«Depuis cinq ans, on me dit que la bulle immobilière va exploser, mais j’attends toujours», a lancé à la presse, vendredi à Zurich, Patrick Frost, président de la direction de Swiss Life. Le groupe d’assurance, qui a publié un bénéfice net de 818 millions de francs (+4%) est le plus grand propriétaire du pays et il reste convaincu des atouts de ce secteur.

Avec 63,9 milliards de francs d’actifs immobiliers sous gestion et sous administration, dont 14,8 milliards à travers une société allemande récemment acquise, Corpus Sireo, et 16,7 milliards via l’agence immobilière Livit, son bénéfice et son avenir sont de plus en plus liés à l’immobilier.

Le groupe continue d’y investir. Les deux derniers rachats de sociétés, en France et en Allemagne, ont d’ailleurs été entrepris dans l’immobilier. Selon certaines estimations, le bénéfice réalisé par Swiss Life dans ce secteur est encore très inférieur au dixième du résultat du groupe. Mais il représente 14% des 150 milliards des actifs au bilan et un cinquième du revenu des placements (988 millions).

Si son sort est toujours plus lié à l’immobilier, Patrick Frost n’est nullement inquiet. Le rendement immobilier est 4% plus élevé que les taux sans risque. La pierre est donc nettement plus intéressante que les obligations. Il ajoute que «le parc immobilier de Swiss Life est essentiellement tourné vers une clientèle institutionnelle et non privée. Il est donc plus stable».

Certes, il ne nie pas le risque d’une augmentation des surfaces vacantes en 2015. Mais cette perspective ne remet pas en cause une stratégie offensive dans cette branche.

Le portefeuille de Swiss Life n’est pas évalué par lui-même, mais par des experts externes (Wüest & Partner). Et sa valeur augmente très modérément, selon la direction. La hausse a été comprise entre 1% et 3% par an ces dernières années et elle a atteint 1,5% l’an dernier. «Il n’y a pas eu de bulle», observe la direction.

De l’avis de Patrick Frost, l’immobilier offre aux investisseurs une prime de risque aussi élevée que celle des actions, mais elle s’accompagne d’une volatilité très inférieure. «Même si les surfaces vacantes devaient doubler, le rendement ne diminuerait que de 4 à 3,8% environ», selon le directeur général. Plutôt qu’un retrait de ce secteur, Swiss Life imagine de nouvelles pistes pour combiner l’immobilier avec sa gamme de produits d’assurance.

Les résultats montrent aussi que l’assureur se dirige de plus en plus vers la gestion d’actifs. Swiss Life gère 183 milliards de francs (+18%), dont 33,7 milliards pour des clients externes (+22%).

Dans ce métier, la performance est déterminante. En 2014, elle a été de bonne qualité, selon les analystes. Malgré la baisse des taux d’intérêt, le rendement des placements est demeuré presque stable à 3,8% (contre 3,9%).

Le bénéfice des activités de gestion d’actifs (188 millions de francs) dépasse pour la première fois celui des activités en France. Cette activité devient donc le deuxième pilier du groupe en termes de bénéfice derrière l’assurance en Suisse.

Dans l’assurance vie proprement dite, Swiss Life a présenté un résultat qui contraste avec celui d’Axa Winterthur. Ce dernier a consciemment réduit son expansion dans l’assurance complète aux PME alors que Swiss Life a poursuivi son expansion. Ses recettes ont augmenté de 11% dans l’assurance collective alors que le marché a stagné (+1%).

La «quote-part légale», soit la part du bénéfice réalisé dans la prévoyance que le groupe est tenu de créditer aux assurés par la loi, est en hausse à 92,6%. La réforme Berset prévoit précisément un relèvement de 90 à 92%. Patrick Frost s’oppose au projet du Conseil fédéral. «Un relèvement du legal quote aurait le même effet qu’une forte hausse des impôts. Il réduirait les incitations à progresser», explique-t-il.

Le bénéfice net du groupe s’est élevé à 818 millions de francs (+4%), ce qui autorise le groupe à proposer une hausse de 18% du dividende.

Le groupe Swiss Life a déjà atteint ou dépassé en 2014 l’essentiel de ses ambitions pour 2015. Ses prochains objectifs (pour 2018) seront dévoilés en novembre 2015.

Swiss Life a déjà atteint ou dépassé en 2014 l’essentiel de ses ambitions financières pour 2015