Biotechs

Sophia Genetics lève 77 millions de dollars

L’ancienne start-up de l’EPFL se lance dans une opération de séduction auprès des hôpitaux américains. Elle a déjà réussi à convaincre le fonds d’Al Gore du potentiel de sa technologie

Sophia Genetics part à la conquête de l’ouest. La société vaudoise, spécialisée dans l’analyse de données médicales, a annoncé vendredi avoir levé 77 millions de dollars (76 millions de francs) en vue d’étendre son réseau mondial d’hôpitaux clients. En particulier aux Etats-Unis, où elle collabore déjà avec une centaine d’établissements et a installé, fin septembre, un siège régional à Boston.

Lire aussi: Le fondateur de Sophia Genetics nommé entrepreneur de l’année

La biotech commercialise des applications qui ambitionnent, grâce à des tests génomiques, de dépister avec toujours plus de précision des cancers et autres maladies héréditaires. Mais aussi à prédire l’évolution des tumeurs via la radiomique (analyse de l’imagerie médicale à grande échelle).

La moitié des hôpitaux

Globalement, Sophia Genetics a mis en place, depuis sa fondation en 2011, un réseau de 850 hôpitaux universitaires à travers 77 pays. Une réalisation «unique», selon son directeur et cofondateur Jurgi Camblong, qui estime à 1500 le nombre d’établissements pouvant faire du séquençage ADN à haute fréquence dans le monde.

La technologie est prête pour tous les marchés

Jurgi Camblong, directeur et cofondateur de Sophia Genetics

Après avoir grandi en Europe, les nouveaux vecteurs de croissance pour la société de Saint-Sulpice (230 employés, dont 90 en Suisse) sont donc à chercher du côté des Etats-Unis. Un marché où la peur du changement et la concurrence entre les établissements peuvent encore freiner l’échange de données, selon Jurgi Camblong.

Vice-président de Sophia Genetics, Tarik Dlala évoque, lui, le processus expansionniste de la médecine personnalisée. Ainsi que le besoin de «créer de la confiance» pour permettre la mise en commun du «savoir». Concrètement, les différents hôpitaux chargent les données anonymisées de leurs patients sur la plateforme Sophia, qui effectue une première analyse. Les résultats sont ensuite interprétés par les experts des établissements afin de déterminer si une mutation est pathogénique. Cette information est partagée au reste de la communauté. «Nous ne sommes que des processeurs de l’information», résume Tarik Dlala.

La confiance publique et celle d’Al Gore

La confidentialité des données est un sujet crucial dans le secteur médical. Jurgi Camblong voit dans la confiance des établissements européens une excellente carte de visite. «Nous avons été confrontés dès le départ à toutes les contraintes juridiques. La technologie est prête pour tous les marchés.» Sophia Genetics revendique avoir passé le cap des 300 000 patients analysés, soit environ un toutes les quatre minutes. Jurgi Camblong envisage une entrée en bourse «dans les deux ans» puisque la «transparence des sociétés publiques rassure le grand public».

La société a en tout cas déjà suscité la confiance des investisseurs. Elle a levé 140 millions de dollars depuis sa fondation, dont les deux tiers de cette somme sur les douze derniers mois. Parmi les nouveaux investisseurs, montés lors de ce dernier tour de financement: le fonds français de capital-risque Idinvest Partners qui évoque un «nouveau standard de santé» dans le traitement du cancer. Ou la société anglo-californienne Generation Investment Management. Spécialisée dans les placements durables, elle est notamment connue pour avoir été cofondée par l’ancien vice-président américain Al Gore, qui la préside toujours.

Tarik Dlala y voit une reconnaissance de la «durabilité» de l’approche de Sophia Genetics. «Le monde entier a compris l’importance de la médecine de précision. A terme, il sera possible de choisir le traitement le plus efficace en fonction des profils de chaque patient.» Ce que Jurgi Camblong nomme l’ère de l’épidémiologie en temps réel.

Publicité