Désescalade dans la guerre commerciale en vue? En tout cas, les places financières en Asie, en Europe et aux Etats-Unis ont évolué à la hausse jeudi. Elles avaient été déstabilisées en début de semaine par une nouvelle décision américaine d’imposer une surtaxe sur les importations de 128 produits chinois. La réplique de Pékin, ciblant les produits américains (soja, blé, avions, machines, chimie), a paniqué les exportateurs. Qui alors, d’une seule voix, ont appelé Washington à la modération. C’est ce que la Chine demande aussi.

Les industriels américains redoutent même d’être punis deux fois. D’une part, par la hausse des prix des composants dont la Chine est un grand fournisseur. D’autre part, par le renchérissement de leurs produits finis surtaxés sur le marché chinois. Boeing (avions), Deere (équipements agricoles) ou encore Ford (automobiles) ont pressé l’administration Trump de négocier un accord bilatéral avec Pékin. Le constructeur d’avions s’est même félicité que les surtaxes annoncées ne soient pas applicables avant 60 jours. Ce qui, selon lui, laisse le temps à la négociation.

Lire aussi notre éditorial: Guerre commerciale: le choix de Bruxelles

Effet dévastateur

Cité par le Financial Times de jeudi, Dennis Slater, de l’Association of Equipment Manufacturers, a averti que 1,3 million d’emplois dans le secteur dépendaient de l’accès aux marchés étrangers, y compris la Chine. Selon lui, il était indispensable de créer un environnement commercial plus juste, mais «les tarifs douaniers n’étaient pas le bon moyen d’atteindre cet objectif».

Lire aussi: «La Chine a frappé les Etats-Unis là où ça fait mal»

Même inquiétude chez les agriculteurs américains. John Heisdorffer, président de l’American Soybean Association, a fait remarquer que l’imposition d’une surtaxe en Chine aura un effet dévastateur sur chaque producteur de soja aux Etats-Unis. Il a imploré le président Trump d’«engager un dialogue avec Pékin de façon constructive, et non punitive». La presse américaine rapporte que les producteurs de soja sont pris de doutes et se demandent s’ils ne doivent pas se tourner plutôt vers le maïs. D’autant plus que le prix du soja est descendu au même niveau qu’en 2004, en raison d’une surproduction.

Calmer le jeu

De la même façon, le Wine Institute, organisation faîtière de vignerons américains, explique que leurs bouteilles seraient frappées d’une taxe de 67,7%, contre seulement 27% pour celles des concurrents chiliens, géorgiens ou néozélandais.

Et encore: Donald Trump déclare la guerre commerciale mondiale

L’administration américaine n’ignore pas ces inquiétudes. Dès l’annonce de la réplique chinoise, plusieurs responsables ont tenté de calmer le jeu. Dans une interview à la chaîne CNBC, Wilbur Ross, le secrétaire d’Etat au Commerce, a déclaré que «les Etats-Unis ne s’apprêtent pas à entrer dans la Troisième Guerre mondiale; les portes sont ouvertes aux négociations avec la Chine».

Pour sa part, Larry Kudlow, conseiller économique à la Maison-Blanche, est allé dans la même direction. Il a affirmé qu’«aucune nouvelle surtaxe n’est encore entrée en vigueur à ce jour» et qu’«aucune action ne sera engagée avant deux mois». Ainsi, pour l’heure, la guerre reste verbale.