Un Américain, Howard Stringer, vient d'être nommé directeur exécutif de Sony Corporation. Premier étranger à la tête du géant japonais de l'électronique grand public depuis sa création en 1946, il prendra officiellement ses fonctions le 22 juin. Le nouveau patron vient en sauveur. Le groupe a perdu 70% de sa valeur boursière au cours des cinq dernières années. Pour l'année financière 2003-2004, il a dégagé une marge de 1,32%. A titre de comparaison, son concurrent direct Samsung Electronics (Corée du Sud) a réalisé 21%. Son bénéfice d'exploitation pour le troisième trimestre de l'année 2004-2005 a chuté de 13% par rapport à l'année précédente, et son chiffre d'affaires de 7,5%. Le bénéfice net pour cette même période a certes augmenté, mais à cause des baisses d'impôts aux Etats-Unis. Le changement de direction est en réalité la conséquence directe de la révolte des actionnaires insatisfaits.

Les malheurs de Sony découlent du recul des ventes dans le secteur électronique. L'inventeur du Walkman a dû faire face à la déferlante de l'iPod d'Apple dans un marché certes en pleine croissance, mais saturé par la présence des multiples systèmes concurrents – Creative, Iriver, Samsung, Gateway. Sony s'est réinventé avec des baladeurs numériques au design et coloris séduisants pour conserver sa part de marché. Et, d'ici à la fin de l'année, sa filiale Sony Ericsson compte commercialiser le téléphone portable W800 Walkman.

L'exemple de Carlos Ghosn

Les affaires n'ont pas été meilleures dans les jeux électroniques. Le Japan Times fait remarquer qu'aucun nouveau produit n'a été mis sur le marché pour compenser la baisse des ventes de la console PlayStation 2 même si la nouvelle console PSP fait une percée spectaculaire au Japon. Même déprime du côté des téléviseurs, DVD et cameras vidéo. En revanche, le secteur cinéma poursuit sa croissance. Au trimestre octobre-décembre 2004, les ventes de quelques titres DVD et VHS ont battu des records, notamment Spider Man 2, Seinfield et The Grudge.

Les actionnaires exigent de nouvelles stratégies. Président de la chaîne américaine CBS News avant d'arriver chez Sony (Etats-Unis) en 1997, Howard Stringer, 63 ans, d'origine galloise mais qui a pris la nationalité américaine en 1985, a supervisé l'achat du studio de cinéma Metro-Goldwyn-Mayer par un consortium mené par Sony en 2004. A la tête de la multinationale, il devra poursuivre, voire amplifier, la restructuration en cours, qui a déjà coûté 2,5 milliards de dollars. «Nous avons clairement prouvé dans nos activités aux Etats-Unis que nous pouvions réaliser des synergies importantes, tout en parvenant à une qualité exceptionnelle et des rendements record», a indiqué le nouveau patron dans un communiqué de presse.

Les médias japonais, mais également étrangers, soulignent avec force l'arrivée d'un Américain, qui ne parle pas le japonais, comme synonyme d'un chambardement de la culture d'entreprise chez Sony. Après le Brésilien Carlos Ghosn qui a sauvé le constructeur automobile Nissan de la faillite, Howard Stringer est le deuxième étranger à diriger un grand groupe japonais. L'action Sony a réagi positivement à l'annonce de sa nomination. Elle a progressé de 70 yens, ou 1,8% à 4080 yens.