) et les ménages privés au tiers restant (36%). Ainsi, l’Etat finance la plus grande partie des charges mais les ménages privés assument également une part importante des coûts, ceci en plus des contributions sociales et primes d’assurances.

Quelles solutions?

L’épargne individuelle de long terme doit être revue. Pour cela il faut que le secteur financier investisse dans des outils où même le petit épargnant peut accéder à une meilleure gestion de sa fortune, on pense aux robo-advisors. Par ailleurs, en s’appuyant sur les techniques actuarielles, certains produits d’assurance et d’épargne novateurs peuvent mutualiser les coûts avec un soutien financier aux personnes dépendantes: par exemple, un contrat d’assurance «longévité» permettrait à l’assuré de recevoir un certain montant ou une rente s’il vit plus longtemps qu’un âge prédéterminé.

Augmenter la part des soins à domicile, moins coûteux que les EMS, pourrait être une autre manière de freiner les dépenses. Cela exige d’une part de renforcer et de développer la structure actuelle des aides-soignants. Et d’autre part, de compenser, par exemple sous forme de réduction d’impôts, le manque à gagner des familles actives professionnellement qui renoncent à une partie de leur temps de travail pour s’occuper des anciens.

En regardant plus loin, une solution permettant de réduire cette augmentation des coûts, pourrait être celle des habitations mixtes, où différentes catégories d’âge sont mélangées, avec une structure de soins à disposition. Il peut s’agir d’étudiants qui, en aidant les anciens, profitent d’une réduction de loyer, ou de jeunes retraités (quel sera l’âge de la retraite en 2045?) qui prendront soin des plus anciens. Il est possible d’envisager une épargne en «points-soins» que l’on cumule en aidant les plus âgés, et que l’on utilise le jour où l’on est soi-même dans le besoin. Quoi qu’il en soit, des solutions innovantes doivent être trouvées afin de ne pas handicaper les jeunes, ni les anciens du futur.