Crash et krach. La trêve de Pentecôte aura été marquée par deux catastrophes: la disparition du vol d’Air France Rio-Paris, mais aussi la faillite de General Motors, qui se retrouve au tapis.

Elle a fini par arriver, la faillite de General Motors, ce scénario que le constructeur automobile américain a cherché à éviter pendant des années! Issue qui «a dû être prononcée à coups de pied et dans les pleurs, mais elle devrait donner au constructeur automobile une chance réelle de se re- tourner», selon le magazine Forbes. GM a reçu «un appui généreux de l’Amérique qui vient s’ajouter à celui des contribuables canadiens et qui ne risque pas d’être remboursé en totalité», juge le New York Times. Ce serait donc «End of the Road for an Icon?» [la fin de la route pour une icône?] se demande le Washington Post.

Le désastre fait évidemment les gros titres de la presse américaine. Mais son objectif, selon le directeur général Fritz Henderson, est de «permettre de résoudre nos problèmes de manière permanente», comme il l’a déclaré sur la chaîne TV d’informations financières CNBC (à voir en vidéo). Bien plus ambitieux donc que cette seule annonce, faite mardi, de la signature d’un protocole d’accord pour vendre Hummer, comme l’affirmait déjà lundi soir le Wall Street Journal. Lequel ouvre ses pages à Paul Ingrassia, qui avait remporté un Prix Pulitzer en 1993 pour sa couverture de la dernière crise chez GM et dont le livre sur les ultimes événements de Detroit, Crash Course, sera publié par Random House en janvier 2010. Mais en attendant, dans un long et captivant texte, «How GM Lost Its Way», Ingrassia pense que «des décennies de décisions stupides» ont conduit à cette faillite qui aurait «pu être évitée avec de meilleures prévisions et moins d’orgueil». D’ailleurs, le même journal écrivait lundi que le malheur des uns faisait le bonheur des autres, puisque «Ford, seul parmi les trois constructeurs automobiles américains à ne pas avoir reçu d’aide de l’Etat, cherche à profiter des déboires de ses concurrents General Motors et Chrysler pour accroître sa production».

«Jour d’infamie»… «Carnage économique»… «Le Michigan en état de choc», commentent pour leur part en première page The Detroit News, article traduit et résumé par Courrier international: «Pour assainir ses comptes, le constructeur automobile envisage de supprimer 21 000 emplois dans 14 usines. Dans le seul Michigan, siège de l’entreprise, sept usines et 8900 emplois sont menacés.» «Pensez-vous qu’ils vont transformer le nom de l’entreprise en «Government Motors»? ironise le média local, qui a ouvert un blog très riche sur cette cacade économique. «Obama et Henderson peignent tous deux des images rassurantes, mais oublieuses des sacrifices des salariés et des investisseurs envolés.»

Dans un commentaire politique très critique doublé d’une effrayante courbe des performances de GM, digne des meilleurs plongeons olympiques, le Financial Times écrit pour sa part que l’administration Obama «s’est saisie d’une situation tragique pour la transformer en un coûteux gâchis politique afin de payer la dette. Elle a gaspillé des milliards de dollars au cours de ces nombreux mois, retardant ainsi le dépôt de bilan de GM.»

Le New York Times et l’ International Herald Tribune publient eux aussi deux intéressantes analyses du désastre. L’une pointe la différence fondamentale dans le traitement du dossier par un juge fédéral aux Etats-Unis et le fait qu’Opel et les entreprises européennes de GM aient échappé à ce destin fatal par une aide gouvernementale. L’autre accuse le retard pris à fabriquer de petites voitures économes en carburant et avec une faible empreinte carbone.

Une erreur stratégique à laquelle The Economist croit avoir trouvé l’antidote: prenez une voiture de GM, «démolissez-la jusqu’à l’os et reconstruisez-la en utilisant uniquement les morceaux qui sont strictement nécessaires. Alors vous aurez un véhicule super-léger et capable de prendre le meilleur sur le plus rapide de ses concurrents.»

Image simple, mais parlante, illustrant la splendeur et la misère d’une entreprise dont l’histoire peut aussi se lire via une très jolie infographie animée sur le site de CNN.