Agrochimie

Le sort du glyphosate se jouera devant la justice européenne

Les Vingt-Huit ont été, pour la troisième fois, incapables de décider sur le renouvellement de cet herbicide. Il y a pourtant urgence. Son homologation expire le 30 juin prochain

Glyphosate Task Force (GTF), le lobby des fabricants de produits phytosanitaires emmenés par le géant américain Monsanto, ne veut pas dévoiler sa stratégie face au refus des experts représentants les Etats-membres de l’Union européenne (UE) de renouveler l’homologation du glyphosate. Ce composant chimique est utilisé dans les herbicides. Lundi, Les Vingt-Huit ont échoué, pour la troisième fois, à former une majorité qualifiée en faveur d’une prolongation temporaire. Dans un souci de compromis, mais aussi face à l’urgence – l’actuelle autorisation échouera fin juin, la Commission avait proposé une autorisation provisoire de 15 à 18 mois. La glyphosate représente 25% du marché mondial des herbicides. Outre Monsanto, les autres grands fabricants sont Syngenta, BASF, Bayer, Dupont et Dow Agrosciences.

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En réalité, GTF n’a pas une grande marge de manœuvre. Il attendra une ultime décision d’un comité d’appel formé des représentants des Vingt-Huit. Lundi, vingt pays ont donné leur accord, un a voté contre et les autres se sont abstenus. Une majorité insuffisante. Pour être adopté, le vote doit réunir une majorité de 55% des pays représentant au moins 65% de la population totale de l’UE. L’Allemagne s’est abstenu lors du vote en raison de la divergence d’opinion entre les deux composants de son alliance gouvernementale.

Le comité d’appel se réunira le 20 juin prochain. En cas d’indécision persistante, le GTF pourrait alors recourir à la justice. La Commission serait visiblement résignée à cette perspective. «Chacun doit prendre ses responsabilités, a déclaré lundi le porte-parole de la Commission, visiblement désemparé face à cet imbroglio. Les Etats ne peuvent plus se cacher derrière la Commission.» Le sujet est inscrit à l’agenda du prochain conseil des commissaires. «On verra ce que la Commission pourra faire au niveau politique», a-t-il poursuivi sans conviction.

Agriculteurs européens perdants, selon GTF

Dans un communiqué publié lundi, GTF regrette l’indécision des Etats mais fait surtout remarquer que le sujet est devenu politiquement chargé. Son président Richard Garnett estime que «le renouvellement de l’autorisation aurait dû être un exercice de routine basé sur des études scientifiques». Sans anticiper la suite, il affirme qu’à l’expiration prochaine de l’homologation du glyphosate, les agriculteurs européens seront les premiers perdants.

Autre son de cloche: les organisations environnementales et de protection de consommateurs se félicitent du blocage qui, selon eux, est le résultat d’une mobilisation autour du principe de précaution. Sven Giegold, porte-parole des Verts européens, a invité la Commission à faire de nouvelles propositions. Selon lui, une importante étude incriminant le glyphosate n’est toujours pas accessible au public.

Le débat européen sur le glyphosate est suivi de près en Suisse. La Fédération romande des consommateurs et d’autres organisations appellent au Conseil fédéral, par biais d’une pétition, de bannir graduellement le produit du marché. Migros et Coop l’ont déjà retiré de leurs rayons depuis l’an dernier. Chaque année, 300 tonnes sont épandues dans le pays.

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