Energie

Le solaire poursuit sa croissance aux Etats-Unis

Le projet de fusion entre SolarCity et Tesla Motors a braqué les projecteurs sur l’énergie solaire aux Etats-Unis. Ce secteur à la croissance exponentielle n’en a pas pour autant terminé avec ses difficultés

Lors du premier débat présidentiel américain, Donald Trump a qualifié de «désastre» les investissements de l’administration Obama dans les énergies renouvelables. Son argument? La faillite retentissante en 2011 du fabricant de panneaux solaires Solyndra après avoir englouti 500 millions de dollars (488 millions de francs) d’argent public.

Le magazine Fortune a trouvé l’exemple, déjà cité par Mitt Romney en 2012, à la limite du malhonnête. Solyndra ne représentait que 2% des 34 milliards de dollars de prêts accordés par le ministère américain de l’Energie. Dans l’ensemble, le renouvelable se porte bien. «Bien est en dessous de la réalité», corrige pour Le Temps Alex Hobson, la porte-parole de SEIA, le syndicat américain du solaire.

Le secteur emploie 209000 Américains

«En 2016, les Etats-Unis devraient avoir installé l’équivalent de 13,9 gigawatts d’énergie solaire [de quoi alimenter 2,3 millions de foyers, NDLR]. Cela représente une croissance de 85% par rapport à l’an dernier, qui était déjà une année record», ajoute-t-elle. 209000 Américains travaillent dans cette industrie aujourd’hui et le SEIA s’attend à ce que ce total double dès 2020.

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Selon Bloomberg, le coût du solaire aurait lui baissé de 80% depuis l’élection de Barack Obama. L’arrivée à la Maison Blanche d’Hillary Clinton, qui a promis de continuer l’œuvre de son prédécesseur, ou de Donald Trump, qui dénonce la «guerre contre le charbon», aura nécessairement un impact sur la croissance du secteur. Elle ne décidera pas pour autant de son avenir. Washington a déjà prolongé un crédit d’impôt – appelé Investment Tax Credit (ITC) – de 30% sur les investissements. Il devait s’arrêter début 2017. Il sera finalement maintenu jusqu’en 2019 avant de descendre à 10% en 2021.

Subventions et fermes géantes

Les subventions continuent à porter une industrie en voie de consolidation. Agacés par le débat, les défenseurs du solaire rappellent que toutes les énergies, y compris les énergies fossiles, reçoivent des aides publiques. Mais l’exercice a ses limites alors que les politiques énergétiques se gèrent aussi Etat par Etat.

Le Nevada a stoppé ses subventions, poussé par une logique d’équité. Aux yeux du législateur du Silver State, le contribuable lambda n’avait pas à payer pour les panneaux solaires d’un autre. La Californie encourage au contraire le développement du solaire. Pas moins de 27% des besoins en électricité de l’état sont satisfaits par les énergies renouvelables. Légalement, le taux doit atteindre 33% en 2020 et 50% en 2030.

La Californie voit donc se multiplier des «fermes géantes», des usines solaires capables de produire jusqu’à 600 mégawatts. 70% des panneaux solaires installés dans le pays en 2016 le seront dans ces fermes, pas chez les particuliers. Le secteur a donc un besoin vital d’espace. Cette année, le gouvernement américain lui a accordé 1570 km² de terrain en Californie. Vingt fois moins que les terres qu’il a réservées à la préservation.

Un pourcent de l’énergie consommée vient du solaire

La croissance à deux chiffres de l’industrie ne peut pas en faire oublier un autre: moins de 1% de l’énergie consommée aux Etats-Unis vient du solaire. «Le secteur a fait du chemin mais il lui reste beaucoup à parcourir», analyse pour Le Temps Robert Boehm, directeur du centre pour la recherche énergétique à University of Nevada, Las Vegas. «La clé, c’est de construire des batteries de stockage moins chères. Les clients seront convaincus quand ils pourront utiliser l’énergie solaire pendant 24 heures.»

C’est en partie ce qui pousse le milliardaire Elon Musk, cofondateur de Tesla à mettre sur la table 2,6 milliards de dollars pour racheter SolarCity, un spécialiste des panneaux solaires. Il veut que ses Tesla puissent rouler avec de l’énergie qu’elles auront elles-mêmes générée.

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La technologie, photovoltaïque ou thermique ne devrait pas manquer de fonds pour se développer. Bloomberg New Energy Finance estime qu’en 2040 les investissements mondiaux dans le secteur atteindront 3400 milliards de dollars, plus que les énergies fossiles et le nucléaire réunis.

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