A Songdo, la ville «intelligente» qui sert de laboratoire futuriste à la Corée du Sud

Asie La présidente sud-coréenne Park Geun-hye sera en visite d’Etat en Suisse les 20 et 21 janvier

L’une des vitrines de son pays est Songdo, la ville qui a rafléle Fonds de l’ONU pour le climat au détriment de Genève

Un mur d’écrans plasma, relié à des caméras disposées à toutes les intersections de la ville: à Songdo, l’entrée du Global Center for Excellence du géant informatique Cisco entend montrer comment tout, dans cette ville nouvelle sud-coréenne, peut être géré par ordinateur. Panneaux indicateurs interactifs destinés à renseigner les habitants sur les restaurants ouverts ou les pharmacies de garde, caméras de sécurité disposées devant toutes les écoles et les crèches, bornes d’appel dans les maisons d’accueil pour personnes âgées… Mais aussi avertisseurs pour pics de pollution et télécommandes pour régler à distance vos appareils électroménagers: «Nous ne voulons pas être la ville de Big Brother qui surveille sa population. Nous cherchons à imaginer les technologies qui, demain, deviendront nos indispensables compagnons quotidiens», affirme Lee Jong-cheol, le directeur d’IFEZ, la zone économique spéciale d’Incheon dont Songdo est l’épicentre.

Le paysage, sous nos yeux, est loin d’être convaincant. Depuis qu’il a commencé à sortir de terre en 2003, sur des marécages asséchés à la périphérie de l’aéroport international d’Incheon, le laboratoire urbain qu’est Songdo ressemble à bien des métropoles asiatiques: des tours de plus ou moins belle allure, séparées par un lac artificiel et un grand jardin, où de jeunes couples de la classe moyenne ont établi domicile pour échapper aux loyers trop élevés de Séoul, la capitale voisine à une cinquantaine de kilomètres.

A une différence près: la campagne de marketing effrénée des autorités de Corée du Sud pour en vanter les mérites et y attirer entreprises, instituts de recherche et autres organismes internationaux. Le plus beau succès de Songdo, jusque-là, a été l’obtention, au détriment de Genève, du Fonds vert pour le climat des Nations unies. Bientôt, son Global Campus, construit autour d’un superbe auditorium en forme de toupie, comptera six universités, dont une européenne: l’Université des sciences de la vie de Gand, en Belgique. Lee Sangjin, de l’Agence sud-coréenne de promotion des nouvelles technologies, y voit une reconnaissance internationale: «Ce campus a coûté 500 millions de dollars, et il sera le cerveau de notre projet urbain. 30% des entreprises qui s’installent dans la zone d’IFEZ sont internationales et nous espérons accueillir, d’ici dix ans, une bonne moitié d’étudiants étrangers.»

La campagne pour vanter les mérites de Songdo est rodée autour d’un axe que la présidente de Corée du Sud, Park Geun-hye, répétera sans doute à Berne où elle est attendue lundi: l’Asie du Nord-Est a besoin, entre Chine et Japon, d’un nouveau hub: «Les Sud-Coréens rêvent de reproduire, sur le plan économique, la formule Gang­nam Style, ce refrain du chanteur Psy qui a fait le tour de la planète, juge un diplomate suisse basé à Séoul. Ils sont persuadés d’être le laboratoire asiatique des tendances. Songdo, c’est une zone économique spéciale décomplexée. Pour eux, l’idée de produire des citadins d’un nouveau genre, connectés du matin au soir et abonnés à des services de télé-médecine, télé-surveillance ou télé-enseignement, n’est pas du tout fantaisiste! Ils y croient!»

Lors d’une visite organisée en novembre par Kotra, l’agence des investissements étrangers, à laquelle Le Temps avait été convié, les démonstrations de ces technologies annoncées comme révolutionnaires n’ont pas été très convaincantes. La firme Cisco, nommée opératrice du projet «Compact Smart City» par le gouvernement, est encore, sur bien des points, au stade expérimental. Mais la prudence, ici, n’est pas de mise: «En 2020, le Bio-Medi Park de Songdo sera le plus performant d’Asie», assure Lee Jong-cheol.

Le modèle suivi, fait d’une forte impulsion publique et d’un plan stratégique mis en œuvre sans états d’âme, peut laisser dubitatif. En Europe, le fait d’envisager de confier à une compagnie privée les données du million d’habitants attendus à Songdo dans la prochaine décennie pour «améliorer leur cyber-bien-être», susciterait déjà une levée de boucliers. Sauf qu’ici, ce type d’«expérimentation» est jugé très positif: «La chance des entreprises étrangères qui viendront s’installer à Songdo est d’avoir des autorités locales et des habitants prêts à jouer le jeu, reconnaît Dong Chin-park, un étudiant en chimie rencontré sur le campus de la New York State University. Nous sommes d’accord pour tenir ce rôle de cobayes technologiques.»

Le géant Cisco a été nommé opérateurdu projet «Compact Smart City»