En début d'année, deux professeurs d'Havard avaient suscité une belle polémique en mettant en doute la réalité des déficits extérieurs et de la dette nette de 2500 milliards de dollars que les Etats-Unis ont accumulé vis-à-vis du reste du monde.

Si les Etats-Unis étaient véritablement le plus grand débiteur du monde, avaient argumenté Ricardo Hausmann et Federico Sturzenegger, comment se fait-il que les Américains touchent plus de revenu de leurs actifs à l'étranger qu'ils n'en versent? En effet, le solde financier américain était positif de 30 milliards en 2004; presque autant qu'en 1980 alors que les Etats-Unis étaient créanciers nets sur le reste du monde. Le solde financier s'est réduit à 17 milliards en 2005, d'après le Bureau d'analyse économique (BEA) du gouvernement américain. Puis, il a viré au rouge de 900 millions au premier trimestre, puis de 2,5 milliards au second trimestre.

Autrement dit, les Etats-Unis ont commencé à reverser au reste du monde plus d'argent qu'ils n'en ont ponctionné. Une situation inédite depuis au moins 90 ans, d'après le Wall Street Journal. La thèse de Ricardo Hausmann et Federico Sturzenegger est ébranlée.

Le nouveau statut de payeur net des Etats-Unis n'est pas seulement le résultat du creusement de près de 800 millions de la dette nette américaine l'année passée. Il est aussi la conséquence du relèvement des taux d'intérêt américains. Cela permet aux détenteurs étrangers de dette américaine de toucher des intérêts plus substantiels. Ceux-ci restent néanmoins très bas. La rémunération annuelle moyenne de la dette nette américaine n'était que de 0,4% au second trimestre.

Sauf repli marqué des taux d'intérêt, les montants qui sortent des Etats-Unis devraient gagner en importance au cours des années à venir. «Une part grandissante des richesses créées aux Etats-Unis dans le futur partira à l'étranger au titre du service de la dette, observe le WSJ. Cela signifie que les gens devront travailler plus dur pour maintenir leur niveau de vie. A moins que la dette ne soit remboursée.»

Le rendement très faible des actifs américains détenus par les étrangers tient en partie aux importants montants détenus sous forme de liquide ou de bons du Trésor par les banques centrales, notamment en Asie. Ces actifs sont la contrepartie du déséquilibre commercial entre les Etats-Unis et des pays comme la Chine. Leurs exportations, en forte progression, sont le principal moteur de leur expansion économique et de leur intégration dans l'économie mondiale. A l'opposé, les investissements directs des Etats-Unis hors de leurs frontières ont rapporté du 8% depuis 2001.