Mise à jour

Contacté par l’agence de presse AWP vendredi en début d'après-midi, Nestlé ne commente pas l’entretien entre son directeur général et le premier ministre ukrainien. «Nous considérons que les conversations avec les autorités gouvernementales sont privées», indique une porte-parole du groupe veveysan à AWP. «En tant qu’employeur, nous sommes responsables de nos plus de 7000 employés en Russie, a ajouté la porte-parole. Cela nous attristerait beaucoup si nos collègues étaient sous la dépendance d’autres. Cela explique notre décision.»

La pression monte pour Nestlé. Tandis qu’un grand nombre de groupes internationaux a décidé de couper les ponts avec Moscou, la multinationale suisse a fait le choix de conserver certaines de ses activités en Russie. Dans un message relayé via son compte Twitter, le ministre des Affaires étrangères ukrainien Dmytro Kuleba a fustigé, jeudi, le groupe agroalimentaire, l’accusant d’encourager la guerre menée par le Kremlin.

«En refusant de cesser ses activités commerciales en Russie, Nestlé permet à la guerre d’agression de la Russie en Europe de se poursuivre. Les dommages à long terme pour la réputation de l’entreprise sont proportionnels à l’ampleur des crimes de guerre russes en Ukraine (énorme). Il n’est pas trop tard pour changer d’avis Nestlé.»

Plus tôt dans la journée, le premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal, a lui exhorté Mark Schneider, directeur de Nestlé, à repenser la décision de l’entreprise de poursuivre certaines de ses opérations en Russie. «J’ai parlé à Mark Schneider […]. Malheureusement, il ne montre aucune compréhension. Payer des impôts au budget d’un pays terroriste signifie tuer des enfants et des mères sans défense. J’espère que Nestlé changera bientôt d’avis», a-t-il asséné.

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1,7 milliard de francs

Le géant alimentaire avait annoncé, le 11 mars dernier, la suspension de la livraison de certains aliments vers la Russie, prévoyant des exceptions concernant notamment les produits de première nécessité comme les aliments pour bébés ou encore les céréales. Les livraisons de biens de consommation courante, à l’instar des capsules de café Nespresso, ont en revanche été suspendues. «La Russie a été la source de 1,7 milliard de francs de revenus l’année dernière, soit environ 2% du total de Nestlé», détaille Bloomberg.

Dans une prise de position, la multinationale a, par ailleurs, affirmé mettre la priorité sur la sécurité de ses employés en Ukraine, avec qui le groupe est en «contact permanent». Ces personnes bénéficient de colis alimentaires que Nestlé leur adresse, mais également d’avances sur le salaire, d’aides administratives et de soutien psychologique. Le groupe veveysan a également souligné sa responsabilité vis-à-vis de ses 7000 collaborateurs en Russie.

Appel au boycott

Pour l’heure, Nestlé n’a pas réagi aux dernières sommations du gouvernement ukrainien. Les appels au boycott se multiplient de part et d’autre pour l’entreprise ainsi que pour l’ensemble de ses filiales. Une situation loin d’être inédite pour le groupe. Menées par des consommateurs, des associations environnementales ou encore des distributeurs, ces campagnes à l’encontre de l’entreprise agroalimentaire sont monnaie courante depuis des décennies.

En 1977, le groupe avait fait l’objet d’une campagne massive de rejet démarrée aux Etats-Unis après la promotion de substituts au lait maternel dans des pays en voie de développement notamment. En 2010, l’ONG Greenpeace avait mené une campagne soutenue pour dénoncer l’utilisation par le groupe d’huile de palme issue de la destruction de forêts tropicales.

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Plus récemment, en mai 2018, et après plusieurs semaines de boycott des produits de ses produits, le groupe veveysan avait conclu un accord avec six détaillants européens, dont Coop, sur les prix d’achat futurs. Nestlé était en conflit depuis des mois avec le groupement européen d’achat Agecore. L’alliance visait à contraindre Nestlé à faire des concessions sur les prix et les conditions d’achat afin de réduire les coûts.