Matières premières

Le sommet de Lausanne prédit la fin de la baisse du pétrole

Les professionnels du trading de matières premières se réunissent pour la cinquième fois au Beau-Rivage Palace. La remontée des prix du brut et le ralentissement de la croissance des stocks de pétrole est au coeur des discussions de mardi

La remontée des prix du pétrole, après un an et demi de baisse, est devenue le thème dominant du cinquième «FT commodities global summit» qui s'est ouvert aujourd'hui à Lausanne.

Quelque 450 traders, banquiers, investisseurs des hedge funds et spécialistes du transport maritime, représentant le gratin de l'industrie des matières premières, se pressent au Beau-Rivage Palace ce mardi et mercredi.

«Nous avons assisté au plus grand effondrement de prix en une génération, et les prédictions d'un rebond ne se sont pas matérialisées», a résumé le rédacteur en chef du Financial Times, Lionel Barber, en ouverture de la conférence. Mais cela pourrait bientôt changer, au moins pour le pétrole, selon les professionnels présents au sommet.

La fin du marché baissier?

«Le marché va inévitablement devenir plus stable, mais cela prendra du temps», a ainsi affirmé le dirigeant de la société russe Rosneft, Igor Setchin. Selon lui, l'excès d'offre devrait se résorber dès la mi-2016, à cause du tarissement des investissements.

«Le marché baissier est derrière nous, a confirmé le patron du trader genevois Gunvor, Torbjörn Tornqvist. La question est quand, pas si, le rééquilibrage du marché va avoir lieu.»

Mais un risque pour 2016 est selon lui l'excès de stocks de produits raffinés, qui pourrait encore déprimer les prix en milieu d'année.

Les énormes quantités de brut stockées ces derniers mois en prévision d'une remontée des cours vont peser sur le marché, analyse aussi Spencer Dale, chef économiste de BP. Au mieux, l'abondance des stocks va rendre la remontée des prix très lente. Le consensus du marché est que la constitution de stocks devrait s'arrêter au deuxième trimestre, estime Alex Beard, chef du trading pétrolier chez le zougois Glencore.

Effet domino

Une star française des hedge funds pétroliers, Pierre Andurand, estime que des «signaux clairs» pointent vers un retournement du marché. «Le taux d'augmentation des stocks ralentit, a-t-il expliqué. La baisse des investissements est suffisante pour rééquilibrer le marché, à un moment donné.» Il voit les stocks baisser d'ici début 2017, le pétrole atteindre 60 dollars cette année et 80 dollars dans deux ans. Le monde peut s'attendre à une «longue reprise» des prix du brut, selon lui.

L'an passé, la volatilité a permis aux traders, dont beaucoup sont basés en Suisse, d'engranger des profits records. La situation de contango (les prix futurs sont plus hauts que les prix actuels, ce qui encourage le stockage) a beaucoup aidé.

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«Ça a été une bonne année», malgré «l'effet domino» de la chute des prix qui a successivement affecté tous les domaines des matières premières, a confirmé William C. Reed, patron de Castleton Commodities, une société américaine qui fait figure d'étoile montante du secteur.

La volatilité devrait se poursuivre en 2016 en raison des tensions politiques et militaires dans le Golfe. «Les relations n'y ont jamais été particulièrement harmonieuses, mais là on a atteint un point bas», commente Alex Beard. 

Mutation culturelle

Selon le consultant Spencer Stuart, la poursuite durable de prix bas et la course à la taille des géants du trading, qui possèdent de plus en plus d'actifs physiques (raffineries, stockage etc.), les forcent à repenser leur culture, en devenant moins agressifs et moins axés sur le profit immédiat. Construire une entreprise autour des instincts des traders – basés sur l'impulsivité, la prise de risque et la récompense immédiate – ne suffit plus au moment où les sociétés de négoce deviennent plus grandes, plus industrielles, plus exposées aux risques légaux.

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Le sommet des matières premières s'achèvera mercredi par une allocution de la secrétaire d'Etat à l'Economie, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch. Elle devrait évoquer l'attractivité de la Suisse pour cette industrie, fragilisée par le franc fort, les incertitudes fiscales et l'hostilité affichée d'une partie de la gauche.

Quelques centaines de manifestants avaient protesté samedi et lundi à Lausanne contre le sommet. «Arrêtons les traders, ouvrons les frontières», «Partagez les richesses, sinon ça va péter», «De l'argent, il y en a dans les caisses du Panama», avaient scandé quelque 400 personnes samedi dans les rues de la capitale vaudoise.

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