Faire de l'Union européenne «l'économie la plus compétitive du monde» à l'horizon 2010: les dirigeants des Quinze vont dresser, aujourd'hui et demain à Stockholm, un premier bilan de la stratégie ambitieuse qu'ils avaient entérinée il y a tout juste un an à Lisbonne. En dépit de quelques succès – 2,5 millions d'emplois ont été créés en 2000 mais le chômage frappe toujours 14 millions de personnes (8,1% de la population active) –, le chemin vers la prospérité économique et le plein emploi est encore long.

Adepte du libre-échange, la Suède, aux commandes des Quinze, a voulu mettre l'accent sur les questions économiques pour son premier sommet depuis son adhésion à l'Union. Il sera cependant beaucoup question de politique à Stockholm également. Avec Vladimir Poutine, que les chefs d'Etat et de gouvernement reçoivent aujourd'hui. Le chef du Kremlin en profitera pour réclamer un «traitement de faveur» pour l'enclave russe de Kaliningrad, qui sera bientôt encerclée par l'Union.

Diplomatie encore avec la détérioration de la situation à la frontière avec le Kosovo. Attendu cet après-midi dans la capitale suédoise, le président macédonien Boris Trajkovski devrait recevoir le ferme soutien des Quinze dans sa lutte contre la guérilla albanaise qui menace les Balkans d'une nouvelle déstabilisation. Actualité oblige, les leaders européens n'échapperont pas à un débat sur l'épizootie de fièvre aphteuse, qui frappe désormais quatre pays après l'apparition de premiers cas jeudi en Irlande.

Problème aigu

Le suivi de Lisbonne constituera néanmoins le plat de résistance. Trois mois après avoir étalé leurs divergences sur la réforme des institutions à Nice, les Quinze chercheront à présenter un front uni sur les moyens de moderniser l'économie européenne. Un pari difficile. Tenants d'une libéralisation à marche forcée (Grande-Bretagne, Espagne, Suède, Danemark) et partisans d'une ouverture maîtrisée (France en particulier) divergent sur la dérégulation des marchés du gaz, de l'électricité et des services postaux. La mise en place d'un «ciel unique» et le financement du futur système européen de navigation par satellite Galileo ne font pas non plus l'unanimité.

Les Quinze devraient lancer à Stockholm une réflexion approfondie sur le vieillissement de la population. Un problème aigu, qui risque de peser lourdement sur les finances publiques: face à une augmentation des dépenses liées à la vieillesse et aux soins de santé de 5 à 8% du PIB à longue échéance dans la plupart des pays, la Commission européenne juge inévitable de reporter l'âge de la retraite, un thème sensible en France notamment.

La Nouvelle Economie, secteur porteur à la fois pour l'emploi et la croissance, sera également évoquée. Là aussi, le chemin est encore long. L'enthousiasme des Quinze face aux technologies de l'information et des communications est retombé depuis le sommet de Lisbonne, qui avait consacré l'e-économie. Les chiffres ont de quoi inquiéter: moins de 22% des travailleurs ont reçu une formation en informatique, et l'Union devrait manquer d'ici à 2003 de 1,7 million d'informaticiens.

Le fossé avec les Etats-Unis est loin d'être comblé. Les Américains consacrent 8,6% de leur PIB aux nouvelles technologies, les Européens 6,1%. Ce n'est pas un hasard si outre-Atlantique, 95% des écoles ont accès à Internet, contre 45% dans l'Union pour les écoles primaires et 80% pour les établissements secondaires.