Innovation

«Je souhaite insuffler une vision plus entrepreneuriale aux chercheurs»

Christophe Guichard, le nouveau directeur de l'incubateur genevois Eclosion, souhaite mieux positionner les start-up pour qu’elles correspondent aux attentes des investisseurs et des sociétés pharmaceutiques

Le nouveau directeur de l’incubateur Eclosion à Plan-les-Ouates se nomme Christophe Guichard. Il succède depuis le début de l'année à Jesus Martin Garcia qui, de son côté, a quitté la gestion opérationnelle de la pépinière à start-up genevoise pour rejoindre l’entreprise GenNeuro. Actif depuis 2008 chez Eclosion, Christophe Guichard possède un profil très financier. Après avoir travaillé dans l’audit en France où il a conseillé plusieurs jeunes sociétés dans le domaine de la technologie, ce diplômé d’une école de commerce de Lille a aussi travaillé pour l’annonceur Trader Classified Media, en tant que directeur financier.

Vous n’aviez aucune expérience dans les sciences de la vie avant de rejoindre Eclosion, une pépinière à start-up biotech et medtech. Considérez-vous cela comme un obstacle?

Lorsque je suis entré chez Eclosion, il y a sept ans, je n’avais effectivement que peu de connaissances dans le domaine des sciences de la vie. Depuis, j’ai beaucoup appris et je considère ce secteur comme un domaine-clé de l’économie de demain. J’ai toujours été l’homme au profil plus tourné vers l’organisation et la finance chez Eclosion. J’ai d’ailleurs été directeur financier de GenNeuro, une société lancée par Eclosion qui a développé une nouvelle approche pour lutter contre la sclérose en plaques.

Quel est votre objectif en tant que nouveau directeur d’Eclosion?

Eclosion aide les chercheurs à développer leur découverte vers un modèle économique viable, à savoir le développement d’un médicament pour le bénéfice du patient. Je souhaite poursuivre et accélérer la mission de mon prédécesseur. Mon but est de créer un écosystème le plus bénéfique possible pour les sociétés incubées et d’insuffler une vision plus entrepreneuriale aux chercheurs. J’aimerais notamment accélérer le développement des start-up dans la conduite de leurs essais cliniques. Il s’agit de mieux anticiper les temps morts que peuvent rencontrer de jeunes entreprises dans leur développement et de les encourager à mener par exemple plusieurs activités en parallèle. Mon objectif consiste aussi à mieux positionner ces jeunes pousses pour qu’elles correspondent aux attentes des investisseurs et des sociétés pharmaceutiques ou qu’elles soient capables de se développer de façon autonome.

Les sociétés incubées par Eclosion sont en partie soutenues par le fonds Eclosion II, financé par des investisseurs institutionnels, à l’exemple des Rentes Genevoises ou de la Caisse de pension de l’Etat de Genève. Quelle est votre vision par rapport au capital-risque en Suisse?

Le manque de fonds pour les start-up est réel même si quelques grosses levées ont permis d’augmenter le financement de 48% en 2015. Il y a toujours des difficultés à lever dans les 3 à 5 millions de francs ainsi que dans la phase où l’entreprise recherche entre 20 à 50 millions de francs.

Il faudrait que les caisses de pension se tournent davantage vers l’innovation et qu’elles réservent une part de leur allocation dans des investissements tournés vers le capital-risque. Actuellement les levées majeures de fonds des start-up suisses sont essentiellement financées par des capitaux américains.

Craignez-vous que ces sociétés soient forcées de quitter la Suisse, étant donné l’origine des investisseurs?

Non, je ne pense pas. La stratégie des sociétés de capital-risque n’est pas de délocaliser sauf si cette décision permet de lever plus facilement des capitaux supplémentaires. Mais les venture capitalist préfèrent généralement laisser les sociétés où se trouve leur ADN.

Pouvez-vous nous faire un bilan d’Eclosion?

Financée par l’Etat de Genève à raison de 1,5 million de francs par année ainsi que par les prestations rendues aux start-up, la structure a permis la création de 26 start-up depuis 2004, ce qui correspond à 110 emplois. Il y a certes GeNeuro mais aussi Genkyotex qui pourrait soigner les pathologies liées au stress oxydatif ou ObsEva, qui a récemment levé 60 millions de francs pour poursuivre ses essais cliniques sur un traitement qui vise notamment à prévenir les accouchements prématurés. Depuis 2012, cinq entreprises sont entrées en phase clinique. Cette année, 3 à 5 autres start-up devraient également passer en clinique. Actuellement, une dizaine de projets et 12 sociétés sont incubées chez Eclosion, dont cinq sont issues de Merck Serono.

Quel est votre rapport avec le Campus Biotech?

Nous sommes très complémentaires. D’ailleurs, en partenariat avec le Campus Biotech, l’EPFL innovation Park et l’incubateur genevois Fongit, nous allons créer un espace de coworking pour réunir étudiants et entrepreneurs.

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