Le Temps: Postfinance doit-elle obtenir une licence bancaire? Claude Béglé: Si nous pouvons obtenir cette licence bancaire sans devoir séparer Postfinance de La Poste, ma réponse est oui. Postfinance est un élément essentiel de la rentabilité de l’entreprise. Nous avons un besoin fondamental d’assurer l’interaction entre la partie logistique de La Poste et Postfinance. Cela nous permettrait de réinjecter dans l’économie suisse une partie des milliards que nous sommes obligés de placer à l’étranger. Nous pourrions proposer des crédits hypothécaires et des crédits aux petites et moyennes entreprises. Nous visons ainsi une licence bancaire «light».

– Jusqu’à maintenant, La Poste visait une licence bancaire sans bémol. Pourquoi aujourd’hui une licence «light»? - Ce sont précisément les réflexions sur le maintien de Postfinance dans l’entreprise qui plaident pour cette solution. C’est l’élément central. La proposition de licence «light» faite par Moritz Leuenberger est intelligente. Nous n’avons pas besoin d’une licence qui nous permette de tout faire. Nous ne voulons pas devenir une banque d’investissement. Nous ne voulons pas devenir une banque de gestion de fortune. Nous ne voulons pas faire d’investissements à l’étranger. Ce que nous voulons, c’est être une banque de détail qui nous permette de réinvestir dans le tissu économique régional une partie des 60 milliards gérés par Postfinance. Nous voulons offrir un service de proximité. Cela permettrait aussi de maintenir notre réseau, auquel nous tenons et qui a un coût.

– Cela signifie-t-elle que les prestations de base de La Poste ne peuvent pas être financées sans les recettes de Postfinance? - Je le pense profondément. La contribution de Postfinance est aujourd’hui supérieure à celle de toutes les autres unités réunies. C’est considérable. Si nous devions perdre cela, je ne sais pas comment nous pourrions assurer l’équilibre financier de La Poste. Une partie de la classe politique pense qu’il faudrait séparer Postfinance de La Poste. Une telle condition est inacceptable pour La Poste. Si je devais choisir entre l’obtention d’une licence bancaire et le maintien de Postfinance au sein de La Poste, je privilégierais la seconde option. Nous ne pourrions pas payer le prix d’une séparation de Postfinance du reste du groupe, car La Poste se retrouverait dans une situation précaire.

– Les grandes banques, les banques cantonales, la Banque Raiffeisen disposent de solides relais politiques pour faire barrage à la licence bancaire que vous réclamez. Comment comptez-vous vaincre ces réticences? - Nous allons prendre notre bâton de pèlerin pour expliquer pourquoi nous croyons à notre solution. La situation a changé: la manière dont la population perçoit les banques a évolué ces six derniers mois. Elle nous est un peu plus favorable aujourd’hui. La proposition de licence bancaire «light» a peut-être de meilleures chances sur le plan politique. Mais il est beaucoup trop tôt pour faire un pronostic.

– Lorsque La Poste s’est mise à offrir des assurances, la formation qu’elle a proposée à ses collaborateurs a été jugée insuffisante par de nombreux observateurs. Ferez-vous mieux avec les crédits? - Il ne m’appartient pas de critiquer mes prédécesseurs. Si nous voulons devenir une «à peu près» banque, nous devons le mériter. Nous devons consentir un investissement substantiel, à hauteur de plusieurs millions, dans la formation. C’est essentiel. Cela permettra à nos collaborateurs d’être à l’aise dans leur nouvelle fonction. Et cela permettra à La Poste, qui gère des sommes très importantes, d’avoir les compétences pour faire ce qu’elle veut faire.

– Quel regard portez-vous sur la restructuration du réseau des bureaux de poste? - J’ai la conviction qu’il faut agir avec une très grande prudence sur le réseau. Il ne faut pas le démanteler. La population y est attachée. Il serait dangereux d’aller la tête en l’air vers une réduction massive. Mais il faut savoir être flexible et non doctrinaire. Un réseau qui, par le biais d’agences, permet d’avoir des heures d’ouverture en dehors des heures de travail des clients est une bonne chose. Un service à domicile peut aussi être une solution intéressante.

– Le Surveillant des prix a poussé La Poste à baisser certains tarifs et vous ne répercuterez pas la TVA sur vos prix au moment de l’abaissement du monopole en juillet. Faut-il attendre des augmentations l’année prochaine? - Je suis très réservé sur ce que l’année 2009 va nous donner. Le bénéfice va chuter de façon très substantielle. Cela nous amènera à faire des choix. Nous devrons examiner toutes les options. Les prix ne sont qu’une possibilité parmi d’autres.