WEF

Les solutions à la désunion européenne

Abandon de l’euro, union à géométrie variable ou sanction des membres déviants, les options discutées à Davos

A Davos, trois catégories d’observateurs s’affrontent sur l’avenir de l’Union européenne, au centre des débats lors des deuxième et troisième journées du World Economic Forum. On trouve tout d’abord ceux qui se préparent à une Union européenne (UE) sans la Grande-Bretagne. HSBC et Goldman Sachs prévoient de déplacer 1000 emplois de Londres vers Paris ou Francfort. UBS, par la voix du président de la banque d’investissement Andrea Orcel, a reconnu à Davos que des banquiers seraient déplacés hors de la capitale anglaise.

Un deuxième groupe de participants au WEF imaginent une construction européenne différente. Ce que le commissaire européen Pierre Moscovici décrit comme une union renforcée, avec un budget européen et la capacité d’investir davantage. Côté suisse, le Secrétaire d’Etat Jacques de Watteville estime que la seule solution possible serait «une union à géométrie variable, entre les pays qui veulent aller plus loin, qui ne seront pas nécessairement les Etats fondateurs, et les autres. C’est déjà d’ailleurs le cas, puisque tous les membres n’utilisent pas l’euro.»

«Renforcer l’intégration»

Joseph Stiglitz est également convaincu qu’il faut davantage d’Europe, mais autrement. «La monnaie unique a besoin d’institutions lui permettant de fonctionner, mais elles n’ont pas été créées», regrette le Prix Nobel d’économie 2001.

Se définissant comme un fervent partisan du projet européen, l’Américain recommande «d’abandonner l’euro et de se concentrer sur l’importante tâche d’intégrer les pays européens.» Et aussi d’essayer de donner envie aux membres de rester dans l’union, plutôt que de menacer les pays tentés de suivre l’exemple britannique comme l’a fait le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker suite au vote britannique.

«Un meilleur message à envoyer aurait été de faire de l’Europe une chose à laquelle les gens veulent adhérer», relève Stiglitz, qui conclut sur la difficulté de la tâche: «Mais si vous n’arrivez pas à surmonter les obstacles politiques, comment voulez-vous convaincre les gens de l’intérêt d’adhérer? Cela revient à chercher à attirer des individus en leur promettant qu’ils seront chômeurs à vie.»

Troisième catégorie, enfin, ceux qui craignent que le début de la fin ait déjà commencé pour l’UE. Comme le politologue allemand Jan-Werner Müller, qui réclame un renforcement des institutions afin d’agir sur les pays membres qui ne respectent pas les lois, tels la Hongrie ou la Pologne. «Si les membres ne peuvent plus se faire confiance, toute la construction s’effondrera», résume l’enseignant à Princeton.

Reste l’élément qui a probablement été le plus entendu à Davos cette année: l’espoir que l’élection de Donald Trump agira comme un signal de réveil pour l’Europe.

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