Technologie

SOS innovation pour les téléphones

Et si les fabricants de smartphones ne savaient plus innover? La dernière génération de iPhone, dont la seule amélioration majeure s’est située autour de la photo, pose la question. Mais l’arrivée des écrans pliables, des écrans contrôlés par des gestes sans être touchés, et bien sûr de la 5G, pourraient dynamiser un marché qui semble en panne

Il est 20h20, le 10 septembre dernier. Tim Cook, le directeur d’Apple, quitte la scène du Steve Jobs Theater de Cupertino, au siège de la multinationale. Sa grande conférence annuelle est terminée. Une heure vingt de présentation de nouveaux appareils et services, une heure vingt de formules dithyrambiques, mais une heure vingt qui s’achève par une grosse déception pour de nombreux fans d’Apple. Un troisième capteur photo pour l’iPhone 11 Pro, une batterie plus endurante, une puce plus puissante… Circulez, c’est tout pour cette année.

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Les fabricants de smartphones ne sauraient-ils plus innover? Seraient-ils tous résignés à concevoir des modèles de plus en plus gros qui se ressemblent tous? Samsung, Huawei, LG ou Xiaomi semblent eux aussi en panne totale d’inspiration. Les amateurs de nouvelles technologies sont inquiets. Beaucoup se demandent si l’histoire de l’évolution des téléphones, en 2019, est en train de s’arrêter.

Pas de «vraie révolution»

Les innovations sont devenues presque intangibles, mais plus aucune rupture n’est constatée depuis des années. «La dernière innovation majeure de l’industrie des smartphones date de 2008, avec l’iPhone 3G équipé d’un écran tactile, puis le lancement de l’App Store, estime Neil Mawston, directeur de la société de recherche Strategy Analytics. Presque toutes les innovations matérielles de la dernière décennie l’ont été de manière incrémentale. La taille moyenne de l’écran d’un smartphone est ainsi passée lentement de 3 pouces à 6 pouces.»

Pas de quoi s’exciter, donc. «De nombreuses fonctionnalités ont été ajoutées, comme la reconnaissance faciale, les scanners d’empreintes digitales, des écrans bord à bord, ou la multiplication des appareils photo, mais aucune ne fut une vraie révolution», acquiesce Andreas Peter Burg, professeur associé au Laboratoire de circuits pour télécommunications de l’EPFL. Il ajoute: «Mais n’oublions pas les progrès énormes réalisés du côté des communications: on est passé de la 3G à la 5G et chacune de ces étapes a apporté un progrès significatif dans les débits de données et la qualité des services. Il y a quelques années, il était inimaginable de diffuser en direct des vidéos via Facebook, par exemple.»

Les écrans pliables arrivent

Et du point de vue du design, l’histoire ne s’arrête pas pour les téléphones, assure Neil Mawston. «Il y eut les briques géantes dans les années 1980, puis les téléphones à clapet, les portables à boutons et enfin les écrans tactiles. Nous pensons que les écrans pliables ou à dérouler vont émerger ces prochaines années. Le marché de la téléphonie n’est jamais à l’arrêt.»

En développement depuis des années dans les laboratoires de Samsung et de Huawei, les écrans pliables font des débuts timides dans les magasins. Après avoir dû annuler en catastrophe la commercialisation de son modèle Fold en avril à cause de défauts techniques, Samsung vient d’en relancer la vente – il sera disponible dès le 18 octobre en Suisse. Plié, c’est un téléphone étroit et épais. Ouvert, c’est une petite tablette. Huawei suivra quelques semaines plus tard avec son modèle appelé Mate X. Et Microsoft a surpris la semaine passée en présentant un smartphone (Surface Duo) et une tablette (Surface Neo) avec chacun deux écrans repliables. Date de lancement: fin 2020, au plus tôt…

Avis divergents

Les écrans pliables vont-ils vraiment percer? Les avis divergent. «Il faudra attendre de nombreuses années avant qu’ils ne créent un véritable impact, estime Anshul Gupta, responsable de la recherche chez Gartner, société de conseil. Les appareils deviennent juste un moyen d’accéder à un écosystème de services. Dans le cas des écrans pliables, tant les appareils que l’écosystème évoluent et nous n’en sommes qu’aux premières machines.»

Pour Andreas Peter Burg, ces nouveaux écrans sont «une extension intéressante des systèmes actuels car ils offrent un compromis entre tablettes et téléphones tout-en-un. Pourtant, et peut-être à cause de cette nature intermédiaire, je ne suis pas convaincu que ce seront des appareils vendus en masse. Ils apporteront simplement au téléphone des applications qui étaient limitées aux tablettes.» En face, Neil Mawston est convaincu que «le rectangle du smartphone d’aujourd’hui sera remplacé par les écrans pliables de demain.»

Contrôle avec les gestes

En attendant la généralisation – possible, mais de loin pas certaine – des écrans pliables, les fabricants misent sur de nouvelles façons d’interagir avec les smartphones. Dans quelques jours, Google devrait dévoiler son Pixel 4, qu’il sera possible de commander par des gestes, sans toucher l’écran. Intéressant, mais pas nouveau, affirme Neil Mawston: «Certains modèles Android haut de gamme peuvent déjà être contrôlés par le geste aujourd’hui. Par exemple, le Galaxy Note 10 5G de Samsung vous permet de prendre un selfie avec un stylo S sans toucher l’écran. Vous agitez le stylo S, comme la baguette de Harry Potter, et il contrôle le logiciel de l’écran.». Selon le responsable de Strategy Analytics, «le contrôle gestuel des smartphones est actuellement une application de niche. La plupart des consommateurs du monde entier préfèrent encore utiliser leurs doigts, leur pouce ou leur voix.»

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Il faudra que la reconnaissance des gestes devienne nettement plus intelligente, affirme Andreas Peter Burg. «Comme la reconnaissance vocale, son utilisation a finalement été limitée. Je pense que l’avenir de la reconnaissance gestuelle réside dans la détection des gestes inconscients. Cela permettra à l’appareil de mieux s’adapter à l’environnement ou à la situation. Toutefois, en tant que moyen de contrôle, il restera limité.»

Les promesses de la 5G

Aucune révolution technologique annoncée tant pour les smartphones que pour les tablettes, donc. «En réalité, l’innovation se concentre aujourd’hui autour du smartphone, et non plus en lui. Par exemple, les montres intelligentes deviennent des trackers de santé personnelle, tandis que les écouteurs sont des modules de divertissement personnel. Le smartphone fait partie d’une toile d’araignée de l’innovation au sens large», image Neil Mawston.

Les utilisateurs de téléphone auraient aussi tort de se concentrer sur les seuls appareils. Car ce sont surtout les services qui vont évoluer, affirme Andreas Peter Burg. «La performance et la fiabilité ne vont cesser de s’améliorer, le streaming audio et vidéo deviendra meilleur. Nous ne sommes qu’au début de la 5G, ne l’oubliez pas.» Une 5G qui permettra de réduire fortement le temps de latence, soit le temps de réaction des applications sur le réseau. «Cela va augmenter l’interactivité, notamment avec votre environnement proche, et de nombreuses applications – dont nous n’avons pas encore idée – vont être créées.»

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