De temps à autre, quelques indicateurs économiques apportent une lueur d’espoir aux Etats-Unis et en Europe. Ils ne cachent toutefois pas le pessimisme qui s’est installé des deux côtés de l’Atlantique. Les causes sont connues: dette, chômage et croissance anémique, voire récession. Une telle situation aurait exigé un front uni pour y faire face. Mais non, les factions politiques s’adonnent à une querelle idéologique aussi stérile que futile. Il est temps que la gauche et la droite mettent fin au dialogue de sourds, empruntent de nouvelles voies et s’attaquent sérieusement à la crise.

Cet appel, Woody Brock, économiste américain et président de Strategic Economic Decisions, l’a lancé dans son dernier livre American Gridlock, sorti de presse au début de l’année. De passage récemment en Suisse à l’invitation de l’American International Club of Geneva, il a défendu le rôle de l’Etat pour sortir de l’ornière. «Le marché a montré ses limites et surtout qu’il n’a pas toujours raison», a-t-il expliqué. Selon lui, le président américain fait fausse route en dépensant des milliards dans la sécurité sociale et dans la santé. En revanche, il serait plus raisonnable d’investir cette manne dans des projets d’infrastructures aptes à créer des emplois et un flux de revenus.

Woody Brock rejoint ici son compère américain le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, qui ne cesse d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’irresponsabilité fiscale mais de demande inadéquate pour les produits et services. Seule une injection massive de capitaux dans l’économie pourrait éviter une récession profonde aux Etats-Unis et en Europe. Woody Brock montre qu’il y a un bon déficit et un mauvais déficit. Il défend la dépense en capital si celle-ci donne un coup de fouet à l’activité économique qui, à terme, finira par rembourser la dette et améliorer les perspectives de croissance. Il ne s’identifie, en tout cas pas ouvertement, ni aux démocrates ni aux républicains, mais en revanche il s’en prend frontalement aux conservateurs du Tea Party qui prêchent pour le moins d’Etat.

Pour l’auteur, le défi du chômage impose le choix des investissements productifs. Il estime que les dépenses dans le social, financées par des emprunts – une idée défendue par les partis de gauche –, sèment les graines pour récolter de nouvelles crises financières. «En fin de compte, les politiques ne doivent pas camper sur leur posture idéologique», dit-il.