Santé

Les soins infirmiers à l’épreuve des responsabilités

Le manque d’infirmières est considérable. Faut-il rendre la profession plus attractive? Utiliser massivement les robots? Changer les structures? Les infirmières veulent davantage de responsabilités pour rendre le système plus efficace. Sauront-elles saisir l’opportunité offerte par leur initiative populaire?

Le système de santé suisse reste l’un des mieux notés au plan mondial. Mais il est cher et les ressources manquent dans différents domaines clés. Le personnel soignant fait défaut selon la dernière étude de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan): les 2500 diplômes d’infirmière décernés chaque année ne couvrent que la moitié des besoins du pays. La Conférence des directeurs cantonaux de la santé (CDS) ajoute dans son dernier rapport que les besoins dans les professions de soins devraient s’accroître d’au moins 20% d’ici à 2025.

La responsabilité des infirmières

La situation ne s’améliorera pas. «L’espérance de vie augmente de trois mois par an. Un tsunami gris se prépare. Il se traduira par des besoins croissants pour traiter des pathologies chroniques (diabète, cancers, alzheimer) qui nécessiteront davantage de personnel soignant si l’on ne veut pas réduire la qualité des soins», déclare Sophie Ley, vice-présidente de l’Association suisse des infirmières (ASI). L’augmentation des ressources qu’elle considère nécessaire conduit à une amélioration des soins et finalement de l’efficacité.

L’ASI a lancé une initiative populaire qui renforcerait la responsabilité des infirmières. Elle demande de distinguer entre les prestations de soins fournies par les infirmières et celles que doivent prescrire les médecins. «Les décisions relatives à la mise sur pied de soins assez simples (bandage, aide à la toilette et à l’habillage, évaluation et conseils) doivent être du ressort des infirmières et ces soins remboursés par les caisses maladie. Il faut savoir que les demandes faites aux médecins pour leur ordonnance attendent parfois des jours, ce qui peut aggraver les situations et génère des frais», indique-t-elle.

L’apport de l’innovation

Historiquement, la technologie a souvent répondu aux défis du moment. Le Japon, où 30% de la population est âgée de plus de 65 ans, fait largement appel aux robots. Ces derniers pourraient permettre des économies de 21 milliards de dollars par an, selon la Machine Industry Memorial Foundation. Certains robots sont tout à fait capables d’effectuer des tâches programmables et simples, comme la gestion et la préparation de médicaments pour les patients. Chacun connaît sans doute le cas de RIBA, le robot ressemblant à un ours en peluche et capable de lever un patient ou de le mettre en position assise. La «télé-réhabilitation», soit l’offre de réhabilitation par Internet, est un autre thème de recherche intéressant.

L’innovation suscite naturellement des questions éthiques. Que peut faire un robot si le patient refuse le médicament ou s’il fait semblant de le prendre? Doit-il informer le médecin? Les algorithmes peuvent autoriser des robots à «réfléchir» sur leur environnement et à prendre des décisions en vertu de standards humains, selon un rapport de l’Université Stanford. L’homme et le robot peuvent effectivement coordonner leurs actions lors d’événements aussi cruciaux qu’un acte chirurgical, selon le Science Daily.

«Avec le robot, la dimension humaine fait défaut. L’appréciation de visu de l’état du patient associée à ses attentes et aux modifications de sa santé ne peut souvent être interprétée que par une infirmière, et non par l’algorithme du robot», rétorque Sophie Ley.

Un besoin de fidélisation

Le manque de personnel soignant peut être combattu par des mesures propres à la profession. Un tiers du personnel infirmier en dessous de 35 ans et 56% des plus de 50 ans n’exercent plus leur profession. La fidélisation est un problème ainsi que le niveau des salaires. Selon un sondage de l’Obsan, le niveau de satisfaction des infirmières est le plus faible à propos du salaire, de la charge de travail, de la flexibilité des horaires, des possibilités d’évolution dans l’institution et… de la participation aux décisions.

La branche est pourtant en pleine expansion. Entre 2010 et 2014, les effectifs globaux ont augmenté de 13% pour atteindre 202 000 personnes sous l’effet de l’expansion des soins à domicile (+20,5%). Le secteur hospitalier demeure néanmoins le principal facteur de coûts et de personnel (101 807 personnes), mais il croît moins vite (11%). Cette divergence traduit la politique qui privilégie l’ambulatoire et conduit les hôpitaux à renvoyer toujours plus rapidement les patients à la maison pour alléger leurs coûts.

La charge est donc reportée sur les organisations de soins à domicile, en très grande majorité sans but lucratif, qui offrent leurs services sur la base de tarifs définis par la réglementation. A l’inverse d’un peintre ou d’un jardinier, les frais de déplacement ne sont pas comptabilisés. Il en ressort qu’un acte de faible durée (certains parlent de moins de 45 minutes) n’est pas rentable, selon un spécialiste de la branche. Aux côtés des organisations sans but lucratif, des sociétés privées offrent aussi des services de soins à domicile. A des fins de profit, ils privilégient naturellement les services rentables.

Appel au personnel étranger

Le système de santé fait de plus en plus appel à des infirmières titulaires d’un diplôme étranger. En Suisse romande, 25% du personnel soignant des EMS (les seules statistiques disponibles) est au bénéfice d’un diplôme étranger (9% en Suisse alémanique). Le pourcentage grimpe à 53% pour la formation tertiaire, un secteur qui représente 50,8% du total des infirmières.

Les projections des besoins se contentent trop souvent de prolonger les tendances, selon Jérôme Cosandey, chef de projet auprès d’Avenir Suisse. Le laboratoire d’idées propose des bonnes pratiques pour les cantons et communes dans son rapport (De nouvelles mesures pour les soins aux personnes âgées). L’idée centrale consiste à mieux organiser l’ensemble de la chaîne de valeur.

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