Le sort de Credit Suisse dessine l’avenir américain de BNP Paribas

Justice Washington réclamerait la mise à pied de dirigeants de la banque française

BNP Paribas risque 10 milliards d’amende

La procédure reflète celle qui a été conclue contre Credit Suisse

La mise à pied «d’au moins une douzaine de responsables», à en croire le Wall Street Journal . Et même «des membres de la direction générale», insiste l’agence Reuters. Benjamin Lawski, le patron du New York Department of Financial Services, ne s’arrêtera pas à l’amende record de «plus de 10 milliards de dollars» évoquée jeudi par les médias américains.

La procédure judiciaire américaine à l’encontre de BNP Paribas – pour avoir offert des services financiers libellés en dollars en Iran ou au Soudan – semble calquée sur celle contre Credit Suisse. Le 19 mai – le jour l’annonce d’une pénalité de 2,6 milliards – cet ancien procureur promettait à la banque helvétique qu’il «veillerait à ce que [les cadres] inculpés ne continuent pas d’être payés» par la banque.

L’analogie ne s’arrête pas là. Les faits reprochés aux deux établissements relèvent du pénal – embargo enfreint ou aide à l’évasion fiscale. Les deux banques ont toutes deux fait face à une montée graduelle de la pression, le montant de la sentence les menaçant étant lâché à intervalle régulier dans les médias américains. Histoire d’éviter toute panique financière. Les poursuites à l’encontre de chacun des deux groupes font également suite à une longue série de précédents. L’accord entre UBS et la justice américaine datait de 2009. De même, une demi-douzaine de banques – de HSBC à Standard Chartered en passant par ING – ont essuyé des amendes cumulées de plus de 4 milliards en raison d’activités en lien avec des pays comme l’Iran.

Le détail des opérations reprochées à BNP Paribas – et en particulier à son antenne genevoise finançant le commerce de pétrole ou de grains – reste en revanche beaucoup plus flou que la description des pratiques de Credit Suisse aux Etats-Unis. Washington aurait été «particulièrement alarmé par l’ampleur des efforts pour contourner les sanctions liées au Soudan», se borne à expliquer le Wall Street Journal. Contactée hier, la banque ne souhaitait pas préciser les faits qui lui sont reprochés. Une sanction de 100 millions de dollars, prononcée il y a six mois à l’encontre de la Royal Bank of Scotland, fait office de mètre-étalon: l’institution britannique avait reconnu avoir traité 3500 transferts d’argent – pour un total d’un demi-milliard – avec des pays comme l’Iran ou le Soudan.

Alors que l’affaire prend une tournure politique – le président Hollande devrait aborder le sujet lors de la visite de Barack Obama en Normandie –, la difficulté de Paris à défendre son géant bancaire tiendrait au poids des témoignages à charge obtenus. Ce qui rappelle le mur auquel Berne fit face lors des épisodes UBS ou Credit suisse. «Il semblerait que le Département de la justice ait rassemblé suffisamment de preuves compromettantes à l’encontre de BNP Paribas Suisse, y compris le témoignage d’un lanceur d’alerte au début de l’affaire», confie Christophe Nijdam, analyste du bureau de recherche indépendant AlphaValue à Paris.

Comme dans le cas Credit Suisse, la question des responsabilités – qui savait quoi? Et quand? – va se poser. Si la direction de BNP Paribas n’a pas rejeté la faute sur une poignée de «banquiers voyous», des sanctions ont déjà visé une trentaine d’employés à Genève, révélait Le Temps il y a un mois. «Il y a eu deux erreurs de calcul dans cette affaire; tout d’abord, ne pas avoir compris que le contournement d’embargo était bien plus grave que l’évasion fiscale d’un Credit Suisse, car cela consistait à s’opposer à la politique étrangère des Etats-Unis», estime Christophe Nijdam. Autre circonstance aggravante, «avoir entravé l’enquête en tentant d’effacer les traces et en déplaçant des collaborateurs», poursuit celui qui dirigea le Crédit du Nord – ancienne filiale de Paribas – aux Etats-Unis il y a vingt ans.

«Bien plus grave quela fraude fiscale, violer un embargo, c’est s’opposer à la politique étrangère américaine»