Les perspectives d’un Grexit, c’est-à-dire la sortie de la Grèce zone euro, sont, après huit ans de l’éclatement de la crise, toujours d’actualité. Le Fonds monétaire international (FMI) menace de se retirer du troisième plan d’aide négocié fin 2015, disant qu’il n’est pas viable. Dans un rapport vu vendredi dernier par l’AFP, il affirme que «la dette grecque est totalement intenable et que les besoins de financement vont devenir explosifs sur le long terme». Entre janvier et juillet 2017, des créances à hauteur de 13 milliards d’euros arrivent à maturité.

Austérité improductive

La crise de la dette grecque fera l’objet d’une conférence ce mardi soir à Genève. L’initiative revient au Centre international d’études monétaires et bancaires et le Centre for Finance and Development qui accueilleront l’ancien journaliste américain Paul Blustein, auteur du livre «Laid Low: Inside the crisis that overwhelmed Europe and the IMF». «Le FMI a fait des erreurs dans le passé, dit-il au Temps. Mais à présent, il a raison de tirer l’attention sur un programme d’aide qui ne produira pas les résultats escomptés.»

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Au FMI, le document sera discuté le 6 février 2017. Selon ses statuts, sa participation au plan d’aide de 86 milliards serait injustifiable du fait que le pays ne serait pas en mesure de rembourser sa dette. Sans allégement significatif, celle-ci passera de 180% du produit intérieur brut (PIB) actuellement à 275% en 2060. Or, un retrait du FMI compromettrait l’ensemble du programme: l’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres pays conditionnent leur participation à celle de l’institution financière.

Inquiétude à Bruxelles

Ce n’est pas la première fois que le FMI qui a déjà participé aux deux précédents programmes d’aide à la Grèce, en 2010 et 2012, tire la sonnette d’alarme. Il réclame un allégement substantiel du fardeau de la dette tout en disant que le régime d’austérité imposé à la population est contre-productif. Il conteste aussi les estimations de la croissance du PIB grec – 3,5% en 2017 et affirme que les coupes sombres dans les dépenses publiques ont surtout pénalisé la population.

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L’idée que le FMI puisse quitter le navire inquiète Bruxelles. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui gère le programme d’aide à la Grèce a minimisé la portée du rapport qui met en doute le plan d’aide à la Grèce. «Nous ne voyons aucune raison pour une évaluation alarmiste, a déclaré un responsable. Le fardeau de la dette grecque peut être géré, si les réformes convenues sont pleinement mises en œuvre.» Ce qui en réalité n’est pas le cas. En décembre dernier, le premier ministre grec Alexis Tsipras avait annoncé une augmentation de la retraite, provoquant l’ire des bailleurs des fonds.

Jeudi dernier, en marge d’une réunion de l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro), le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble qui s’était déjà exprimé en faveur d’un Grexit, a espéré que «le FMI fera ce à quoi il s’est engagé». «Si le FMI se retire, nous irons vers la suggestion du ministre allemand en faveur d’un retrait de la zone euro», a déclaré un dirigeant de Pireus, l’une des plus grandes banques grecques.


Conférence de Paul Blustein

Auditorium Ivan Pictet

Maison de la Paix, Genève

Mardi 31 janvier 2017, 18h30

Enregistrement: cfd@graduateinstitute.ch