Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se retrouvent jeudi à Bruxelles avec l’intention d’exprimer leur solidarité avec une Grèce percluse de dettes (voir le joli dessin du Standaard) et, par ce biais, de stabiliser le pays et toute la zone euro avec lui. But de l’opération, oui: «éviter la contagion», écrit Le Figaro, qui parle de «résignation» des partenaires et publie également un dossier spécial sur le sujet, «Un défi pour l’Europe». Mais il ne faut «pas ricaner des malheurs de l’élève grec, prévient Le Progrès de Lyon, car nous sommes tous promis, Français compris, au pain sec et à l’eau».

Tandis que pour Les Echos, la «crise grecque» impose aux Européens «de réparer d’urgence les vices de construction de la zone euro apparus au grand jour», même si elle a montré que «l’Allemagne, au paroxysme de la crise, affirme l’intérêt stratégique de [la] solidarité européenne», Libération estime pour sa part que cette crise, «prolongement spectaculaire de la tourmente financière mondiale déclenchée par les embardées de l’argent fou, met en lumière l’irresponsabilité historique» des dirigeants européens qui ont toujours refusé la création d’un «gouvernement économique» européen.

Un tour sur Google Fast Flip, qui permet de visualiser rapidement les articles de la presse anglo-saxonne consacrés à tel ou tel sujet par un simple mot-clé – «Greece», en l’occurrence – montre que le pays, désormais sous tutelle de l’Europe, «fait face à un avenir spartiate», comme l’écrit par exemple le Los Angeles Times. Car «les dirigeants européens devraient annoncer un plan d’aide en faveur de la Grèce», écrit Courrier international. Plusieurs options sont possibles, mais «tout sauf le FMI», «le «pompier» habituel dans les crises de dette», pense El País, car «l’effet de contagion serait très dangereux pour la dette publique d’autres pays, comme ont pu le constater l’Espagne et le Portugal». Tout le contraire de ce que préconise The Economist, pour lequel «seul le Fonds monétaire international peut désormais sauver la Grèce». Il «pourrait imposer des coupes budgétaires impopulaires mais nécessaires», estime-t-il, plus libéral que jamais.

Le site Eurotopics recense plusieurs articles de la presse européenne, qu’il a traduits. «Greek tragedy»: pour le Times de Londres, par exemple, cette «détresse économique de la Grèce montre que la Grande-Bretagne avait raison de ne pas intégrer l’Union monétaire: «La crise prouve que l’euro est un mauvais projet… Comme les contribuables britanniques le savent, le gaspillage fiscal a un prix, avec ou sans l’euro. L’objection fondamentale contre lui, c’est qu’il entraîne aussi bien une politique budgétaire conjointe qu’un taux d’intérêt commun. Les ennuis de la Grèce le montrent clairement – et les contribuables des autres pays de la zone euro paient les pots cassés.»

Le même ton est utilisé dans un blog du magazine néerlandais de droite Elsevier: «Les montagnes de dettes amassées par le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne sapent la confiance dans l’euro. Ils sont aussi «le résultat d’une mauvaise gestion budgétaire. Ils ont mené grand train pendant trop longtemps, dilapidé les profits engrangés dans des taux d’intérêt faibles et n’ont engagé aucune réforme. Le résultat, c’est qu’ils menacent désormais de mettre toute l’Europe en difficulté. Ces pays méritent qu’on les traite avec sévérité.» Conclusion: il faut «de véritables sanctions, et pas seulement des petits sermons de Bruxelles, comme c’est le cas aujourd’hui».

Le site Presseurop s’est aussi livré à l’exercice de la revue de presse, dans laquelle il cite notamment le quotidien grec Kathimerini. Celui-ci prévient que les Européens vont surveiller de près la mise en œuvre du plan de sauvetage, même s’«il est impossible d’obliger un pays souverain, respectable car membre de l’UE et de la zone euro, de dépenser moins», nuance l’hebdomadaire roumain Dilema Veche. Mais «la Grèce est la ligne de front d’une plus large bataille pour rester sur le chemin exigé par l’Union monétaire, écrivent les économistes Nouriel Roubini et Arnab Das dans le Financial Times. L’attachement politique à la zone euro de tous les pays à la traîne ne faiblit pas. En témoignent les importantes coupes budgétaires en Irlande, la douloureuse déflation au Portugal, les ajustements sévères dans des pays aspirants comme la Lettonie ou la Hongrie.»

Selon le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, interrogé par le Guardian, «la seule manière d’affronter les spéculateurs est de «combattre le feu par le feu». Dans le cas grec (et peut-être d’autres à venir), l’Europe devrait ainsi suivre l’exemple de Hongkong pendant la crise asiatique de 1997-1998: «Lorsque la monnaie et la Bourse avaient été attaquées, les autorités avaient cramé les spéculateurs en achetant massivement des actions.»

Le Monde déplore quant à lui dans son éditorial qu’«à peine un an après avoir sauvé les banques en y consacrant de chaque côté de l’Atlantique des sommes colossales – 25% du PIB, selon la Banque centrale européenne – voici les Etats endettés attaqués par ces mêmes établissements financiers». «Cette véritable prise en otage de tout un peuple, et d’une démocratie, par les marchés financiers et la spéculation ne semble pas avoir d’autre issue, vue de la vertueuse Europe, que de faire payer les otages eux-mêmes!» s’indigne enfin L’Humanité, qui attaque par cette formule choc: «Les docteurs Tant pis et les docteurs Tant mieux préconisent un seul remède: la saignée.»