Swiss ne peut pas se réjouir des déboires judiciaires de Jean-Charles Corbet, ex-patron d'Air Lib, sous le coup d'une information judiciaire pour abus de biens sociaux, abus de confiance, complicité et recel. Sa mise en examen, après 48 heures de garde à vue par la brigade financière à Paris, avec sans doute à la clé un placement en détention provisoire ne l'empêchera nullement de continuer à réclamer 60 millions d'euros à la compagnie helvétique. La prochaine audience est d'ailleurs prévue fin septembre à Paris. Pour le moment, Air Lib a réussi à bloquer toutes les recettes issues des billets vendus par Swiss dans l'Hexagone sur un compte auprès de IATA (International Air Transport Association). Aujourd'hui, le montant séquestré s'élève déjà à plus de 50 millions d'euros.

L'imbroglio judiciaire est loin d'être terminé pour Swiss, considérée par les Français comme l'héritière légitime de Swissair. Chacune des anciennes filiales de SAirGroup (Swissair, Flightlease, Swiss Cargo, etc.) est solidairement impliquée dans le paiement de 60 millions d'euros que les Suisses doivent à Holco (société qui chapeaute notamment Air Lib, détenue majoritairement par Jean-Charles Corbet, lire ci-dessous). Ce montant est inscrit dans le contrat signé en 2001 par SAirGroup pour se départir de son pôle aérien français.

A l'époque, Mario Corti – dernier patron de SAirGroup – et ses avocats avaient promis de verser 152 millions d'euros (1,3 milliard de francs français) au repreneur d'Air Lib, «une contribution spontanée censée protéger le groupe contre tout recours», selon un proche du dossier. Or, le groupe helvétique n'a payé que 114 millions d'euros, soit un milliard de francs français. Reste le solde de cet engagement plus les autres pris par SAirGroup, comme la prise en charge des billets non utilisés par AOM-Air Liberté, ainsi que le plan social pour les salariés laissés sur le carreau par Jean-Charles Corbet, le repreneur de la compagnie. «La somme due par Swiss, 60 millions d'euros en capital, faisait partie du budget de relance d'Air Lib, explique la même source. Comme les Suisses n'ont pas payé, Jean-Charles Corbet a dû demander un prêt-relais de 30 millions d'euros à l'Etat français, en pensant pouvoir le rembourser rapidement grâce à l'argent que lui devait SAirGroup.»

Pas de règlement à l'amiable

Toutefois le 17 février, Air Lib a été mise en liquidation judicaire, mais pas sa maison mère Holco, qui reste titulaire des créances helvétiques. «Juridiquement, Holco ne pouvait pas renflouer sa filiale Air Lib, explique un avocat. Les règles juridiques de l'indépendance financière des filiales sont strictes là-dessus.» Si à l'issue du procès Holco gagne la partie, les créanciers de la compagnie, dont l'Etat français, récupéreront tout ou partie de leur mise de fonds. Même si du point de vue judiciaire, la mise en examen de Jean-Charles Corbet ne remet pas en cause la procédure contre Swiss, cela risque de compromettre toute tentative de règlement à l'amiable, transaction généralement secrètement menée entre avocats interposés.

Le procureur aura bien du mal à séparer le bon grain de l'ivraie. La faillite d'Air Lib aurait fait l'objet, selon un expert, d'un savant calcul de la part de l'Etat. «Il aurait favorisé le contrat entre Airbus et EasyJet pour l'achat de 120 appareils plutôt que de tenter un énième sauvetage de son deuxième pôle aérien français.» En d'autres termes, les coûts liés à la faillite auraient été moins élevés qu'un contrat avec le consortium européen.